login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 8691
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Relance de la recherche en Europe: quelques recommandations

Premier objectif atteint. À propos du rôle de la recherche pour la réussite de la "stratégie de Lisbonne", la Commission européenne, et Philippe Busquin en particulier, ont obtenu un résultat qui n'était pas du tout acquis au départ. Ils ont réussi à attirer l'attention non seulement des autorités politiques mais aussi des milieux économiques et en partie de l'opinion publique sur les lacunes et les retards de l'Europe dans ce domaine par rapport à ses grands concurrents mondiaux, et sur la gravité de cette situation. Grâce aux analyses de la Commission et à l'action incessante de M. Busquin et de ses collaborateurs, il est aujourd'hui clair pour tous que sans un coup de fouet vigoureux et rapide dans ce domaine, l'UE n'a aucune chance de devenir d'ici 2010 "l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde". Cet objectif de Lisbonne ne doit pas être pris à la lettre, ni pour le contenu ni pour la date, car les autres puissances économiques mondiales bougent elles aussi, et parfois très vite, comme la Chine. Dans ses derniers textes, la Commission a mis la sourdine à l'aspect "défis" et elle parle d'une "économie de la connaissance compétitive, porteuse de croissance, d'emplois, de cohésion sociale et respectueuse de notre environnement". Ce qui compte, c'est que le sentiment d'urgence semble acquis. Le Conseil est d'accord avec la Commission, le Parlement européen est d'accord avec tous les deux; les organismes consultatifs se sont prononcés en faveur d'un effort accru; les milieux universitaires, scientifiques et industriels ont pris logiquement des positions en pointe. Très bien. Maintenant que ce premier objectif est atteint, il faut éviter certains écueils, à savoir:

1. Ce n'est pas seulement une question d'argent. La Commission a retenu comme slogan l'exigence que les dépenses des Etats membres pour la recherche, qui en moyenne dépassent à peine les 2% du PIB de l'UE, atteignent les 3%, c'est-à-dire un pourcentage analogue à ceux des Etats-Unis et du Japon. Cet objectif était opportun parce qu'il est simple et percutant, donc mobilisateur, mais à lui seul il ne garantit ni les découvertes ni les innovations. L'expérience et la réalité nous apprennent que beaucoup d'argent peut aussi signifier beaucoup de gaspillage, si c'est l'Etat qui paye.

2. Le secteur privé doit se mobiliser. Les analyses de la Commission européenne prouvent que la contribution publique au financement de la recherche est dans l'UE à peu près analogue à celle des Etats-Unis, autour de 2% du PIB. C'est l'effort privé des Américains qui est incomparablement plus élevé et qui provoque la divergence des efforts globaux, soulignée au point précédent. Il est vrai que les conditions et les régimes fiscaux différent sensiblement des deux côtés de l'Atlantique, mais les organisations industrielles européennes devraient indiquer à quelles conditions elles peuvent doubler ou tripler leur effort de recherche, au lieu de mettre toujours l'accent sur l'augmentation de l'effort public ou sur la demande d'avantages fiscaux. Protester contre l'implication excessive de l'Etat dans l'économie ne se résume pas à la réclamation permanente d'une diminution de la charge fiscale; il faut aussi assumer ses responsabilités.

3. Gare à la bureaucratie. Le monde universitaire a parfois entretenu artificiellement quelques équivoques. Par exemple, tout le tapage fait autour des "ricercatori" sans emploi dans les Universités italiennes se fondait sur une équivoque. La traduction littérale du mot "ricercatori" est effectivement "chercheurs", mais il s'agit en réalité de ceux qui ont passé un concours pour l'enseignement universitaire mais n'ont pas encore obtenu une chaire. Ils peuvent être des juristes, ou des littéraires, ou autre chose. Leur cause est sans doute respectable, mais elle n'a rien à voir avec la recherche scientifique et l'innovation industrielle. En outre, l'inefficacité de certaines grandes structures de recherche, notamment en France, a été analysée et dénoncée; ce n'est pas le manque de moyens qui les rend peu efficaces, mais une certaine sclérose interne et l'excès de bureaucratie (j'ai entendu des descriptions effarantes d'organismes de recherche dont 80% du personnel, ou presque, s'occupent de l'administration). Et la présence de quelques grands noms ne garantit rien; on connaît la boutade selon laquelle un Prix Nobel est un savant qui a eu une idée géniale un jour, et ceci lui permet de dire n'importe quoi toute la vie. Cette boutade n'est pas à prendre au sérieux, c'est évident, mais on ne doit pas non plus idéaliser le monde universitaire et les instituts de recherche.

4. Les risques des slogans. Certains slogans doivent être maniés avec prudence. J'ai connu l'époque ou le grand reproche fait au programme-cadre de recherche de la CEE (avant qu'elle s'appelle UE) était d'être excessivement axé sur la recherche fondamentale, éloigné des applications pratiques et de l'utilisation industrielle. Aujourd'hui, on lui fait le reproche inverse. L'important, c'est l'équilibre.

Conclusion: il faut se méfier des campagnes tonitruantes essentiellement axées sur l'expansion de la dépense publique. Sans les réformes et une attention accrue aux résultats de la recherche, l'effet pourrait être de gonfler la bureaucratie et certaines structures au lieu de développer l'innovation. (F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNEE POLITIQUE
INFORMATIONS GENERALES