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Bulletin Quotidien Europe N° 8672
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Quelques enseignements des événements récents en Europe

Je voudrais compléter cette rubrique d'hier par quelques enseignements qui peuvent être tirés des événements de ces dernières semaines.

La grande fragilité des alliances personnelles. Certains chefs de gouvernement ont donné ces derniers temps l'impression de fonder en grande partie leur politique européenne sur les relations personnelles avec leurs collègues d'autres Etats membres. Ils devraient maintenant avoir appris à quel point les alliances fondées sur ce critère sont éphémères et instables, et qu'elles ne peuvent d'aucune manière remplacer la définition des politiques européennes au sein des institutions de l'Union conformément à la "méthode communautaire". Qu'est-il resté à la Pologne du front commun avec l'Espagne sur la méthode de vote au sein du Conseil? La nouvelle majorité espagnole a annoncé qu'elle accepte le principe de la "double majorité", et la négociation redevient communautaire. Qu'est-il resté des liens personnels entre les chefs de gouvernement d'Italie et d'Espagne? Le prochain premier ministre espagnol a indiqué que sa priorité sera le rétablissement de relations solides et confiantes avec l'Allemagne et la France (avec les deux pays, pas seulement avec leurs chefs de gouvernement), et les amitiés personnelles s'évanouissent sans laisser de traces.

Directoires, triumvirats, affaiblissement de la Commission européenne, préférence pour la méthode intergouvernementale…On ne construit rien de solide sur ces bases-là. Le ministre pressenti des Affaires étrangères d'Espagne, Miguel Angel Moratinos, a déclaré que même la relation avec les Etats-Unis "doit être conduite, tous ensemble, à Bruxelles, et non pas de façon unilatérale à Madrid". L'essentiel est d'être présents, actifs et coopératifs à Bruxelles, afin de participer directement à la définition des positions de l'UE.

La "vieille Europe" est toujours debout. Après les élections espagnoles, deux grands journaux britanniques (The Times et The Daily Telegraph) étaient sortis avec des titres pratiquement identiques annonçant le retour de l'Espagne au cœur de la "vieille Europe". Je n'ai jamais utilisé la terminologie imbécile d'une nouvelle et d'une vieille Europe, car elle tendait à créer une séparation absurde et inexistante, en mettant d'un côté la France, l'Allemagne, la Belgique, l'Autriche, etc., et de l'autre la Pologne, la Hongrie, la République Tchèque, d'autres pays d'Europe orientale, plus l'Espagne et l'Italie. Personnellement, je suis fier de proclamer mon allégeance à la vieille Europe, qui pour moi comprend aussi Prague et Budapest, Varsovie et Cracovie, et bien d'autres villes et pays qui relèvent de la même civilisation, notre véritable patrie commune. La rapidité par laquelle on fait passer de l'une à l'autre catégorie un pays qui a sa culture, son histoire et ses traditions, en fonction du changement d'un chef de gouvernement, prouve à quel point la distinction ne signifiait rien. Se sentir citoyen de la vieille Europe, c'est un honneur.

Anticipation d'un volet de la Constitution. Parmi les mesures sur lesquelles les chefs de gouvernement vont se prononcer, figure la "clause de solidarité" ; si un Etat membre est l'objet d'une attaque terroriste, les autres Etats membres agiront dans un esprit de solidarité en mobilisant tous les instruments à leur disposition, y compris les moyens militaires (voir notre bulletin d'hier pp.5/6). C'est, presque à la lettre, l'esprit et le contenu de l'article 42 de la première partie du projet de Constitution. Son application anticipée envisagée confirme les liens entre la Constitution et la lutte contre le terrorisme.

Des désagréments à accepter. Les mesures retenues par le Conseil Justice-Affaires intérieures (JAI) sur lesquelles le Sommet va se prononcer, entraîneront quelques inconvénients pour les citoyens européens: contrôles renforcés, vérification des documents et des bagages en cas de déplacements, etc. Il faudra s'y plier de bon gré, en étant conscients que c'est la faute aux terroristes et non à ceux qui effectuent les contrôles. Le Royaume-Uni ne connaissait même pas la carte d'identité, et la liberté de parole y était absolue; nous savons qui remercier si certaines restrictions sont introduites. Le Portugal devra suspendre l'application des règles de Schengen à l'occasion de l'imminent championnat d'Europe de football: les contrôles d'identité au passage de la frontière seront momentanément rétablis. Déjà maintenant, voyager en avion est devenu moins agréable, à cause de la multiplication des contrôles. Etant entendu que les libertés fondamentales et les droits individuels doivent être respectés, c'est avec résignation et sans protester que les citoyens se plieront à ces désagréments. Une fois de plus: nous savons qui remercier si l'Europe est contrainte à quelques reculs par rapport à des conquêtes qui étaient déjà acquises.

L'inacceptable. Presque tout est acceptable dans la bataille politique: vouloir changer de régime, rejeter la participation à l'UE, revendiquer l'autonomie par rapport à un Etat national. Tout, sauf nouer des alliances avec les terroristes islamistes dans le but de faire prévaloir ses propres revendications. Qui le fait, s'exclut lui-même à jamais de la civilisation européenne, car il oeuvre à sa destruction. (F.R.)

 

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