Bruxelles, 03/03/2004 (Agence Europe) - L'élu européen de l'UDF et ancien "conventionnel" Alain Lamassoure, en présentant mercredi à Bruxelles son livre "Histoire secrète de la Convention européenne" publié par Albin Michel (sur lequel nous reviendrons), a affirmé que la Convention est "une invention à breveter", et que la méthode pourrait être utilement appliquée, par exemple, aux négociations à l'OMC.
Selon M.Lamassoure, "les gouvernements ne sont plus complètement maîtres du processus" mis en marche avec la Convention, et les "bonnes vieilles méthodes diplomatiques" qu'ils reprendront pour conclure la CIG pourront peut-être servir à "changer une virgule", mais pas à "aboutir à un projet différent" de celui de la Convention. S'ils veulent une Constitution, les gouvernements " sont condamnés" à partir du texte de la Convention, car ils n'ont ni la possibilité technique de modifier le projet ni la "légitimité" de le faire, après le travail accompli au grand jour par la Convention, a souligné M.Lamassoure, en insistant en même temps sur l'urgence de conclure la CIG avant le 1er mai (sinon, le texte perdra sa force politique et "ne survivra pas à la canicule de l'été"). Interrogé sur l'opposition polonaise et espagnole au système de la double majorité au Conseil, M.Lamassoure a remarqué que la Pologne a réagi dans un deuxième temps, critiquée par ses "mandants", alors que le rejet espagnol s'était manifesté "d'emblée, mais nous l'avons à tort ou raison, considéré tactique". Après ce qu'ils considéraient le "triomphe diplomatique" de Nice, les Espagnols attendaient, pour renoncer à ce résultat, de recevoir des contreparties, mais "malheureusement, ils n'ont pas dit ce qu'ils voulaient" et nous et la Présidence italienne n'avons pas été assez habiles pour leur proposer des compensations, a estimé M.Lamassoure, espérant que la Présidence irlandaise sera "plus habile".
La Convention a aussi montré qu'il y a encore des "sujets tabous" (qu'elle n'a pas abordés) comme le financement; les langues et les frontières de l'Union, a remarqué M.Lamassoure. Sur ce dernier sujet, il a insisté: un Conseil européen du type de celui d'Helsinki (qui avait ouvert la porte à la Turquie: NdlR) "n'aura plus lieu", les chefs d'Etat et de gouvernement ne pourront plus décider qu'un nouveau pays entrera dans l'Union, à eux seuls, sans l'accord des opinions publiques. Ceci ne s'adresse pas uniquement à la Turquie, a-t-il ajouté, en rappelant que Simon Peres a parlé d'adhésion d'Israël, de la Palestine et la Jordanie à l'horizon 2010, et que Silvio Berlusconi "ne manque pas une occasion" de prôner l'adhésion de la Russie.