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Bulletin Quotidien Europe N° 8549
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

A propos de quelques effets économiques de la relance de l'entente franco-allemande - Initiative de croissance et politique industrielle

Elargir l'initiative de croissance. Au-delà de sa signification politique générale (voir cette rubrique d'hier), la relance de l'entente franco-allemande a déjà des effets sur certains aspects économiques de l'activité communautaire. Le premier exemple est l'initiative de croissance. La France et l'Allemagne ont pris position dans le débat en cours au niveau communautaire, par un document commun qui constitue une contribution significative, à côté des travaux de la présidence du Conseil (Italie) et de la Commission européenne, en vue des délibérations du Conseil Ecofin et ensuite du Conseil européen à ce sujet.

Le président Jacques Chirac et le chancelier Gerhard Schröder estiment que le document italien (projet Tremonti) met trop l'accent sur un seul aspect de la relance économique: les grands projets d'infrastructure destinés à compléter le réseau transeuropéen des transports. "Trop de béton" avait été le commentaire aigre-doux à Paris et à Berlin, où l'on estimait qu'il fallait corriger le tir en introduisant dans l'initiative d'autres éléments plus directement liés à la "stratégie de Lisbonne" pour la mise en place de "l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde". Ceci implique que toute initiative de croissance fasse une place adéquate, affirme la déclaration franco-allemande, aux "investissements immatériels: capital humain, recherche et technologie". Le jugement sur le projet Tremonti était peut-être trop abrupt (on ne doit pas oublier que "Galileo", qui n'implique pas de béton, figure en tête des priorités, comme il figurait déjà dans le rapport van Miert), mais la France et l'Allemagne ont inoculé "davantage de matière grise et de haute technologie" à leur nouvelle liste de projets prioritaires en y introduisant les câbles à large bande pour la troisième génération d'Internet, la télévision digitale, les énergies alternatives, les carburants propres, les méthodes d'application des accords de Kyoto. Et la biotechnologie n'est pas oubliée (avec prudence). Parmi les projets liés aux réseaux transeuropéens de transport dominent logiquement ceux qui intéressent directement les liaisons franco-allemands, mais avec l'indication que d'autres projets pourront y être ajoutés. Karel van Miert, qui se méfie des interprétations tendant à donner à son rapport sur les réseaux une signification excessivement conjoncturelle en faveur de la croissance, a estimé que le projet franco-allemand a rétabli l'équilibre, car "une initiative de croissance ne peut pas se fonder uniquement sur les investissements en infrastructures" (voir notre bulletin du 20 septembre p.13).

La cohérence est nécessaire. Un certain nombre de commentateurs a critiqué ou minimisé l'initiative de croissance franco-allemande en raison de l'absence d'indications sur son financement. Mais ces indications seraient prématurées; il faut attendre les résultats des travaux communautaires concernant l'intervention de la BEI (Banque européenne d'investissement), qui sera de toute manière fondamentale, et les financements du budget de l'UE. La France serait favorable à l'intervention des Fonds structurels, mais l'Allemagne hésite car sa doctrine sur l'avenir de la politique régionale de l'UE n'est pas encore fixée. Il est vrai qu'une initiative de croissance sans financements n'aurait pas de sens, mais la volonté politique est déjà quand même un aspect important, et Jacques Chirac l'a exprimée par une formule frappante: "l'Europe ne doit pas attendre la croissance, elle doit aller la chercher." Il reste à espérer que la France et l'Allemagne seront cohérentes et confirmeront cette volonté politique lorsqu'il s'agira de passer aux délibérations financières.

Le débat sur la politique industrielle est relancé. Le deuxième point fort de la déclaration commune concerne "les risques de désindustrialisation", thème sur lequel le chancelier Schröder insiste depuis quelques années. Cette fois il a trouvé des soutiens, car la lettre au président de la Commission Romano Prodi à ce sujet a été signée non seulement par le président Chirac, mais aussi, le jour après, par le Premier ministre britannique Tony Blair. La déclaration commune dénonce le danger d'un "excès de réglementation"; ici la Commission européenne est directement visée, que ce soit à propos du projet sur l'industrie chimique, ou de celui sur la sécurité des installations nucléaires, ou de certaines décisions de concurrence. C'est un débat délicat et difficile, car la Commission doit faire la synthèse entre les intérêts industriels et les intérêts, tout autant essentiels, de l'environnement, de la santé publique et de la libre concurrence. La lettre des trois à M.Prodi est un appel et une mise en garde: "Nous devons veiller à ne pas imposer de charges inutiles à notre industrie (…). Les propositions de la Commission ne doivent pas porter atteinte aux intérêts légitimes des entreprises sur le marché mondial". En particulier, les règles sur la chimie doivent bien sûr garantir la protection de l'environnement et de la santé, mais en respectant la compétitivité européenne dans le monde.

Le débat sur la politique industrielle de l'UE, qui avait déjà connu quelques péripéties entre l'Allemagne et la Commission, est ainsi relancé. Et cette fois le chancelier Schröder a des alliés. (F.R.)

 

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