Bruxelles, 13/02/2003 (Agence Europe) - A l'issue de la troisième session de négociation commerciale ACP/UE au niveau des ambassadeurs, Jean-Robert Goulongana, Secrétaire général du groupe ACP, a fait, devant la presse à Bruxelles, un tour d'horizon des questions qui mobiliseront les Etats ACP en 2003, notamment la mise en oeuvre de l'accord de Cotonou (l'entrée en vigueur est prévue en avril) et la négociation des futurs accords de partenariat économique (APE) avec l'UE.
A propos de la première phase de négociation des APE, M. Goulongana a souligné qu'un accord existe entre les deux parties sur les principes et les objectifs qu'elles s'efforcent de dégager pour faciliter la tâche des entités régionales ACP qui prendront part à deuxième phase des négociations (septembre 2003- fin 2007). Mais des divergences demeurent sur les moyens à utiliser, et elles portent, a-t-il dit, sur: (1) la finalité des accords: pour les deux parties, les APE ne visent pas simplement la libéralisation du commerce ; ils sont un moyen pour éliminer la pauvreté et favoriser l'intégration régionale et l'intégration harmonieuse des pays ACP dans l'économie mondiale. Pour les ACP, l'appui au développement doit être la base des futurs accords et nécessite donc une mobilisation de ressources financières adéquates. Pour l'Union, la question des ressources financières ne se pose pas, car elle considère que les reliquats des Fonds européens de développement peuvent être utilisés et que l'obstacle majeur à l'augmentation de la capacité de production ACP réside dans les politiques commerciales et le respect des règles. Or, a remarqué M. Goulongana, ”nous avons déjà l'accès au marché de l'Union, si nous n'avons pas cet appui, ces accords ne servent à rien” ; (2) la réciprocité: les ACP sont d'accord avec le principe d'élimination progressive des obstacles aux échanges, mais soulignent d'entrée de jeu la nécessité d'examiner plus à fond les conditions d'application de ce principe, compte tenu de leur faible niveau de développement et des écarts de développement entre les différents pays du groupe ; (3) les questions à traiter dans les négociations: les ACP continuent à insister sur six questions distinctes (questions juridiques, accès au marché, questions liées au commerce, services, produits agricoles, produits de la pêche). “C'est une façon de mettre l'accent sur ce qui est important pour nous”, a expliqué le Secrétaire général en rappelant que les produits agricoles et de la pêche constituent l'essentiel des exportations ACP vers l'UE. L'Union, pour sa part, considère que les questions d'accès au marché pourraient constituer un pot commun, puisqu'elles concernent tous les produits.
Pour tenter d'aplanir ces divergences, les discussions se poursuivront dans des réunions ciblées, lors de la prochaine réunion du Comité ministériel commercial ACP (Ste-Lucie, 27-28 février), avant la réunion du Comité ministériel commercial mixte ACP/ UE, le 1er mars à Bruxelles.
Quant aux attaques répétées de pays tiers contre les préférences ACP sur le marché de l'UE, M. Goulongana a plaidé pour que les Etats ACP et l'Union trouvent les moyens de faire front pour les préserver (l'accord de Cotonou prévoit des consultations ACP/UE, a-t-il rappelé). Interrogé sur la stratégie des ACP en la matière, il a, en prenant l'exemple du thon, noté que “certains Etats membres estiment qu'il faut faire droit aux exigences de la Thaïlande et des Philippines, ce qui est contraire aux engagements de l'Union vis-à-vis de nous. Nous essayerons, d'une part, de convaincre l'Union de ne pas céder. Si elle ne peut pas résister à ces demandes, des mesures seront nécessaires pour compenser nos pertes”. Cela vaut encore plus pour le Brésil et l'Australie qui attaquent le Protocole sucre, alors que le volume de leurs exportations de sucre n'est pas comparable avec celui des Etats ACP et que l'Union n'est pas leur seul marché d'exportation, a souligné M. Goulongana.
M. Goulongana a aussi fait état de l'extrême préoccupation des ACP pour la lenteur des négociations à l'OMC et les “volte-face à Genève, contraires aux engagements pris à Doha”. Il a dénoncé les tergiversations sur l'accès des pays pauvres aux médicaments génériques et “le manque de volonté politique des pays développés” à rendre plus flexibles les règles de l'OMC pour un traitement spécial et différencié entre pays riches et en développement. “ Le développement reconnu comme base de ce nouveau cycle de négociation ne semble plus être la préoccupation de tous. Les intérêts particuliers nationaux prennent le pas sur ces engagements (...) dans l'agenda international, les questions de développement commencent à être perdues de vue (...). Les pays ACP mettront l'accent sur cette question lors du Conseil des ministres ACP/UE en mai et dans les préparatifs de Cancun”, a déclaré M. Goulongana.
A propos de l'adhésion de Cuba à l'accord de Cotonou, M. Goulongana a espéré qu'une décision pourra être prise “car Cuba a déposé une nouvelle requête formelle dans ce sens” qui doit être étudiée par le Conseil ACP/UE, en même temps que celle de Timor Oriental. Grâce à cette requête formelle, Cuba est passé du statut d'observateur informel à celui d'observateur formel des négociations ACP/UE.