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Bulletin Quotidien Europe N° 8345
JOURNEE POLITIQUE / (eu) pe/russie

La Tchétchénie au centre du débat sur le Sommet UE/Russie

Bruxelles, 21/11/2002 (Agence Europe) - Le président du Conseil Bertel Haarder, en présentant mercredi au Parlement européen les résultats du Sommet UE/Russie du 11 novembre (voir EUROPE du 13 novembre, p.9), s'est félicité en particulier de l'accord sur Kaliningrad et des déclarations communes sur le terrorisme et le Moyen-Orient. "Nous avons eu une discussion ouverte sur la situation en Tchétchénie et répété au Président Poutine que la lutte contre le terrorisme doit s'accompagner du respect des droits de l'homme", a-t-il ajouté. Le Commissaire à l'aide humanitaire Poul Nielson a notamment indiqué que "l'UE doit coopérer avec la Russie pour résoudre les problèmes économiques et de développement de Kaliningrad".

Au cours du débat, le président du groupe du PPE/DE, Hans-Gert Poettering, saluant la tenue du congrès tchétchène à Copenhague, a estimé qu'"il ne faut pas céder aux pressions" (allusion au refus du gouvernement russe de se rendre dans la capitale danoise pour le Sommet UE/Russie puisque le gouvernement avait autorisé la tenue du congrès). Le député allemand, "choqué" par les propos tenus par le président russe Poutine à un journaliste qui l'interrogeait sur la Tchétchénie (EUROPE du 13 novembre, p.9), a demandé qu'au cours des prochains Sommets UE/Russie la situation en Tchétchénie fasse l'objet de procès-verbaux. Quant à l'enclave de Kaliningrad, il a souhaité qu'elle ne devienne pas un « no man's land » entre l'UE et la Russie. Pour le PSE, le Finlandais Reino Paasilinna a également insisté sur le développement de Kaliningrad et, au sujet de la Tchétchénie, il a noté que "la lutte contre le terrorisme sert parfois de parapluie et d'alibi à la violence" (il a indiqué qu'il avait reçu du Représentant spécial du président russe pour Kaliningrad, Dimitry Rogozine, une invitation à se rendre en Tchétchénie. Un autre Finlandais, Olavi Seppänen, a tenu à préciser, au nom de la GUE/NGL, que "l'UE n'a pas plaidé pour l'indépendance de la Tchétchénie" pendant le Sommet. Pour l'UEN, le Français Jean-Charles Marchiani a lancé un plaidoyer en faveur de la Russie se déclarant "pour l'adhésion à l'UE de ce pays de tradition chrétienne". Appelant à "ne pas recommencer l'erreur du Kosovo", il a estimé que le lien entre le terrorisme islamiste et la Tchétchénie est clair: "la Tchétchénie sert de base arrière au terrorisme international et au trafic en tout genre". Cette intervention a fait bondir l'Allemand Bernd Posselt (CSU) qui a dit, en tant que chrétien, avoir honte des propos de M. Marchiani. "Tuer n'est pas synonyme de chrétienté", s'est-il indigné, en demandant au Commissaire Nielson: "pourquoi avoir annulé un voyage en Tchétchénie et accepté un voyage à Saint-Pétersbourg?". L'élu de la Lista Bonino Olivier Dupuis a demandé ironiquement au député Reino Paasilinna "d'emmener M. Nielson avec vous en Tchétchénie" et a vigoureusement interpellé M. Haarder sur l'arrestation d'Akhmet Zakaiev (vice-premier ministre tchétchène arrêté à Copenhague à la demande de la Russie après la prise d'otage du théâtre de Moscou).

Après ce débat qu'il a qualifié de "agité", M. Haarder a estimé que "si on veut que la Russie aille dans le bon sens, il faut un forum et ça m'est égal si c'est à Copenhague ou Bruxelles". Quant à M. Zakaiev, il a précisé qu'il se trouvait dans une prison danoise et qu'il était traité "selon les règles du droit international". Se ralliant "à 100% à la déclaration de M. Haarder", M. Nielson a expliqué son absence en Tchétchénie par le fait qu'il voulait rester dans les limites de ses compétences. Olivier Dupuis, estimant que la situation humanitaire en Tchétchénie justifiait la venue du Commissaire, a demandé: "soit vous nous dites qui vous empêche de vous y rendre, soit vous démissionnez". M. Nielson lui a répliqué: "il y a deux ans, j'ai été en Tchétchénie, donc je ne l'ai pas négligée".

En adoptant une résolution des groupe PPE-DE, ELDR et PSE (qui a ajouté sa signature alors que la GUE/NGL venait de retirer la sienne), le PE recommande la mise à jour de la stratégie commune de l'UE pour la Russie, afin, notamment, de "l'adapter aux nouveaux enjeux résultant de la situation internationale". La résolution, adoptée par 387 oui, 23 non et 44 abstentions, fait une large place au conflit en Tchétchénie: le PE regrette que le Sommet UE/Russie ne soit pas parvenu à une position commune à ce sujet et insiste sur une solution politique menant à un référendum "sur l'adoption d'une constitution nouvelle définissant le partage des pouvoirs entre la république et l'Etat fédéral, suivi par des élections et le rétablissement d'un gouvernement élu en Tchétchénie". Le Parlement reconnaît le droit des Etats de "défendre leur population contre les attentats terroristes, mais attend de la Russie qu'elle assure que les mesures antiterroristes sont proportionnées et pleinement conformes à l'Etat de droit". Le PE invite aussi les autorités russes à permettre le libre accès en Tchétchénie des organisations internationales, des médias indépendants et des observateurs des droits de l'homme, à "améliorer le sort affligeant des réfugiés et des personnes déplacées", et à garantir que le rapatriement des déplacés internes et réfugiés se fait sur une base uniquement volontaire.

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