Bruxelles, 06/04/2001 (Agence Europe) - Les ministres de la Défense des pays de l'UE, réunis de manière informelle vendredi à Bruxelles sous la présidence du ministre suédois, Björn von Sydow, ont convenu de concentrer la deuxième conférence sur les «capacités militaires » pour la gestion des crises, qui devrait se tenir en novembre, sur les lacunes de ces capacités. D'ici là, le travail sur la définition d'un mécanisme d'évaluation des capacités effectivement disponibles, selon les paramètres définis lors du Sommet de Nice, doit être accéléré, a remarqué le Haut Représentant pour la Pesc, Javier Solana, devant la presse. Dans ce contexte, le président du Conseil a regretté que la Turquie bloque toujours un accord entre l'UE et l'OTAN sur l'utilisation des capacités de planification de l'OTAN. « Nous n'avons pas l'intention de mettre en place un système de planification aussi complexe que celui de l'OTAN », a déclaré M. von Sydow. Mais. « Je suis optimiste sur la possibilité d'utiliser ces capacités de planification. Le contraire serait gênant », a-t-il précisé. Pour l'heure, le « mot d'ordre est la transparence » des procédures entre l'UE et l'OTAN, tout en « respectant l'autonomie de décision» respective et en évitant les doubles emplois, a-t-il remarqué. Björn von Sydow a espéré que la réunion conjointe du 15 mai prochain, entre les ministres de la Défense et des Affaires étrangères de l'UE et des six pays européens membres de l'OTAN mais non de l'UE (Turquie, Norvège, Pologne, Hongrie, République Tchèque, Islande) permettra de faire évoluer la question. Le ministre allemand, Rudolf Scharping a espéré qu'une solution serait trouvée d'ici à la fin de l'année.
Un an après la première conférence d'évaluation au cours de laquelle les Etats membres avaient annoncé leurs engagements militaires, la prochaine conférence devra se concentrer sur l'amélioration de l'efficacité des capacités en hommes actuellement disponibles et sur les capacités stratégiques et matérielles: renseignement, commandement, communication, transports aériens, force de protection. « Nous avons besoin de réels engagements pour combler nos lacunes dans ce domaine », a précisé Javier Solana. Le ministre français, Alain Richard, a remarqué à cet égard devant la presse qu'un « signe significatif » de la volonté de progresser des Etats membres, serait que les pays (Fr., Esp., All., G.B, It., B. Lux. Port., Turquie) qui se sont engagés à acheter le futur avion de transport Airbus A 400 M signent effectivement les contrats. « Nous travaillons avec l'industrie pour signer ces contrats avant la fin de l'année », a-t-il précisé. Il a rappelé que Londres a présenté un document méthodologique pour la préparation de la conférence de novembre, soutenu par la France. M. von Sydow a reconnu que les lacunes portent également sur les ressources en hommes puisque 40.000 hommes sur les 60.000 dont devrait disposer l'UE sont en fait déployés actuellement dans les Balkans. « Nous ne savons pas encore clairement quel est notre marge de manœuvre (…). C'est pourquoi nous voulons procéder à une évaluation systématique », a-t-il conclu.
Javier Solana a souligné que les engagements financiers des Etats membres doivent être renforcés. « Les engagements doivent être non seulement ceux des ministres de la Défense, mais de l'ensemble des gouvernements », a-t-il dit, en soulignant qu'un récent sondage Eurostat indique que 75% des Européens interrogés sont favorables à la politique de défense européenne. M. Scharping a indiqué, (à la presse allemande) que l'UE compte déjà mettre en place une petite structure d'intervention d'ici à la fin de l'année, et le ministre Herbert Scheibner a espéré devant la presse autrichienne que son gouvernement prendra les décisions financières nécessaires, et a souhaité une rencontre conjointe entre ministres de la Défense et des Finances en temps voulu. Le vice-ministre néerlandais de la Défense, Henk van Hoff, aurait estimé pour sa part lors de la réunion que la défense européenne restera un « tigre de papier » si les engagements ne sont pas respectés.
Les ministres ont également évoqué les contacts avec la Russie, dans leur discussion sur la manière d'associer les pays tiers à la politique de gestion des crises européennes. M. von Sydow compte rencontrer le ministre russe de la Défense, Sergueï Ivanov, le 17 mai. « Nous voudrions traiter des question stratégiques (…) et de sujets pratiques d'utilisation des capacités», a-t-il indiqué. Suite à sa visite cette semaine à Moscou (voir plus loin), M. Solana s'est dit optimiste. « Il s'agit de gestion de crise et non de défense, je ne vois pas pourquoi il n'y aurait pas de coopération », a-t-il relevé. « Il ne s'agit pas de faire quelque chose du jour au lendemain, puisque les capacités militaires ne devront être opérationnelles qu'en 2003, mais nous pouvons commencer le dialogue », a-t-il ajouté.