Bruxelles, 29/12/2000 (Agence Europe) - Les pays tiers concernés par l'affaire de la banane restent profondément divisés face à la réforme que l'Union européenne a récemment décidé d'entreprendre pour résoudre ce différend aussi douloureux que complexe. Les premières réactions à la formule contingentaire retenue, de type "1er arrivé, 1er servi", oscillent ainsi entre la satisfaction de l'Equateur et l'opposition "déterminée" du Panama, en passant par la discorde affichée par une industrie américaine toujours écartelée entre des intérêts commerciaux divergents.
L'Equateur, qui est le premier exportateur de bananes au monde et le fournisseur numéro Un du marché européen, est tout à fait satisfait du résultat "particulièrement significatif" qui s'est dégagé des délibérations du Conseil ministériel de l'UE (voir EUROPE du 21 décembre, p.13). "Il implique l'abolition des quotas pays pour les producteurs et également les quotas pour les firmes qui commercialisent" les bananes, s'est félicité l'ambassadeur de Quito à Bruxelles, Alfredo Pinoargote. "De cette façon, le système de contingents tarifaires s'ouvre sans discriminations conformément aux recommandations de l'OMC et à la position maintenue par l'Equateur dans le cadre du différend", a-t-il ajouté en rappelant que l'Equateur est le seul pays producteur qui se soit plaint à Genève, "puisque d'autres ont cédé aux Etats-Unis leur représentation (dans ce litige) et que quelques-uns étaient en faveur du régime illégal". Ce seront "les mécanismes pertinents de l'OMC qui, en toute transparence, détermineront la compatibilité du nouveau régime avec les accords sur le commerce des marchandises et le commerce des services" (GATT et GATS), s'est-il encore félicité. M.Pinoargote a toutefois rappelé que Quito juge "excessif" un tarif douanier de 300 euros par tonne (destiné à procurer une préférence aux bananes ACP) et préconise une moyenne située entre 75 et 300 euros.
A l'inverse, le Panama a confirmé, "avec la même détermination qu'auparavant, sa profonde opposition à l'action" décidée par l'Union, a déclaré le ministre du Commerce et de l'Industrie à propos du régime qui doit entrer en vigueur entre le 1er avril et le 1er juillet prochains. La solution retenue va, selon lui, "reproduire nombre des éléments discriminatoires et restrictifs qui ont tellement nui aux pays producteurs d'Amérique latine et qui ont été condamnés par l'OMC". Il a estimé que "la mise en oeuvre du mal nommé régime 1er arrivé, 1er servi ne contribuera en rien au rétablissement des marchés ni à la finalisation de ce large et exténuant différend commercial". "Bien au contraire, (elle) sera porteuse de différends commerciaux nouveaux et renouvelés au sein de l'OMC", a-t-il ajouté en avertissant que le Panama serait dès lors "obligé" de se plaindre à Genève, notamment au titre de l'article 1 du GATT, de la préférence tarifaire dont continueront de bénéficier les ACP. Et de plaider pour la reprise des négociations sur la base du régime contingentaire de type historique préconisé par les Etats-Unis, les Caraïbes et certains pays d'Amérique latine. Egalement très critique, la réaction officielle des Etats-Unis reste mitigée par le clivage au sein de l'industrie américaine, écartelée entre l'hostilité de Chiquita et la satisfaction de l'autre multinationale bananière, Dole. Le système de "1er arrivé, 1er servi" conduira à une autre procédure à Genève, a averti la première, tandis que son concurrent plébiscitait la solution "non-discriminatoire" retenue pour l'allocation des droits d'importations des bananes latino-américaines. Enfin, de Bogota, un appel a été lancé contre ce système qui mettrait en péril "le climat de paix" qui s'est développé en Colombie "grâce à l'économie bananière".