Strasbourg, 05/09/2000 (Agence Europe) - Le renforcement du processus de décision dans le cadre du programme MEDA et la simplification de la procédure de mise en oeuvre des projets seront, selon le commissaire Christopher Patten, un test de la capacité de l'Union de réformer son action extérieure. M. Patten l'a affirmé lundi soir face au Parlement européen, lors du débat sur les rapports de Jaime Valdivielso de Cué (Partito popular espagnol) sur la proposition de règlement qui vise à simplifier la mise en oeuvre de MEDA, et d'Yves Piétrasanta (Vert français) sur le rapport annuel de 1998 sur MEDA (voir EUROPE du 2 septembre, p.7). Nous devons prouver que nous pouvons changer quelque chose dans ce domaine, a dit M. Patten: le fait que, sur initiative de la Présidence française du Conseil, trois heures de la réunion de type "Gymnich" qui vient de se dérouler aient été consacrées à l'action extérieure de l'Union lui paraît encourageant à cet égard.
Le programme MEDA est un instrument financier important et l'utilisation de ses crédits pose des problèmes, a reconnu M. Patten: mais comment en serait-il autrement lorsque des retards sont constatés dans la négociation d'un certain nombre d'accords d'association avec les pays concernés ? La Commission est prête à accepter plusieurs amendements proposés par le rapporteur, sauf ceux qui concernent: - la fixation d'un montant de référence pour la période 2000-2006, qui préjugerait du déroulement de la procédure budgétaire; - la coopération industrielle directe (c'est l'amélioration du climat industriel qui doit être recherchée); - la décentralisation telle qu'elle est demandée par les rapports (même s'il peut y avoir une décentralisation lorsque cela est possible).
Si les amendements à la résolution Valdivielso sont disponibles ce mardi dans toutes les langues, le PE pourra le voter mercredi: dans le cas contraire, le vote aurait lieu lors de la mini-session de Bruxelles, fin septembre.
Les rapporteurs et les parlementaires qui sont intervenus ont été largement d'accord avec la proposition de la Commission européenne, et tous ont exprimé une certaine déception pour la mise en œuvre de MEDA jusqu'à l'heure actuelle. C'est un programme "jeune", a admis M. Piétrasanta, qui pourrait être amélioré en comblant les carences qui concernent la coopération régionale, en remédiant au manque "criant" de personnel affecté au fonctionnement du programme, en prévoyant un rapport annuel spécifique sur la situation des droits de l'homme en Méditerranée et en intégrant l'environnement dans le programme. M. Valdivielso de Cué souhaite quant à lui un rapport annuel détaillant l'utilisation des fonds et les stratégies politiques qui sont à la base des décisions.
Au cours du débat, le conservateur John Purvis a dénoncé l'hypocrisie qui consiste à demander une zone de libre-échange mais à maintenir les restrictions lorsqu'il s'agit des produits que les pays méditerranéens peuvent exporter, c'est-à-dire les produits agricoles. En revanche, M. Fiori (Forza Italia) a demandé que, avant la réalisation de la zone de libre-échange, l'on remédie au problème de la chute de revenu des agriculteurs européens. Le socialiste français Sami Nair a regretté que le problème de l'immigration soit largement ignoré. Les décisions qui vont être prises doivent permettre d'envoyer un message positif aux pays concernés, a déclaré de son côté le socialiste français Gérard Caudron, alors que le social-démocrate allemand Rolf Linkohr a invité la Commission à être, dans cette affaire, ferme devant le Conseil, et à ne pas oublier qu'elle sera jugée non seulement sur son travail concernant l'élargissement mais aussi sur les progrès du processus euro-méditerranéen.
En définitive, le Parlement a adopté ce mardi le rapport Piétrasanta. Le Parlement demande une approche plus stratégique et integrée de MEDA, qui devrait apporter un soutien spécifique à l'élaboration et la mise en oeuvre des plans nationaux de développement durable des pays partenaires. Le PE formule toute une série de demandes concernant les projets régionaux, l'environnement, le niveau de réalisation des engagements, la garantie du respect des droits de l''homme. En ce qui concerne la Turquie, le PE exige qu'elle mette fin à la discrimination infligée à la population kurde. Le PE a adopté deux amendements du groupe PPE, présentés par le conservateur britannnique John Purvis: le premier invite les Etats membres qui n'ont pas ratifié les accords d'association à le faire, le deuxième demande des progrès dans le libre accès des produits agricoles des pays médirerranéens au marché de l'UE, en accordant, dans le cadre de la PAC, des compensations aux régions européennes directement touchées.
Le rapport Valdivielso, concernant le règlement MEDA, sera voté soit ce mercredi soit à la fin du mois, comme déjà indiqué plus haut.