Le Caire, 03/04/2000 (Agence Europe) - Le premier Sommet Afrique/UE, qui rassemble pas moins de 67 chefs d'Etat ou de gouvernement, s'est ouvert ce lundi au Caire. Le Président du Conseil européen, Antonio Guterres, a souhaité qu'il soit l'occasion d'un "dialogue fructueux et d'une meilleure compréhension entre deux continents voisins". Soulignant que le continent africain a le plus souffert d'une architecture internationale injuste et des conséquences de la globalisation sur les pays les plus pauvres, il a affirmé que l'UE soutiendra tous les efforts africains en direction de l'intégration régionale. M. Guterres a aussi insisté sur l'importance que revêtent la démocratie et la bonne gestion des affaires publiques pour le développement économique et social de chaque pays.
Résultat positif des réunions ministérielles préparatoires malgré certaines divergences qui subsistaient
Les ministres des Affaires étrangères de l'UE et des Etats africains ont du travailler d'arrache-pied dès samedi et presque toute la journée du dimanche pour réduire les derniers points de divergences sur le texte de la déclaration finale du premier "sommet" Afrique-Europe qui s'est ouvert lundi au Caire. Ces divergences portaient sur cinq points:
A. La dette: les ministres ont buté sur la question des engagements que l'UE aurait à prendre pour régler ce problème qui d'un avis général handicape les chances de développement de l'Afrique. Les Quinze acceptent d'un discuter et les hauts fonctionnaires seront convoqués à une date non déterminée pour étudier les scénarios possibles et en tirer un rapport à soumettre au prochain "sommet" et éventuellement à une réunion ministérielle ad-hoc. Mais quant au fond, l'UE ne peut pas, et pas seule en tout cas, régler le problème et rappelle qu'elle a déjà entrepris une action en faveur des pays les plus lourdement endettés. Il reste à voir à quelles conclusions parviendront les chefs de gouvernement. Le débat entre ministres a été dur de manière assez inattendue
B. Mines antipersonnel: les Européens avaient l'intention de confirmer leur appui à toutes les actions internationales contre les mines et l'aide aux victimes. Les Africains tenaient à ce que le projet de texte final s'adresse directement aux "Etats responsables" pour qu'ils "contribuent à couvrir les coûts de déminage et à fournir une indemnisation pour toute perte qu'auraient à subir les pays touchés". L'Allemagne comme la Grande-Bretagne, deux pays qui ont le plus disséminé de mines en Afrique durant la seconde guerre mondiale, ont fortement insisté lors d'une "coordination européenne" pour que ne soit pas créé un tel précédent à portée internationale. Les pays africains ont finalement cédé obtenant cependant une promesse d'appui concret pour la réhabilitation des victimes et pour une mise en oeuvre effective des engagements pris dans la Charte d'Ottawa.
C. Biens culturels: la revendication déjà présentée dans les négociations post-Lomé d'une restitution des biens culturels pris lors des pillages coloniaux a rebondi, mais l'UE s'est opposée à sceller dans le texte une telle obligation. Une coopération sera cependant engagée en ce domaine.
D. Non-prolifération nucléaire: la mise au point de la partie de la déclaration consacrée à la révision du TNP (Traité de non-prolifération nucléaire) en 2000 a donné l'occasion aux Egyptiens d'y introduire une phrase favorable à "la création de nouvelles zones exemptes d'armes nucléaires, notamment au Moyen-Orient". L'UE s'est opposée à cette référence nominative et certains Etats membres ont estimé peu constructif d'introduire dans le débat euro-africain des éléments du conflit israélo-arabe. La phrase sera finalement supprimée. Il y aura vraisemblablement un engagement à oeuvrer pour qu'il n'y ait pas d'armes nucléaires en Afrique.
E. Suivi: c'est le sujet qui a créé le plus de difficultés. L'UE a maintenu sa position contre une "périodicité" (comme elle existe avec les pays d'Asie). Elle accepte de prévoir un deuxième sommet euro-africain en 2003 (vraisemblablement en Grèce) mais sans s'engager sur rythme régulier. Il n'y aura pas non plus de réunions ministérielles sectorielles systématiques. Une rencontre conjointe des ministres des Affaires étrangères est cependant envisagée pour préparer le deuxième sommet, et sera elle-même précédée de sessions au niveau des hauts fonctionnaires. Ce sera pratiquement la seule structure conjointe dont l'instauration paraît acquise. Ce "groupe bi-régional" fonctionnera à l'exemple du "comité de suivi" du processus de Barcelone mais les deux présidences en exercice devront en fixer les règles de fonctionnement (calendrier de réunions, ordre du jour, etc.). Dans ce cadre, les hauts fonctionnaires auront la faculté de traiter des divers sujets, y compris la question de la dette. Ils seront chargés par le "sommet" d'élaborer un rapport sur ce thème et éventuellement de recommander une rencontre ministérielle ad-hoc dont le principe n'est pas écarté.
Au cours d'une conférence de presse dimanche soir, le Président du Conseil de l'UE Jaime Gama s'est réjoui du résultat auquel étaient parvenus les ministres: "honnêtement, je suis satisfait" et il a estimé que l'UE était "à un tournant" de ses relations avec l'Afrique avec laquelle elle doit créer un "partenariat stratégique". Pour l'Egyptien Amr Moussa, le "sommet" n'est pas "une fin en soi" mais le commencement d'un processus de dialogue et son collègue algérien, Youcef Yousfi appelle à "l"effort commun et à créer des bases solides" pour la poursuite de la coopération euro-africaine.
Le rapprochement de la Libye à l'Union européenne se précise, rencontre positive Khadafi/Prodi
De nombreux entretiens au niveau des chefs de gouvernement se sont déroulés et se poursuivent en marge du Sommet du Caire. Dans cette activité, le dirigeant de la Libye, le colonel Khadafi a été particulièrement actif. Il a notamment rencontré le premier ministre espagnol José Maria Aznar, le premier ministre irlandais Bertie Ahern et le président de la Commission européenne Romano Prodi.
Avec ce dernier il a été question en particulier de la participation de la Libye au dialogue euro-méditerranéen. Le colonel Khadafi a confirmé qu'il accepte l'intégralité de l'acquis du processus de Barcelone en reconnaissant qu'il n'est pas négociable, et ne formule plus aucune réserve sur la participation d'Israël et de l'Autorité palestinienne à ce processus. Il aurait toutefois indiqué en même temps que pour la Libye la participation au processus de Barcelone n'est pas la priorité; l'avenir des relations entre l'UE et l'Afrique du Nord sont, pour le colonel, prioritaires.
Romano Prodi a aussi rencontré notamment le roi du Maroc.