Strasbourg, 20/03/2000 (Agence Europe) - Lorsque, le 12 août 1949, 63 pays ont signé les quatre Conventions de Genève qui forment la base du droit humanitaire international applicable en temps de conflits armés, ces pays sortaient d'un conflit dévastateur qui les avait poussés à chercher des règles internationales pour une nouvelle éthique, a dit Francisco Seixas da Costa, au nom de la présidence du Conseil de l'UE, lors du débat que le Parlement européen a eu la semaine dernière à l'occasion du 50ème anniversaire de ces Conventions. Malheureusement, l'application des Conventions n'a pas été satisfaisante, et nous continuons d'assister à des actes de barbarie et à la négation totale des droits aussi bien des militaires que des civils, a constaté le Secrétaire d'Etat portugais aux affaires européennes à propos des dernières guerres qui, a-t-il souligné, ont frappé les civils encore plus que les militaires et ont été marquées par une "politique de la terre brûlée" et par la recherche de la "victoire à tout prix, même au prix du génocide". Cependant, M. Seixas da Costa a estimé qu'"un nouvel ordre international fondé sur les valeurs" commence à se dessiner, et a assuré que l'Union européenne fera tout son possible pour "rendre la vie plus dure" à ceux qui, que ce soit en ex-Yougoslavie ou au Rwanda, violent ces valeurs.
Le conflit en Yougoslavie a montré que l'Europe reste vulnérable, a affirmé Mme Maij-Weggen qui, en parlant pour le groupe du PPE, a souligné que l'Europe doit regarder aussi loin de ses frontières, en Asie (elle a cité notamment le Timor oriental, et les Moluques), en Afrique (elle a parlé de l'Erythrée et du conflit entre Hutus et Tutsis): la Convention de Genève, qui a été écrite "avec notre sang", avait été pourtant adoptée pour empêcher tout cela, s'est-elle exclamée. Le démocrate-chrétien allemand Brok, qui a posé le problème des enfants soldats, a constaté en particulier que, sans respect des droits de l'homme, il ne peut pas y avoir, à la longue, prospérité et progrès. Le démocrate-chrétien irlandais Cushnahan a évoqué pour sa part l'affaire Pinochet en disant que, même si elle a été un "semi-fiasco", elle a sans doute été utile pour l'affirmation du droit humanitaire. Pour le groupe socialiste, M. Martinez Martinez a insisté sur l'importance de l'éducation: nous devons éduquer les jeunes, les forces armées et développer "l'amour de la paix", a dit le député espagnol, pour qui l'Union européenne peut être un "grand agent de paix". M. Martinez Martinez a regretté par ailleurs l'"attitude bureaucratique" de la Commission qui, a-t-il noté, a récemment dit qu'elle ne dispose pas de ressources suffisantes pour promouvoir le droit humanitaire. La socialiste grecque Mme Karamanou, en constatant que la Convention de Genève est "un texte magnifique" mais ne doit pas rester de la "littérature", a évoqué le conflit du Kosovo, en affirmant que, "sous prétexte d'une intervention humanitaire, on a effectué des bombardements qui ont frappé des hôpitaux, des ambassades, des civils". Le libéral démocrate britannique Watson a, en soulignant lui aussi le rôle de l'éducation et des media, estimé que "nous avons échoué dans notre rôle d'éduquer contre la glorification du combat", et Lady Nicholson, également libérale démocrate britannique (qui a rappelé que l'un de ses ancêtres était l'un des fondateurs de la Croix Rouge), a posé en particulier le problème des prisonniers de guerre, en rappelant que, des années après la fin du conflit Irak/Koweït, l'Irak garde encore en détention beaucoup de prisonniers. Le Vert belge Staes a cité quant à lui le cas des prisonniers kosovars en Serbie, alors que le Finlandais Matti Wuori, en parlant au nom du groupe des Verts/ALE, a rappelé la nécessité de respecter non seulement la Convention de Genève, mais aussi d'autres textes internationaux, comme la Convention d'Ottawa. M. Segni, au nom de l'Union pour l'Europe des Nations, a évoqué la Tchétchénie, en disant avoir vu avec "déplaisir" Tony Blair, lors de sa récente visite à Moscou, "donner une grande accolade" au Président Poutine, après avoir proféré de "faibles protestations" contre l'intervention russe en Tchétchénie: une délégation du Conseil de l'Europe s'est rendue en Tchétchénie, et maintenant il faudrait y envoyer aussi une délégation du Parlement européen, a dit l'élu d'Alleanza Nazionale.
M. Nielson: il faut réviser la Convention de Genève
Le Commissaire européen à l'aide humanitaire M. Nielson a, en constatant que "la guerre évolue" constamment, estimé que la Convention de Genève doit être révisée dans son contenu (afin notamment d'assurer l'accès des organisations humanitaires aux foyers de conflit) et en ce qui concerne son respect (des obligations devant assurer sa bonne application existent déjà, mais elles ne suffisent pas). La Convention ne couvre pas certains problèmes importants, a dit M. Nielson, qui a rappelé que, au cours des dix dernières années, les conflits militaires ont fait dix fois plus de victimes parmi les civils que parmi les soldats.
A l'issue du débat, le PE a adopté une résolution qui invite les Etats qui ne l'auraient pas fait à ratifier les quatre Conventions et les deux protocoles additionnels de l977, ainsi que les autres traités de droit international humanitaire, notamment la Convention d'Ottawa sur les mines antipersonnel et le statut de la Cour pénale internationale. Le PE demande par ailleurs au Conseil et à la Commission de veiller à ce que la coopération avec les pays tiers se fasse dans le respect de ces textes; en outre, le Conseil de l'Union est invité à garder à l'esprit les normes et les principes du droit international, surtout dans les prises de décision et dans les activités relevant de la Pesc.