Un futur instrument - législatif ou non - sur l’activation des personnes éloignées du marché du travail, axé notamment sur les femmes, un groupe d’experts de haut-niveau sur l’impact de l’intelligence artificielle sur le monde du travail à moyen et long terme ainsi que la confirmation d’un ‘deal’ européen sur les soins de longue durée en 2027 : telles sont les initiatives présentées mercredi 22 juillet par la vice-présidente Roxana Mînzatu dans le contexte du ‘Plan d’action sur le pilier européen des droits sociaux’, censé faire le bilan des neuf années d’existence de cet outil voulu par l’ex-président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker (EUROPE 11775/1).
Ce ‘pilier’ des droits sociaux, articulé autour de vingt grands principes et mis en musique avec le plan d’action de Porto en 2021 et l’identification de trois grands objectifs sociaux (emploi, formation, pauvreté) sert de « boussole sociale » à l’UE depuis « presque dix ans », a résumé la vice-présidente.
Et ses objectifs de l’époque - lutter contre la pauvreté, favoriser l’accès des femmes sur le marché du travail avec des services de garde d’enfants renforcés ou garantir l’égalité des chances et l’accès aux soins de longue durée - restent toujours aussi pertinents, peut-être encore plus maintenant.
Si des progrès ont été engrangés concernant l’emploi depuis 2021 (un taux de 76,1% en 2025 pour un objectif de 78% en 2030), mais moins sur la formation ou la lutte contre la pauvreté, la Commission a proposé mercredi trois autres pans d’amélioration du plan d’action de 2021.
Elle envisage ainsi des actions supplémentaires pour lutter contre le coût de la vie, contre les effets potentiellement néfastes de l’IA sur le marché du travail et, de manière générale, contre les inégalités.
« L’une des initiatives les plus concrètes et importantes », selon la vice-présidente, est l’activation des personnes éloignées du marché du travail. Annoncée le 6 juillet dernier (EUROPE 13903/9), cette initiative - qui s’est traduite par le lancement le même jour d’une première phase de consultation des partenaires sociaux européens - devra évaluer le potentiel d’une action de l’UE pour développer le travail des services de l’emploi, renforcer les services de garde d’enfants ou de prise en charge de personnes non autonomes.
En 2025, près de 50 millions de personnes en âge de travailler étaient inactives, aux côtés de 12 millions de chômeurs et de 6,5 millions de travailleurs sous-employés, qui souhaitaient travailler à temps plein, mais n'en trouvaient pas l'occasion.
Les femmes représentent la plus grande part de l'inactivité, 32 millions de celles en âge de travailler étant en dehors du marché du travail.
Le second chantier est l’analyse des effets de l’IA sur le monde du travail. Alors que la Commission a déjà lancé une consultation sur le futur Acte sur les emplois de qualité pour savoir si des normes contraignantes sont nécessaires pour encadrer l’IA au travail, elle a annoncé un groupe de haut niveau sur le sujet.
Il s’agira pour ce groupe, dont la composition reste à arrêter, tout comme la date de lancement, d’élaborer des scénarios pour l'évolution potentielle à long terme de l'emploi dans l'UE, en fonction du déploiement de l'IA sur les lieux de travail, d'examiner comment anticiper et gérer au mieux les impacts de l'IA sur l'emploi ou d’étudier les pistes pour ajuster les politiques du marché du travail.
Enfin, sur le volet 'inégalités', la Commission présentera aussi des actions pour aider les PME à mettre en œuvre la directive sur la transparence salariale.
Journée du 8 août. La vice-présidente a également annoncé que la journée du 8 août sera désormais la Journée européenne de commémoration des personnes décédées au travail, selon une proposition adoptée le 22 juillet par la Commission.
Cette proposition accède ainsi à la demande du PE (EUROPE 13864/16) et ne peut pas être plus pertinente, a souligné Roxana Mînzatu, évoquant la récente tragédie survenue à Bruxelles avec la mort de six ouvriers sur un chantier.
Réactions mitigées. « L’Europe doit changer de cap de toute urgence pour avoir une chance d’atteindre ses objectifs sociaux. L’émergence de nouveaux défis, comme l’IA, depuis la définition initiale de ces objectifs, rend d’autant plus cruciales les nouvelles ressources et une législation européenne sur les droits au travail », a réagi la secrétaire générale de la CES, Esther Lynch.
La communication va dans le bon sens, « mais ce n'est pas suffisant. Il est impératif de la transformer en une loi ambitieuse sur les emplois de qualité, assortie de règles contraignantes sur l'IA au travail, le droit à la déconnexion, les risques psychosociaux et liés aux conditions climatiques extrêmes, une transition juste et la sous-traitance », a jugé de son côté Gabi Bischoff (S&D, allemande).
Lien vers la communication : https://aeur.eu/f/mz8 (Solenn Paulic)