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Bulletin Quotidien Europe N° 13471
Invasion Russe de l'Ukraine / Ukraine

Dmytro Kuleba appelle les Européens à renforcer leur soutien militaire

Le ministre des Affaires étrangères ukrainien, Dmytro Kuleba, a appelé, jeudi 29 août, à l’occasion de sa participation à la réunion informelle de ses homologues européens, les États membres de l’UE à renforcer leur soutien militaire à son pays.

L’Ukraine, qui subit de massives attaques aériennes à l’encontre de ses infrastructures civiles, y compris énergétiques, mène une offensive dans la région russe de Koursk. Selon le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, cette offensive, une « audace stratégique » qui porte un coup au récit du président russe, Vladimir Poutine, a reçu le soutien de nombreux États membres.

M. Kuleba a précisé que le soutien européen passait à la fois par la fourniture de munitions et de systèmes de défense aérienne et par la levée des restrictions pour l’utilisation des équipements pour frapper « des cibles militaires légitimes » sur le territoire russe. Si cette dernière demande s’adresse particulièrement aux États-Unis et au Royaume-Uni, le ministre a estimé que les Européens, qui font partie de la même coalition, pouvaient influencer leurs collègues. « J'appelle l'Union européenne à jouer un rôle et à dire fortement et très clairement que quelque chose doit être fait maintenant », a déclaré M. Kuleba, qui a expliqué que, depuis le début de la guerre, chaque problème avait été résolu, mais que la question essentielle était le « timing ».

À l’issue de la rencontre avec ses homologues européens, le ministre a salué l’intention « d’un certain nombre d’États membres de l’UE de plaider pour la levée des restrictions (...) dans leurs dialogues bilatéraux avec d’autres membres de la coalition ».

Le représentant ukrainien a aussi regretté les délais entre les annonces de soutien et l’arrivée effective de ce soutien. « Quelques fois, l’intervalle est excessivement long. Nous ne pouvons pas faire de plan militaire sur ce sur quoi l’on peut compter ou pas sur le champ de bataille », a-t-il souligné.

Selon lui, si de « bons progrès » ont été faits dans la livraison de systèmes de défense aérienne, « il y a encore des systèmes qui ont été annoncés et qui n’ont pas encore été livrés ». Le ministre a donc exhorté tous les pays qui avaient fait des promesses à les honorer et, à l’issue de la rencontre, a apprécié la volonté de ses collègues de prendre les mesures nécessaires pour accélérer ces livraisons. Il a en outre plaidé pour le renforcement des investissements dans la base industrielle et technologique de défense de l’Ukraine, ce qui permettrait de gagner du temps dans la logistique, par exemple. 

À son arrivée au Conseil, le ministre lituanien, Gabrielius Landsbergis, a soutenu qu’aucun nouveau lot de munitions n'avait été livré depuis juin. « Lors de nos discussions avec des amis ukrainiens, nous apprenons que certains équipements promis l'année dernière ne seront livrés qu'en 2027 », a également regretté le ministre. 

Son homologue allemande, Annalena Baerbock, a promis que d’ici la fin de l’année, quatre autres systèmes de défense aérienne IRIS-T seraient livrés à l’Ukraine, ainsi que d'autres systèmes de défense aérienne ‘Guépard’, « car la défense aérienne reste l'élément le plus important pour protéger les vies humaines sur le terrain en Ukraine ».

Estimant que « la Russie (voulait) bombarder un pays européen jusqu’à sa capitulation totale », M. Kuleba a expliqué que le succès de la Russie dépendait d’une chose : « la volonté des partenaires (de l'Ukraine, NDLR) de prendre des décisions audacieuses ». « Si des décisions sont prises, l’Ukraine réussit sur le terrain. Si elles ne sont pas prises, ne vous plaignez pas de l’Ukraine, plaignez-vous de vous-même », a-t-il prévenu. 

Le ministre a expliqué que si son pays recevait une « quantité suffisante de missiles » et était autorisé à frapper, il réduirait « considérablement » la capacité de la Russie à infliger des dommages aux infrastructures critiques et améliorerait la situation de ses forces sur le terrain. 

Soutien de M. Borrell

Le Haut Représentant a apporté son soutien aux demandes de l’Ukraine. « On peut faire mieux et plus vite », a reconnu M. Borrell. « Le message de Kuleba était clair : le soutien de l'UE fait la différence, mais les retards sont trop coûteux. Ils l'ont été hier, le sont aujourd'hui et le seront demain », a-t-il ajouté, ajoutant que ces retards se mesuraient en vies humaines.

Rappelant que le mois d'août était « très difficile et sanglant » et que rien que la journée du 26 août, la Russie avait lancé plus de 300 missiles et drones sur l’Ukraine, M. Borrell a estimé que la livraison d’équipements de défense aérienne, essentielle avant l’été, était « beaucoup plus critique aujourd'hui ». Selon le Haut Représentant, depuis février 2022, la Russie a tiré plus de 14 000 drones, près de 10 000 missiles et des bombes guidées sur l'Ukraine, la plupart depuis le territoire russe.

Ainsi, le Haut Représentant a plaidé pour la levée des restrictions pour l’utilisation des armes. « Les armes que nous fournissons à l'Ukraine doivent pouvoir être utilisées pleinement et les restrictions doivent être levées pour que les Ukrainiens puissent cibler les endroits où la Russie les bombarde. Sinon, ces armes ne servent à rien », a-t-il prévenu. 

Plusieurs ministres européens ont également appelé au déblocage des fonds sous la 'Facilité européenne pour la Paix' à destination de l’Ukraine afin de pouvoir renforcer le soutien militaire a l’Ukraine. 6,6 milliards d'euros sont toujours bloqués. M. Borrell a promis qu’il allait « chercher un moyen de trouver une solution pour résoudre ce problème avec ce veto d'un État membre, car ce n'est pas acceptable ». Les précédentes tentatives, y compris une sorte d'opt out pour la Hongrie se sont révélées infructueuses. « L’Ukraine a désespérément besoin de cette aide », a rappelé la Belge Hadja Lahbib.

Selon le porte-parole du gouvernement hongrois, Zoltan Kovacs, le ministre des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, a critiqué les « propositions irresponsables » de M. Borrell concernant l'Ukraine, soulignant que « la Hongrie ne voulait pas voir davantage d'armes envoyées en Ukraine, davantage de morts ou une escalade de la guerre ». (Camille-Cerise Gessant)

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