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Bulletin Quotidien Europe N° 12725
CONSEIL EUROPÉEN : ÉDITION SPÉCIALE / BiÉlorussie

Détournement d’un vol Ryanair sur Minsk, les dirigeants européens s’accordent sur de nouvelles sanctions

« Scandale international », « événement inacceptable, choquant, scandaleux », « terrorisme d’État », « piraterie d'État », « Un truc de folie. Comme un très mauvais film »… Les chefs d’État ou de gouvernement des États membres de l’Union européenne et les présidents des institutions européennes n’ont pas mâché leurs mots, lundi 24 mai à leur arrivée au sommet européen, pour dénoncer l’atterrissage forcé à Minsk d’un vol Ryanair qui effectuait la liaison entre Athènes et Vilnius, la veille, avec plus de 100 passagers à son bord, pour y faire débarquer de force l'opposant politique biélorusse Roman Protasevich, et sa fiancée, Sofia Sapega.

«  C'est avec beaucoup de fermeté que, très rapidement, les Vingt-sept ont condamné ce qu'il s'est produit », a souligné le président du Conseil européen, Charles Michel, qualifiant le détournement du vol de « menace pour la sécurité internationale ».  « C'est une attaque contre la démocratie, la liberté d'expression et la souveraineté européenne », a ajouté la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

Les États membres ont demandé la libération « immédiate » de M. Protasevich et de sa fiancée, Mme von der Leyen rappelant que le régime biélorusse était responsable de la santé de l'opposant.

Au-delà des mots, les dirigeants européens se sont accordés sur de nouvelles mesures à l’encontre du régime biélorusse. Qualifiant, dans des conclusions, l’incident d’ « inacceptable » et de « sans précédent », ils demandent à l'Organisation de l'aviation civile internationale d'enquêter d'urgence sur cet incident afin de déterminer l'existence d'une éventuelle violation de la Convention de Chicago.

Ils invitent aussi le Conseil de l’UE à adopter les mesures nécessaires pour interdire le survol de l'espace aérien de l'UE par les compagnies aériennes biélorusses et pour empêcher les vols exploités par ces compagnies d’accéder aux aéroports de l'UE. Tous les transporteurs basés dans l’UE devraient éviter de survoler la Biélorussie, ajoutent les dirigeants.

En pointe sur ce dossier, la Lituanie a également annoncé interdire à tous les vols vers ou depuis son territoire de traverser l'espace aérien biélorusse.

Selon Mme von der Leyen, le Conseil européen a décidé d'infliger des sanctions supplémentaires à l'encontre des individus impliqués dans ce détournement, mais aussi des entreprises et des entités qui financent le régime biélorusse. Concrètement, dans ses conclusions, il demande au Conseil d’adopter « dès que possible » des sanctions ciblées supplémentaires.

Mais Mme von der Leyen a aussi évoqué un paquet de 3 milliards d'euros d'aides et d'investissements qui serait octroyé à la Biélorussie, une fois débarrassée de M. Loukachenko.

Si 88 personnes – dont le président Loukachenko – et sept entités font l’objet de mesures restrictives (EUROPE 12667/23), le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères, Josep Borrell, avait annoncé, le 10 mai, que des mesures supplémentaires étaient en préparation (EUROPE 12718/26).

Selon une source européenne, ce paquet, attendu pour juin, sera renforcé.

Les dirigeants appellent aussi le Conseil à adopter de nouvelles sanctions économiques ciblées, invitant le Haut Représentant et la Commission à soumettre sans délai des propositions à cette fin.

Enfin, les Vingt-sept se déclarent solidaires de la Lettonie, après l'expulsion « injustifiée » de diplomates. La Biélorussie a ordonné, fin mai, l’expulsion du personnel de l’ambassade lettone à Minsk, accusant Riga d’avoir remplacé le drapeau biélorusse par celui de l’opposition en marge du Mondial de hockey.

Plus tôt dans la journée, dans une déclaration au nom de l'UE, M. Borrell avait qualifié d'« inadmissible » l'interception du vol Ryanair par les autorités biélorusses. La détention à Minsk de Roman Protasevich est « une nouvelle tentative flagrante des autorités biélorusses de faire taire toutes les voix de l'opposition », avait-il dénoncé. Selon lui, « en effectuant cet acte coercitif », les autorités biélorusses ont mis en danger la sécurité des passagers et de l'équipage.

Lundi, l’ambassadeur biélorusse auprès de l’UE, Aleksandr Mikhnevich, a été convoqué au Service européen pour l’action extérieure. Plusieurs États membres ont aussi convoqué les ambassadeurs biélorusses auprès de leurs capitales.

Du côté de l’OTAN, les ambassadeurs des pays alliés se réunissent ce mardi pour discuter de cet événement.

Voir les conclusions du Conseil européen : https://bit.ly/2T5tS39 (Camille-Cerise Gessant avec Solenn Paulic et Mathieu Bion)