Le Parlement européen a largement soutenu, mercredi 18 septembre à Strasbourg, une résolution défendant le projet d’accord de retrait ordonné du Royaume-Uni de l’UE, qu’il ne validera qu’avec le filet de sécurité pour l’Irlande. Il a aussi marqué son ouverture pour une nouvelle extension de la période de l’article 50, si elle est demandée par Londres, mais seulement sous conditions et a souligné qu’une sortie sans accord serait à imputer au Royaume-Uni.
Cette résolution, soutenue par les principaux groupes politiques du PE (PPE, S&D, Renew Europe, Verts/ALE, GUE/NGL), a été approuvée par 544 voix contre 126 et 38 abstentions et a fait suite à un débat en plénière en présence du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et du négociateur en chef de l’UE, Michel Barnier.
Le président Juncker est en partie revenu sur sa rencontre du lundi 16 septembre, à Luxembourg, avec le Premier ministre britannique, Boris Johnson. Une rencontre qu’il a qualifiée d’amicale, positive et constructive, « contrairement aux rapports dans la presse » (une allusion au chaos de la journée au Luxembourg dans son ensemble et à la conférence de presse ratée avec Xavier Bettel), mais qui ne lui a pas encore permis de pouvoir dire « si de réels progrès ont été faits ».
Le président de la Commission a en effet indiqué aux députés qu’il avait demandé à Boris Johnson de faire des propositions par écrit sur le filet de sécurité pour l’île d’Irlande. « Tant que ces propositions ne sont pas arrivées, je ne peux pas vous dire que de réels progrès ont été faits », a lancé M. Juncker, qui a souligné qu’il n’avait « aucun attachement émotionnel » au filet de sécurité, mais qu’il était « attaché aux objectifs qu’il sert ».
La Commission est prête à travailler « du matin au soir pour trouver des solutions techniques et politiques ; je ne suis pas sûr qu'on réussira, il reste très peu de temps, mais je suis sûr qu’il faut essayer », a ajouté le président, qui a souligné que les risques d’une sortie sans accord « restent bien réels ».
Pour Michel Barnier, « notre insistance (sur le filet de sécurité) est totalement pragmatique, pas idéologique », mais c’est « en Irlande que le Brexit créé le plus de problèmes ». Et au-delà de l’Irlande, il y a aussi la « question de la relation future, car il faudra créer un grand partenariat avec ce grand pays qui restera ami, allié, voisin ».
Or, outre le fait que Londres a encore exprimé, le 16 septembre, les éléments du ‘backstop’ qu’il n’aime pas, le gouvernement britannique a aussi exprimé son souhait de « revenir sur des éléments » de la future relation tels qu’ils avaient été discutés avec Theresa May, notamment, sur les éléments « du level playing field », a relaté le négociateur en chef.
« Il faut un socle de règles communes et le niveau d’ambition d’un futur accord de libre-échange dépendra clairement des garanties que nous aurons mises ensemble sur le papier en matières sociale, environnementale, de concurrence ou d’aides d’État », a prévenu Michel Barnier.
Pas de future relation sans avoir réglé les questions essentielles
Et s’il n’y avait « pas d’accord de retrait », toutes les questions « sont là », entre la paix en Irlande, les droits des citoyens, le budget... « On devra les régler préalablement à la conclusion d’un nouveau partenariat », a encore rappelé le négociateur, qui a assuré aux ‘Brexiters’ que l’UE ne voulait en rien « voler le Brexit » ou empêcher toute sortie de l’UE.
L’hémicycle était en grande partie acquis à la cause des deux hommes, mais des voix dissonantes sont venues sans surprise du Brexit Party de Nigel Farage ou de Diane Dodds, membre du Democratic union party (DUP) nord-irlandais. Pour Nigel Farage, cet accord de retrait, « même sans le filet de sécurité », est « très mauvais » et reviendra à emprisonner le pays dans les règles européennes et à rendre le pays dépendant de l’UE.
Diane Dodds, pour sa part, a évoqué un sondage qui indiquerait que 85% des « Unionistes sont contre le filet de sécurité ». Il « y a un problème avec le filet de sécurité » et cela doit être « entendu ».
Du côté des autres groupes politiques, l’urgence est d’abord de recevoir des propositions concrètes de la part de Londres et d’éviter une sortie sans accord qui serait une « catastrophe » pour l’UE, mais encore plus pour le Royaume-Uni, comme l’ont montré les documents Yellowhammer, et le « responsable du chaos est Boris Johnson », a déclaré la S&D espagnole Iratxe Garcia Perez. Les « socialistes ont toujours vu le Brexit comme une erreur historique et sont prêts à soutenir le peuple britannique, s’il change d’avis ».
Le chef de file du groupe PPE, l'Allemand Manfred Weber, est aussi d’avis que si aucune « issue » n’est trouvée, « il faudra redonner la parole au peuple ». En attendant, la rencontre du 16 septembre a été une autre « occasion manquée », selon Manfred Weber, qui a également moqué la décision du Premier ministre britannique de « fermer Westminster : c’est ça l’idée de la démocratie de demain ? »
Pour le chef du groupe PPE, une extension sera en tout cas possible uniquement « s’il y a une justification et un clair engagement en faveur de l’accord de retrait ». Et « nous ne laisserons pas nos standards sociaux ou environnementaux être mis en péril par un futur accord ». Lien vers la résolution : https://bit.ly/2mo7jXf (Solenn Paulic)