La Commission européenne poursuit ses efforts pour que l'Europe rivalise avec les États-Unis sur le calcul intensif de données. Elle a présenté, jeudi 11 janvier, un projet de règlement en faveur d’une infrastructure européenne de superordinateurs.
Selon ses calculs, ce projet coûterait environ 1 milliard d’euros qui devrait être financé à moitié par les États membres et à moitié par le budget européen (EUROPE 11931).
Le calcul à haute performance permet de traiter en un temps record un nombre important de données via des superordinateurs. Cette technologie contribue par exemple, explique la Commission, à mieux prévoir les catastrophes naturelles de grande ampleur, à développer de nouveaux médicaments ou encore à lutter contre le terrorisme via la détection des comportements suspects dans les espaces publics.
Or, si en 2012 l’UE comptait 4 des 10 machines les plus performantes du monde, elle n’en compte désormais plus une seule. Le superordinateur le plus rapide d’Europe se situe aujourd’hui en 14e position et est douze fois plus lent que le premier.
Objectif : allouer une enveloppe d'un milliard d’euros
Selon la Commission, ce retard s’explique notamment par le défaut de financement actuel qui se situe « entre 500 et 750 millions d'euros par an ». Dans ce contexte, le projet de règlement suggère de mobiliser 486 millions d’euros issus de l’actuel programme 'Horizon 2020' pour développer une infrastructure européenne de pointe. La Commission appelle les États membres à mettre également la main à la poche, en vue d’atteindre un montant total d'1 milliard d’euros.
Interrogé sur les modalités de calcul des contributions financières nationales, les experts de la Commission ont fait référence à une clé de paiement flexible, une sorte d’« investissement pour l’acquisition du système et des calculateurs ». Concrètement, tous les États membres pourront accéder aux machines puisqu’elles seront partiellement acquises avec de l’argent européen. Toutefois, les contributions nationales permettront aux États d’obtenir un accès privilégié, des sortes de « parts ».
« Nous espérons que les États membres contribueront en masse à ce projet qui représente une vraie valeur ajoutée vu la demande scientifique industrielle », a indiqué un expert.
Un calendrier plus large
L'entreprise commune 'EuroHPC' devrait débuter ses activités en 2019 et les poursuivra jusqu'à fin 2026 (EUROPE 11845). La Commission espère en effet que l'UE acquerra des systèmes de performance pré-exascale (1017 ou cent millions de milliards de calculs par seconde) d'ici 2019-2020 et des systèmes de performance exascale (1018 ou un milliard de milliards de calculs par seconde) d'ici à 2022-2023. Cela pourrait donner lieu à une explosion des brevets sur des applications industrielles, note un observateur.
À ce jour (et depuis mars 2017), douze États membres (France, Allemagne, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal, Espagne, Belgique, Slovénie, Bulgarie, Grèce et Croatie) ainsi que la Suisse ont co-signé une déclaration commune dans laquelle ils s'engagent à travailler ensemble.
D'après un expert de la Commission, le Royaume-Uni s'était montré intéressé par une telle collaboration lors d'une réunion préparatoire d'octobre. (Sophie Petitjean)