*** Futuribles. L’anticipation au service de l’action. Futuribles Sarl (47 rue de Babylone, F-75007 Paris. Tél. : (33-1) 53633770 – fax : 42226554 – Courriel : revue@futuribles.com – Internet : http://www.futuribles.com ). Septembre-octobre 2017, n° 420, 144 p., 22 €. Abonnement annuel : 115 €. ISBN 978-2-84387-433-8.
Ce numéro de la revue française de prospective dirigée par Hugues de Jouvenel entre en parfaite résonance avec l’actualité puisqu’il comporte un très instructif dossier relatif à la dimension régionale qui est à l’œuvre au sein de l’Union européenne et aux conséquences qui en découlent pour celles-ci. Il est élaboré par deux anciens fonctionnaires de la Commission qui se penchent sur l’organisation territoriale en Allemagne, au Royaume-Uni et en... Espagne pour exposer combien celle-ci constitue une difficulté méconnue mais bien réelle de l’intégration européenne. En guise d’introduction, Eric Dufeil montre d’abord combien ‘Bruxelles’ est confrontée à « l’extraordinaire diversité de situations que connaissent les Etats membres » en termes de structurations politique et administrative, l’Union comptant des Etats centralisés (Irlande, Portugal, Grèce) comme, à l’opposé, des pays fédéraux qui, tels l’Allemagne et la Belgique, ont concédé à leurs régions de réels pouvoirs constitutionnels. Il va de soi que, pour la Commission, nouer le dialogue avec des interlocuteurs aussi divers ne va pas toujours de soi...
Pour avoir été en charge de l’Allemagne au titre du Fonds européen de développement économique régional, Eric Dufeil s’intéresse ensuite, dans un premier temps, au fonctionnement de la structure fédérale qui a été imposée à ce pays au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Loin d’être contestée, elle est devenue un pilier de son de son organisation politique et a contribué à la réunification sans heurts du pays au lendemain de la chute du rideau de fer, même si elle n’a pas empêché la persistance d’inégalités de développement entre les Länder, notamment entre ceux de l’Est et de l’Ouest. Il n’empêche, si des aménagements seront sans doute apportés à court ou moyen terme, ils resteront contrebalancés et canalisés par l’attachement des Allemands à la structure fédérale de leur pays. Au contraire, conclut Eric Dufeil, « la recherche du consensus et la convivialité démocratique qui caractérisent le fédéralisme à l’allemande » pourraient constituer une source d’inspiration fort utile lorsqu’il s’agira de donner vie à un « noyau dur européen » plus intégré. Pour sa part, Jean-François Drevet éclaire la situation propre au Royaume-Uni et rappelle les étapes et les limites du relativement récent processus de dévolution, lequel a notamment continué à buter sur « un système budgétaire resté centralisé » – et peu généreux... Du coup, les disparités économiques sont restées élevées dans le pays, ce qui n’a pas manqué de conforter singulièrement le côté bouc émissaire de l’Union européenne dans les régions les moins prospères lors du référendum ayant conduit au Brexit. Il est tout sauf acquis, selon cet auteur, que les partisans du « non » y gagneront puisqu’ils perdront certains financements européens et seront plus dépendants que jamais d’un Trésor londonien désargenté. Ce qui, au final, pourrait bien contribuer à une « reconfiguration du royaume »...
Après l’Allemagne, Eric Dufeil s’est occupé de l’action du Feder en... Espagne, d’où la contribution qu’il consacre à ce pays aujourd’hui, plus que jamais, « à la croisée des chemins ». Il montre notamment comment, dans un pays qui vit un « fédéralisme incomplet », la problématique indépendantiste catalane a repris vigueur dans le contexte de la crise économique de 2008, expliquant entre autres : « La Constitution {espagnole} dit que les autonomies doivent être dotées des moyens de faire face à leurs obligations et l’exemple de la Catalogne montre que ce n’est pas le cas ». Jugeant qu’un « dialogue démocratique avec l’Etat espagnol » est la seule voie possible pour trouver une solution avant que l’invocation de l’article 155 ne vienne « couper la voie du dialogue », il rappelle aussi qu’une « Catalogne hors du marché intérieur, avec sa dette et sans l’euro, ne serait pas viable » et appelle les Européens à en convaincre les dirigeants de Barcelone.
A noter aussi que dans sa traditionnelle « Tribune européenne », Jean-François Drevet analyse un fait et deux personnages – le Brexit, Donald Trump et Recep Tayyip Erdogan – par lesquels « le populisme dicte la politique étrangère ». Il invite dès lors l’Union européenne à se doter des moyens et de la volonté de faire face seule à de nouvelles crises : « très exposée par la monte des tensions à sa périphérie, bientôt orpheline de la protection américaine et bien isolée dans la défense du multilatéralisme », l’Union devrait avoir assez de « lucidité » pour « se préparer à se défendre par elle-même et prendre les dispositions nécessaires pour cela ». Michel Theys
*** Politique. Revue belge d’analyse et de débat. ASBL Politique (9 rue du Faucon, B-1000 Bruxelles. Tél. : (32-2) 5386996 – Courriel : info@politique.eu.org – Internet : http://www.revuepolitique.org ). Septembre 2017, n° 101, 132 p., 12 €. Abonnement : 45 € (40 € pour PDF, 50 € pour les deux versions).
Ce numéro de la revue progressiste de Belgique francophone joliment relookée comporte un très riche dossier visant à défendre le principe d’une « gauche médicale », ce qui amène différents intervenants à s’intéresser à des sujets tels que la médecine de groupe, la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse, la médecine humanitaire, le traitement des usagers de drogues ou l’alternative à la psychiatrie asilaire. Trois médecins y invitent aussi à « défendre la sécurité sociale en Europe » en faisant notamment valoir que la santé risque bel et bien d’être la principale victime des traités transatlantiques TTIP et Ceta en ce que, assurent-ils, « l’Europe politique a fait le choix de commercialiser la santé et d’en finir avec une tradition hippocratique vieille de 2500 ans ». Autre sujet ‘européen’ abordé dans ces pages, l’expérience politique inédite actuellement vécue au Portugal sous la forme d’un gouvernement de gauche est décrite et analysée par le Pr. José-Manuel Nobre-Correia qui relève, entre autres, que « l’inénarrable Schäuble » a été contraint d’admettre que la politique mise en œuvre par le ministre portugais des Finances, aux antipodes des prescriptions européennes habituelles, se révélait en définitive économiquement et socialement performante, ce qui faisait de Mário Centeno, « somme toute, le Cristiano Ronaldo de la finance ». A noter encore, par ailleurs, un éclairant dialogue entre les historiens Shlomo Sand – auteur, entre autres, du fameux Comment le peuple juif fut inventé – et Pieter Lagrou à propos du rôle joué par les historiens dans l’Histoire, eux qui, selon le professeur émérite de l’Université de Tel-Aviv, « ont toujours été du côté du pouvoir, nourris par le pouvoir et en rapport direct avec les élites politiques ». (MT)
*** DIMITRIS SOTIROPOULOS : La société civile grecque et la crise économique. Editions Potamos (48 rue Xenokratous, GR-10676 Athènes. Tél. : (30-210) 7231271 – fax : 7254629 – Courriel : info@potamos.com.gr – Internet : http://www.potamos.com.gr ). 2017, 152 p., 11 €. ISBN 978-960-545-073-1.
Professeur de science politique à l’Université d'Athènes et éditorialiste au journal grec « To Vima », Dimitris Sotiropoulos part dans ce livre d’un constat : après 2010, la société civile a progressé d’une manière contradictoire. D’un côté, ces citoyens qui s’étaient le plus éloignés de la participation politique traditionnelle avec les partis en place ont décidé de réinvestir l’Etat et d’y faire entendre leur voix. C’est évidemment tout profit pour la démocratie puisque celle-ci ne peut plus se passer de participation citoyenne. Toutefois, en même temps, la société civile a malheureusement aussi couvé en son sein certains groupes et mouvements qui, non contents de chercher la confrontation avec les institutions de la démocratie, veulent aussi carrément les abolir et les renverser. En Grèce, la crise a donc agi comme un catalyseur pour rendre la société civile autonome et à nouveau visible, mais elle a ainsi fait le lit d’aspirations démocratiques et non démocratiques. (AKa)
*** EVANGELOS VENIZELOS : Mythes et vérités de la dette publique 2012-2017. Editions Epikentro (9 rue Kamvounion, GR-54621 Thessalonique. Tél. : (30-231) 0256146 – fax : 0256148 – Internet : http://www.epikentro.gr ). 2017, 232 p., 13 €. ISBN 978-960-458-742-1.
Professeur de droit constitutionnel, Evangelos Venizelos était ministre des Finances et vice-président du gouvernement de coalition nationale lors des années difficiles du premier mémorandum. C’est donc peu de dire que cet économiste qui a aussi été président du Pasok a vécu de très près la crise économique grecque. Dans son dernier livre, il explique que la dette publique est en fait le plus grand problème auquel est confronté la Grèce, mais que ce problème est plus politique qu’économique, étant la conséquence d’un problème de mentalité. Après le déclenchement de la crise en 2010, une grande partie de la société a eu le sentiment que le problème grec pourrait être abordé d’une manière simple et indolore en supprimant une partie importante de la dette publique, ce de manière unilatérale ou grâce à un consensus politique international qui serait obtenu lors d’une conférence internationale convoquée à cet effet. Le deuxième programme a prévu quant à lui, en octobre 2011, une intervention active dans la dette publique grecque, avec le soutien et le financement des partenaires de la zone euro ; cette intervention était organisée sur une base volontaire afin d'éviter les litiges pouvant être suscités par le populisme national financier grec. Cette opération a permis la plus grande réduction de dette à avoir été enregistrée dans l'histoire économique mondiale. Alors que le fardeau de la dette du passé a le potentiel de dessiner un avenir clé pour le pays, l’auteur dénonce le fait que le gouvernement actuel, toujours prisonnier d’un nationalisme financier, voit dans cette opération avec culpabilité et comme conduisant à une impasse, ce en dépit du tournant qu’il a pris en juillet 2015. Ce qui en définitive, regrette l’auteur, permet aux partenaires de la Grèce de tirer le meilleur profit de ses déboires... (AKa)
*** TAKIS PAPPAS : Sur une corde tendue. Des acrobaties politiques en Grèce de la fin du 19ème siècle à aujourd'hui. Editions Ikaros (4 rue Voulis, GR-10562 Athènes. Tél. : (30-210) 3225152 – fax : 3235262 – Courriel : info@ikarosbooks.gr). Collection « Essai, économie et politique ». 2017, 260 p., 14,90 €. ISBN 978-960-572-152-7.
Dans cet ouvrage, un professeur de politique comparée à l'Université de Macédoine de Thessalonique explique la nature et les causes de la crise qui frappe les pays avant de proposer une nouvelle perspective théorique qui semble tout à fait approprié pour la Grèce moderne. Sur la base des événements historiques pris dans l'ordre chronologique, il analyse les trois grandes séquences de crises endurées ces dernières décennies par la Grèce, de l'époque de Charilaos Trikoupis (Premier ministre grec de la fin du 19ème siècle) jusqu’à la chute de la dernière dictature militaire et au démarrage simultané du nouveau régime en 1974, la dernière en date étant évidemment celle amorcée en 2008. En revisitant le passé historique, l’auteur cherche à comprendre quelles sont les causes et les conséquences des drames qui se répètent. Ainsi, à partir de Trikoupis, c’est à cerner les fondements de la crise actuelle qu’il s’emploie en réalité. Puisque chacune des trois crises précédentes a duré 15 ans en moyenne, Takis Pappas s’intéresse d'abord à leurs causes avant de discerner quelles ont été les réactions de la société puis les moyens mis en œuvre par le pays pour sortir de la crise et revenir – momentanément – à la normale. Dans son dernier chapitre, il utilise les enseignements accumulés pour imaginer l'avenir. Il observe ainsi que la direction politique a systématiquement joué un rôle central, même si à des formes et à des degrés divers, pour trouver des solutions. D’où cette question : y a-t-il actuellement une forme de leadership qui permette d’être optimiste et de penser que la sortie de la crise est non seulement possible mais pour bientôt ? Il faut noter que la publication est complétée par une vaste infographie qui distingue les différentes séquences de crise, les périodes de normalité relative, les événements politiques ou autres ayant alimenté des rechutes. (AKa)
*** PANAGIOTIS NASTOS : La tragédie chypriote. Le rôle obscur de « grandes puissances ». Editions Menandros (44 rue Ippokratous, GR-10680 Athènes. Tél. : (30-210) 3616533 – fax : 3645667). 2017, 470 p., 24 €. ISBN :978-618-5033-63-7.
L'étude et l'analyse du « problème chypriote » conduit inexorablement au constat que les Grecs ont été les perdants dans cette affaire, ce mauvais résultat ayant découlé, au fil du temps, d’une série d'erreurs, d'omissions, de vues différentes des gouvernements en Grèce et à Chypre, de l'attitude opportuniste et perfide des Turcs, mais aussi des intérêts des grandes puissances. La discorde qui prévalait entre Grecs et Chypriotes grecs a permis aux Turcs d’obtenir de celles-ci de pouvoir prendre pied sur l’île et d’en occuper une partie substantielle, ce jusqu’à ce jour. Pour leur part, les Turcs ont commis des erreurs militaires tragiques et inimaginables à Chypre telles que le choix du lieu du débarquement par des officiers subalternes, sans implication de l’état-major. Le tout amène l’auteur de ce livre, professeur de géologie à l’Université d’Athènes, à observer qu’à Chypre, ce ne sont pas les Turcs qui ont gagné, mais bien les Grecs qui ont perdu la guerre eux-mêmes. Et si, depuis, les Turcs ont très habilement présenté leur armée et ses dirigeants comme les meilleurs au monde (du moins jusqu’au putsch raté de juillet de l’année dernière...), il ne s’agit, selon lui, que d’un mythe savamment emballé, rien de plus. (AKa)