Réunis le 2 août à Berlin en compagnie des décideurs politiques dans le cadre d’un ‘sommet du diesel’, les constructeurs automobiles allemands se sont engagés à mettre à jour le logiciel monté sur 5,3 millions de voitures afin de réduire leurs émissions polluantes de 25 à 30%.
Les 5,3 millions de véhicules devront être rappelés avant la fin de l’année 2018 et devront donc subir des changements de logiciel aux frais des constructeurs automobiles. Cette ‘mise à jour’ permettra, en vertu de l’accord conclu entre les différentes parties présentes au ‘sommet du diesel’ de réduire les émissions polluantes des véhicules en question de 25 à 30%. C’est l’engagement principal qui a été pris par les fabricants allemands de voitures automobiles lors de cette réunion, très attendue par l’industrie et la société civile. Si ce nombre de 5,3 millions de voitures peut sembler important, il est néanmoins rétroactif et concerne notamment les 2,5 millions de véhicules qui ont déjà été rappelés par l’entreprise Volkswagen à la suite du scandale dit du Dieselgate (EUROPE 11394). Celui-ci avait révélé les pratiques du géant de l’automobile pour contourner les tests d’émission en situation réelle de conduite et homologuer ainsi des voitures dépassant les normes d'émission.
Deux engagements plus modestes ont été négociés et acceptés de la part des entreprises automobiles. Celles-ci devront effectivement instaurer un système de prime aux propriétaires de véhicules diesel antérieurs à la norme Euro 4 et souhaitant changer de voiture afin de se diriger vers un modèle plus propre. Les constructeurs seront également impliqués dans la mise en place d’un fonds de 500 millions d’euros afin d’aider les communes à acquérir des véhicules non polluants.
Ce sommet s’est tenu dans un contexte délicat pour les constructeurs, alors que l’hebdomadaire Der Spiegel avait révélé le 21 juillet que les entreprises allemandes s’étaient accordées pendant des années sur les émissions polluantes des voitures diesel (EUROPE 11835). L’Office européen de lutte antifraude (OLAF) a en outre estimé, à la fin du mois de juillet dernier, que Volkswagen avait frauduleusement utilisé un prêt de la Banque européenne d’investissement (BEI) pour financer le moteur EA 189, à l’origine du Dieselgate (EUROPE 11841).
Les ONG de défense de l’environnement critiques. Les réactions à la suite de cet accord ont été mitigées. La Commission européenne a salué les efforts réalisés par le gouvernement allemand et l’industrie afin de « restaurer la confiance des consommateurs et améliorer la santé publique à la suite du scandale des émissions de voiture », comme l’a affirmé Vanessa Mock, porte-parole de l’institution, en conférence de presse jeudi 3 août. Elle a également déclaré que la Commission allait analyser les mesures afin de savoir si elles sont « suffisantes », notamment en ce qui concerne les émissions de NOx (oxydes d’azote).
Ensuite, si le ministre allemand des Transports, Alexander Dobrindt, a évoqué une « base sensible », alors que la ministre de l’Environnement Barbara Hendricks parlait, quant à elle, d’une « première étape », les organisations non gouvernementales (ONG) impliquées dans la protection de l’environnement et les transports se montrent plus critiques. L’association Transport & Environment (T&E) regrette, dans un communiqué daté du 2 août, que la mise à jour du logiciel visant à réduire les émissions polluantes ne soit pas « une solution à long terme » contre la pollution de l’air. « Cela ne fera pas non plus du diesel une énergie propre », ajoute l’organisation. T&E s’interroge également sur la transparence de cette mise à jour de logiciel et du possible rappel des petits utilitaires, qui devrait avoir lieu, selon elle.
Hubert Weiger, président de l’association Les amis de la terre – Allemagne s’est montré encore plus virulent, n’hésitant pas à affirmer qu’« encore une fois, les intérêts des constructeurs automobiles ont prévalu sur les intérêts des consommateurs et des écologistes ». (Lucas Tripoteau)