Le président du Conseil européen, Donald Tusk, ancien Premier ministre polonais, a publié une déclaration, jeudi 20 juillet, dans laquelle il demande une réunion d’urgence avec le président du pays, Andrzej Duda, pour évoquer la situation politique polonaise et éviter un « scénario noir » qui conduirait à la marginalisation de la Pologne dans l’UE.
« Je me suis tourné hier vers le président Andrzej Duda avec la proposition d'une rencontre urgente dans l'objectif de parler de la crise politique dans notre pays et ses conséquences pour la position internationale de la Pologne. Notre objectif commun devrait être d'éviter le scénario noir, dont le point final pourrait être la marginalisation de la Pologne en Europe », écrit Donald Tusk.
« On juge de manière différente ce que propose aujourd'hui le parti au pouvoir. Je suis persuadé que ses derniers agissements sont en contradiction avec les valeurs et standards européens et sont une menace pour notre réputation ».
« L'UE ce n'est pas seulement de l'argent et des procédures. C'est, en premier lieu, des valeurs et des standards élevés de vie publique. C'est pour cette raison qu'en Europe et dans tout l'Occident s'élève une vague de critiques adressées à ceux qui gouvernent. Cela fait longtemps qu'il n'y a eu autant de bruit au sujet de la Pologne et très longtemps de manière si mauvaise », ajoute-t-il.
« Nous pouvons arrêter cette tendance dangereuse, mais cela nécessite du dialogue, d'être prêts à discuter et des décisions rapides et positives du point de vue des citoyens polonais ». La subordination des tribunaux au "parti au pouvoir, comme l'a proposé PiS, va ruiner une opinion déjà écorchée au sujet de la démocratie polonaise. On doit donc trouver une solution qui soit acceptable pour les Polonais, par la majorité parlementaire et l'opposition, par le Président et l'UE », préconise Donald Tusk, qui estime qu'il reste très peu de temps pour trouver cette solution.
Le parti PiS qualifie d'« acte de nature politique » les menaces de la Commission
Le président du parti au pouvoir à Varsovie, le PiS, Jaroslaw Kaczynski, a estimé que la menace de la Commission européenne d’activer l’article 7 du Traité, si le gouvernement ne renonçait pas à ses dernières mesures judiciaires, était un « acte de nature politique » (EUROPE 11833).
Le Parlement polonais a d'ailleurs adopté, jeudi, une nouvelle loi controversée sur la Cour suprême, semblant ne pas avoir tenu compte des avertissements de la Commission. Cette loi, adoptée à une faible majorité (235 voix pour, 192 contre et 23 abstentions), selon l’AFP, octroie une forte influence à l’exécutif sur la Cour suprême.
« Les sujets dont nous discutons en ce moment relèvent exclusivement de la compétence de notre pays. Donc, ce que nous avons ici est un abus » de pouvoir, a-t-il déclaré le 19 juillet à la télévision polonaise.
Selon le chef de la délégation du PiS au Parlement européen, Ryszard Legutko, cité par Le Monde, « la Commission devient partisane dans un conflit interne à la Pologne. (…) Les commissaires ne peuvent pas être au service de l’opposition ».
Selon lui, l'institution « n’est pas au courant de l’état des choses en Pologne (…), ne connaît pas ces projets de loi, n’en a aucune analyse juridique, et s’appuie sur des communiqués de presse et le lobbying de l’opposition ». Pour M. Legutko, la Commission est « partiale, malhonnête et hâtive dans l’émission de ses jugements ».
L’ONG Amnesty International, de son côté, a jugé, mercredi soir, que cette menace d’activer l’article 7 du Traité était une étape « positive », alors que les actions du PiS contre l’équilibre des pouvoirs atteignent une phase « critique ». (Solenn Paulic)