Les entreprises chimiques Dow et DuPont, toutes deux basées aux États-Unis, ont obtenu, lundi 27 mars, un feu vert conditionnel de la Commission européenne pour leur rapprochement.
L’enquête de la Commission avait soulevé trois types de craintes. La première était que l’opération ne réduise sensiblement la concurrence sur un certain nombre de marchés de pesticides existants.
L'entité issue de la concentration aurait détenu un nombre très élevé de parts de marché cumulées pour plusieurs pesticides et aurait fait face à peu de concurrents. La Commission a constaté que la concentration aurait sensiblement entravé une concurrence effective et aurait entraîné un appauvrissement du choix et une augmentation des prix pour certains types d'herbicides sélectifs destinés aux céréales, au colza, au tournesol, au riz et aux pâturages dans plusieurs États membres.
L’opération aurait également sensiblement réduit la concurrence pour les produits combattant les insectes broyeurs et les insectes suceurs dans les fruits et légumes et dans certaines autres cultures dans plusieurs États membres, en particulier dans le sud de l'Europe. Enfin, pour les fongicides, secteur dans lequel les parties se chevauchent dans une moindre mesure, l'opération aurait réduit la concurrence sur le marché des fongicides contre la pyriculiarose du riz dans certains États membres.
La Commission craignait aussi que l’opération ait une incidence significative sur la concurrence en matière d’innovation, en dissuadant les parties de poursuivre les efforts d’innovation actuellement menés en parallèle ou en les dissuadant de développer et de commercialiser de nouveaux pesticides. L’enquête de l'institution européenne a également révélé que l’entité issue de la concentration aurait réduit ses dépenses consacrées au développement de produits innovants.
Enfin, la Commission a noté que les activités de Dow et DuPont se chevauchaient dans le secteur des produits de la pétrochimie.
« Nous ne pouvions pas approuver cette fusion dans sa forme d’origine. Donc, nous avons uniquement été capables d’y donner notre feu vert car les entreprises ont offert de vendre une partie significative de leurs activités », a expliqué en conférence de presse la commissaire à la Concurrence, Margrethe Vestager.
Les parties cèderont une partie importante de l’activité de DuPont dans le secteur des pesticides existants, dont sa structure R&D.
Plus de 200 organisations environnementales, issues de l’agriculture et même religieuses, ont écrit une lettre ouverte à la Commission, cette semaine, pour s’opposer aux fusions en cours dans le domaine chimique.
Le 12 avril prochain, la Commission doit en principe rendre sa décision sur la fusion ChemChina/Syngenta. La fusion envisagée entre Bayer et Monsanto n’a pas encore été notifiée à la Commission européenne (EUROPE 11625).
Dans un communiqué publié lundi, l'organisation Friends of the Earth estime que ces fusions conduiraient à un monopole inacceptable de trois entreprises contrôlant environ 70% du secteur agro-chimique mondial et plus de 60% des semences commerciales. (Élodie Lamer)