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Bulletin Quotidien Europe N° 11375
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ÉCONOMIE - FINANCES / (ae) grÈce

Le miracle d'une réduction drastique de la dette grecque n'aura pas lieu

Bruxelles, 26/08/2015 (Agence Europe) - C'était dans l'air depuis avril 2014, cela s'est précisé avec le temps: les Européens vont se détourner des objectifs en termes de ratio dette/PIB lorsqu'ils analyseront la viabilité de la dette grecque, et regarder plutôt les besoins en financement. Reste à savoir ce que fera le FMI de son argument selon lequel une dette massive effraye les investisseurs.

Le 12 novembre 2012, la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, et le Président de l'Eurogroupe d'alors, Jean-Claude Juncker, se contredisent publiquement en conférence de presse sur les objectifs qu'il faudra fixer à la Grèce en matière de dette (EUROPE 10729). Alors que le second plan d'aide à la Grèce prévoyait que la dette grecque soit réduite à 120% du PIB en 2020, M. Juncker explique, ce jour là, qu'un tel objectif sera repoussé à 2022. Mme Lagarde reprend alors la parole pour souligner que le FMI s'en tient à l'objectif initial. Il en fallait plus pour impressionner M. Juncker, celui-ci répétant que les objectifs en matière de réduction de la dette publique grecque seraient revus.

Entre octobre et novembre 2012, plusieurs réunions de l'Eurogroupe s'avèrent nécessaires pour sortir du débat autour du geste que devrait alors faire l'eurozone pour donner un coup de pouce aux autorités grecques en matière de réduction de la dette. Le 27 novembre sera fixé pour objectif un ratio dette/PIB de 124% en 2020 et substantiellement sous 110% en 2022.

Trois ans plus tard, la question de la viabilité de la dette grecque reste plus que jamais posée à l'amorce d'un 3ème plan de sauvetage doté d'une aide financière de 86 milliards d'euros.

A l'automne, Athènes et ses créanciers institutionnels rouvriront le dossier lorsque la 1ère mission de suivi trimestrielle du 3ème plan d'aide sera conclue. Cette mission devrait se dérouler en deux temps: l'emphase sera mise sur le secteur financier en octobre et sur les réformes structurelles, dans un second temps.

Dans ces débats, la zone euro devrait en principe faire table rase des objectifs fixés dans le passé. De longue date, cela a été l'avis de l'agence de gestion de la dette grecque elle-même.

L'explication est simple: la dette grecque présenterait des caractéristiques uniques au sein de l'eurozone: maturité moyenne des prêts, coûts réduits du service de la dette, forte concentration de la dette aux mains du secteur public… Les données dites 'métriques' telles que le ratio dette/PIB ne rendraient pas justice à de telles caractéristiques.

Depuis plusieurs mois, Klaus Regling, le directeur général des fonds de sauvetages de la zone euro (FESF et MES) tient précisément ce discours. La dette grecque est « viable grâce aux taux d'intérêts et aux maturités favorables du FESF et il est très facile pour la Grèce d'honorer le service de sa dette », a-t-il indiqué en juin, convaincu que la seule prise en compte du ratio dette/PIB ne suffisait pas à avoir une image complète de la réalité. « Il faut regarder les flux annuels et ils sont plutôt faibles », a-t-il expliqué, ajoutant que cette situation dépendait également de la poursuite du processus de réformes (EUROPE 11338).

La dernière analyse de la trajectoire de la dette grecque (DSA pour 'debt sustainability analysis') qu'ont publiée les institutions européennes la semaine dernière, avance trois scénarios. Le scénario de base repose sur une récession de 2,3% du PIB en 2015 et de 1,3% en 2016 puis sur un retour de la croissance (2,7% du PIB en 2017 et 3,1% en 2018). Les objectifs fixés en matière d'excédent budgétaire primaire (hors service de la dette) s'élèvent à 0,25% en 2015, 0,5% en 2016, 1,75% en 2017 et 3.5% dès 2018, tandis que les revenus des privatisations devraient s'élever à 13,9 milliards d'euros d'ici à 2022 sans prendre en compte la privatisation des banques. Misant sur une application complète du programme d'ajustement, ce scénario de base avance un ratio dette/PIB de 201% en 2016, 175% en 2020, 160% en 2022 et de 122% en 2030.

Un second scénario se base sur une mise en œuvre partielle du programme, des revenus moindres en matière de privatisations (3,7 milliards jusque 2022), une croissance plus faible d'un demi point de PIB par an, ainsi que des objectifs budgétaires moindres (un déficit budgétaire primaire de 1% en 2015, 0% en 2016 et des excédents budgétaires de 1,5% en 2017, 2% en 2018 et 3,5% en 2019 et au-delà). Selon ces paramètres, le ratio dette/PIB évoluerait de la manière suivante: 207% en 2016, 186% en 2020, 174% en 2022 et 143% en 2030.

Le dernier scénario de la DSA est plus rose. Il prévoit une croissance plus forte d'un ½ point de PIB (par rapport au scénario de base), des revenus de privatisations à hauteur de 24,6 milliards d'euros jusque 2022 (dont 10 milliards en privatisant les banques). Dans ce cas, le ratio dette/PIB atteindrait 199% en 2016, 166% en 2020, 148% en 2022 et 107% en 2030.

À titre de comparaison, la DSA préparée pour l'Eurogroupe du 12 juillet, dans ses prévisions les plus optimistes, plaçait ce ratio à 165% du PIB en 2020, 150% en 2022 et 111% en 2030. Dans le scénario le moins optimiste, la dette grecque atteindrait 187% du PIB en 2020, 176% en 2022 et 142% en 2030.

Si dans chaque scénario, le ratio dette/PIB est substantiellement plus élevé que les objectifs fixés en 2012, l'analyse DSA propose de s'en éloigner et de s'intéresser plutôt aux besoins bruts en financement.

Le FMI a fait d'une réduction de la dette grecque un préalable à sa participation à un 3ème plan d'aide. Selon lui, pour qu'une dette reste viable, les besoins bruts en financement d'un pays doivent rester sous 15% du PIB. La dernière analyse de la trajectoire de la dette précise que, jusqu'en 2023, la Grèce bénéficiera d'un service de la dette très faible. Pendant la période 2020-2030, les besoins bruts en financement resteront en moyenne autour de 12%, mais dépasseront le seuil de 15% les décennies suivantes.

La DSA préconise donc, du côté grec, une forte appropriation du programme. Elle recommande à l'eurozone d'envisager un transfert des profits SMP et ANFA (dégagés sur la détention de titres grecs par la BCE), ce qui réduirait le ratio dette/PIB de 5 points de pourcentage en 2030. Devraient aussi être étendus nouveau les maturités et les taux d'intérêts sur les titres grecs que détiennent les créanciers interinstitutionnels d'Athènes afin de contenir les besoins bruts en financement. (Elodie Lamer)

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