Bruxelles, 21/08/2014 (Agence Europe) - Le président français, François Hollande, a fait le point sur les positions et l'action de la France dans le cadre des conflits sanglants aux Proche Orient, au Moyen Orient et en Ukraine. Avec cette conjonction de crises, la situation internationale est « la plus grave que nous connaissons depuis 2001 », a-t-il estimé, dans une interview au quotidien Le Monde, publiée jeudi 21août.
Selon lui, avec l'État islamique (IS), la communauté internationale ne fait pas face à une organisation internationale comme peut l'être Al Qaida mais à un « quasi état terroriste ». Il n'est, dès lors, pas possible de débattre de l'opportunité d'une intervention. Il faut envisager une « stratégie globale » contre l'IS qui s'est « structuré, qui dispose de financements importants et d'armes très sophistiquées et qui menace des pays comme l'Irak, la Syrie ou le Liban », a expliqué le président français. « Je proposerai donc prochainement à nos partenaires une conférence sur la sécurité en Irak et la lutte contre l'État islamique », a-t-il ainsi annoncé.
Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, avait précisé, la veille devant le Parlement national, qu'il était trop tôt pour donner une date pour cette conférence car « elle sera compliquée à mettre en place ». « Nous souhaitons réunir les membres du Conseil de sécurité des Nations Unies et tous les pays dans la zone concernée » par le conflit, avait-il détaillé.
Revenant sur le conflit au Proche Orient, M. Hollande a souhaité une démilitarisation de Gaza, et en même temps une levée du blocus. « La France peut être utile avec l'Europe sur la levée du blocus de Rafah. La France participera à la conférence pour la reconstruction de Gaza, elle fera valoir cette évidence: Gaza ne doit pas être ni une prison à ciel ouvert, ni une base armée », a-t-il expliqué. « Sinon, les mêmes causes produisent les mêmes effets ». Le président français a aussi souligné que tout devait être fait pour que les négociations reprennent entre Israël et l'Autorité palestinienne « pour trouver une issue ». « En cas d'échec, la communauté internationale aura à prendre ses responsabilités », a-t-il ajouté.
Le président a aussi regretté l'inaction de la communauté internationale en Syrie. « La communauté internationale porte une responsabilité très grave en Syrie. Si, il y a deux ans, il y avait eu une action pour installer une transition, nous n'aurions pas eu l'État islamique. Si, il y a un an, il y avait eu une réaction des grandes puissances à l'utilisation (par le régime syrien, NDLR) des armes chimiques, nous n'aurions pas été face à ce choix terrible entre un dictateur et un groupe terroriste, quand les rebelles méritent tout notre soutien », a-t-il expliqué. Les États-Unis avaient défini l'utilisation des armes chimiques comme la ligne rouge pour une intervention, mais ne l'ont pas mise en application. Et pour la 1ère fois, le président a officiellement confirmé que la France avait livré des armes aux rebelles modérés syriens, du « matériel conforme aux engagements européens ».
Sur la crise en Ukraine, M. Hollande a précisé qu'il fallait « de la fermeté, du dialogue » avec la Russie. « L'Europe ne peut pas accepter la remise en cause de l'intégrité territoire d'un pays », a-t-il expliqué, ajoutant que les sanctions prises à l'encontre de la Russie étaient « nécessaires », et que d'autres le seraient s'il n'y avait pas d'évolution. M. Hollande a précisé avoir prévenu son homologue russe, Vladimir Poutine, le 12 août: s'il n'y a pas de sortie rapide de crise, « ce serait très couteux pour les Russes, sur le plan économique comme politique ». Revenant sur la vente des Mistrals à la Russie, M. Hollande a, une nouvelle fois, rappelé que le niveau de sanctions actuelles contre Moscou ne l'interdisait pas. « Ce sont les Européens qui en ont décidé ainsi, pas la France. S'il advenait une tension supplémentaire et une impossibilité à trouver une issue, nous aurions à délibérer. Mais pour l'instant tel n'est pas le cas », a-t-il considéré.
Les sanctions à l'égard de la Russie sont prises à l'unanimité au niveau européen. (CG)