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Bulletin Quotidien Europe N° 10622
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Quatre semaines pour définir le nouveau visage de l'Europe: ce qui est acquis et ce qui ne l'est pas dans la perspective du sommet de juin

Essayons de mettre un peu d'ordre. Les dernières évolutions européennes ont provoqué une certaine confusion entre ce qui est à considérer comme acquis (ou presque), ce qui reste controversé et ce qu'une large partie des États membres appuie, alors que d'autres le rejettent. S'y ajoutent les orientations que tous en principe partagent, mais chacun selon ses modalités, fondées sur les préférences politiques respectives.

L'acquis est mince. Le nombre des points déjà pratiquement acquis est assez bref. Il comporte:

Les project bonds permettant de financer quelques projets d'infrastructures d'intérêt européen définis à l'avance. Ce seront des émissions européennes, limitées à 230 millions d'euros, à ne pas considérer comme un premier pas vers les eurobonds que l'Allemagne refuse. La Commission estime que cette première émission européenne permettra de lancer des projets pour une valeur de 4,6 milliards d'euros ;

l'augmentation considérable du capital de la BEI (Banque européenne d'investissement) ; quelques réticences qui subsistent ont un caractère purement tactique dans la négociation globale ;

l'utilisation de la partie non dépensée de la dotation annuelle des fonds communautaires. Souvent, les États membres bénéficiaires des ces fonds ne sont pas en mesure de présenter des projets susceptibles d'être retenus et la dotation globale inscrite au budget annuel n'est pas utilisée. Au lieu d'être rendus aux États membres, les crédits non affectés restent disponibles pour financer d'autres projets.

Tous les autres dossiers - la liste est longue - sont encore en discussion. D'ici la fin du mois, le Traité sur la discipline budgétaire devrait entrer en vigueur ; le document sur la croissance devra être prêt avec ses dispositions d'application ; la situation de la Grèce aura été forcément clarifiée.

L'essentiel reste à négocier. Les décisions fondamentales et en partie révolutionnaires sont donc encore à prendre, et elles sont en large partie subordonnées aux résultats d'événements politiques imminents, tels que les nouvelles élections grecques et françaises. La France doit élire son parlement et le résultat déterminera le degré d'autonomie dont le nouveau président de la République et son gouvernement disposeront pour concrétiser ce qu'ils ont annoncé ; actuellement, M. Hollande peut difficilement négocier des compromis à Bruxelles. Quant à la Grèce, le bis des élections va déterminer largement l'avenir du pays.

Personne n'ignore que l'hypothèse de la sortie grecque de la zone euro est amplement prise en considération et mise à l'étude ; comment y faire face ? Les analyses en cours peuvent avoir une double lecture: soit elles anticipent une évolution considérée comme probable, soit elles visent à indiquer au peuple grec la portée de son vote imminent. Ce peuple étant évidemment libre de son choix, on lui rappelle qu'il pourrait perdre sa place dans l'euro, car les soutiens dépendent du respect des engagements souscrits.

Faut-il encore répéter que sortir de l'euro ne signifie pas sortir de l'UE ? Les avertissements des pays de la zone euro et des institutions communautaires à la Grèce ne devraient pas être considérés comme une pression arrogante sur un pays ou sur un peuple. C'est plutôt une constatation: la zone euro s'écroule si les pays qui en font partie n'en respectent pas les règles. Les instruments de soutien aux pays en difficulté existent et ils sont largement utilisés ; mais si un pays rejette les disciplines indispensables, il doit sortir de la zone, sinon tout l'édifice s'écroule. Ce n'est pas de l'incompréhension face à une situation difficile, ni une insuffisance de soutien ; dans le cas grec, les chiffres sur le coût des efforts consentis et de leur prolongement ont impressionné ceux qui les ont découverts. Et les exercices de style sur l'apport grec à la civilisation européenne n'ont pas de sens, car l'idée que la Grèce quitte l'Europe n'existe pas ; elle sortirait de la zone euro en restant dans l'UE et dans ses institutions, en conservant les droits qui en résultent et en bénéficiant même de soutiens élargis.

Ignorance ou manque de réflexion, accompagnées parfois d'une dose de mauvaise foi, caractérisent certaines prises de position. Accepter qu'un pays de l'euro en rejette les disciplines est ruineux pour tous les autres et affaiblit la crédibilité de la monnaie commune ; les dérapages de la Grèce se répercutent automatiquement sur toute la zone, au détriment des populations, au bénéfice de la spéculation financière, au risque de faire capoter le projet le plus ambitieux de l'unité de l'Europe. Les phrases vides et la rhétorique sont gratuites et inutiles.

Compromis indispensables. Les États membres et les forces politiques admettent que des compromis sont indispensables. En quatre semaines, la nouvelle structure de l'Europe doit être dessinée.

(FR)

 

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