login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 10443
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Ne pas exclure la possibilité de redressement en Italie et ailleurs

La question incontournable. La question, on ne peut pas l'éviter: la participation à l'euro, avec les obligations qu'elle implique, est-elle souhaitable pour tous les États membres de l'Union européenne ? Leurs populations ont-elles toute la mentalité appropriée pour respecter les disciplines que cette participation implique ? Ces disciplines ne constituent pas un critère pour évaluer les qualités d'un peuple: intelligence, générosité, sens artistique, honnêteté dans les relations humaines et ainsi de suite, ne dépendent quand même pas des règles de l'euro. Avant la création de la monnaie unique, l'UE avait connu l'époque des dévaluations et réévaluations périodiques des monnaies nationales, qui perturbaient le fonctionnement du marché commun. Ce qui est arrivé ensuite en Grèce à l'époque de l'euro indique que le respect des règles n'est pas spontané et automatique partout. D'autres cas moins radicaux ont suivi, et à présent celui de l'Italie risque, en raison des dimensions économiques de ce pays, de secouer le fonctionnement de toute la zone. Certes, le gouvernement italien s'est engagé à rétablir en deux ans l'équilibre des comptes publics ; mais cette opération rencontre bien des obstacles et rien n'est encore acquis (voir cette rubrique d'hier).

Chacun rejette les efforts qui le concernent. Qu'est-il arrivé en Italie à partir du moment où les autorités ont commencé à préciser les réductions envisagées des dépenses publiques ? Que chaque catégorie visée accepte le principe des efforts, en affirmant en pratique que « les coupes justifiées et opportunes sont pour les autres » et en rejetant celles la concernant. Que ce soit à propos des pensions, de l'augmentation de la TVA, du prélèvement sur les salaires les plus élevés, le rejet de la catégorie concernée a été uniforme et toujours avec une capacité dialectique remarquable. Quant à la réduction du coût de la politique, réclamée avec vigueur et même indignation par l'opinion publique, le projet, au-delà de la suppression de quelques abus criants, est radical: réduire de moitié le nombre des députés et des sénateurs. Mais avec un inconvénient: une telle décision revient aux deux chambres elles-mêmes et elle implique la révision de la Constitution, procédure qui demandera plusieurs années (en admettant qu'elle aboutisse). Rien à voir avec les mesures à effets immédiats qui sont attendues à Bruxelles.

Lacune dangereuse. Et où sont les mesures de relance économique qui doivent accompagner la réduction des dépenses publiques ? Il n'a pas été nécessaire d'attendre à ce propos les remarques de Bruxelles, car la Banque d'Italie est elle-même intervenue pour souligner que le gouvernement néglige totalement ce volet. Le chapitre relance est inexistant ou « perçu comme tel par les marchés ». Le projet est actuellement fondé sur l'augmentation de la pression fiscale, jusqu'à un maximum historique ; mais sans relance économique parallèle, les recettes fiscales vont diminuer !

Exercice d'optimisme. Comment s'étonner, dans ces conditions, des perplexités et des soucis si vifs à Bruxelles ? Essayons quand même d'être optimistes. Un sursaut est encore possible. N'oublions pas le demi-miracle dont l'Italie avait été capable pour faire partie de la zone euro au départ: Romano Prodi, Premier ministre à l'époque, avait obtenu le redressement budgétaire indispensable. Si l'opinion publique et le monde politique comprennent l'importance de l'enjeu, s'ils deviennent conscients du risque que le pays perde sa place dans la construction européenne, tout pourrait encore être possible.

Coopération gréco-allemande. En Allemagne, face aux difficultés aussi bien de la Grèce que d'autres, la situation est parfois présentée de manière diplomatique, en remarquant que des pays profondément différents, autant dans leurs structures productives que dans la mentalité des habitants, doivent vivre « sous un toit monétaire unique ». Opinion publique et classe politique se demandent si c'est possible.

On sait à quel point la situation de la Grèce en tant que membre de la zone euro semble échapper à tout redressement. Mais voici que l'Allemagne, ayant décidé de renoncer progressivement à l'énergie nucléaire, a décidé de développer les énergies renouvelables, et l'un des premiers projets ambitieux a comme partenaire la Grèce: 20.000 hectares de parcs solaires pour la production d'énergie propre à exporter en Allemagne ; 20 milliards d'euros d'investissements ; objectif de production de 200 mégawatts ; 60.000 nouveaux emplois en Grèce. C'est le projet Hélios. L'accord de coopération Allemagne-Grèce est conclu, le ministre allemand de l'Économie se rendra le mois prochain à Athènes pour la mise au point du projet.

Certes, la Grèce doit encore faire face à d'énormes difficultés pour tenir ses engagements relatifs à l'euro, et la situation en Italie est encore chaotique et insatisfaisante. Essayons quand même de ne pas fermer la porte à toute possibilité d'évolution positive. Des sursauts ne sont pas à exclure. (F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNÉE POLITIQUE
INFORMATIONS GÉNÉRALES