Bruxelles, 25/08/2011 (Agence Europe) - Une augmentation de 5% par an des investissements dans la recherche et le développement (R&D) devrait être réalisée par les principales entreprises de l'UE dans la période 2011-2013, indique un rapport de la Commission européenne publié le 10 août. Bien que ces chiffres soient inférieurs par rapport à la période de l'avant-crise (7% dans l'enquête de 2007), c'est un signe encourageant qui permet, selon la commissaire Máire Geoghegan-Quinn, chargée de la recherche, de l'innovation et de la science, « de faire preuve d'un optimise prudent à moyen terme, étant donné que la R&D dans les entreprises est un élément moteur de la croissance durable et de l'emploi ». D'autant plus que les entreprises questionnées en 2009 ne prévoyaient en moyenne qu'un faible 2% d'augmentation, selon le rapport.
L'innovation comme facteur important de la croissance a été confirmée par les entreprises qui ont participé à cette étude aussi à travers la répartition de leur chiffre d'affaires selon les différentes catégories de produits. Elles ont ainsi déclaré qu'au cours des trois dernières années, 27% de leur chiffre d'affaires annuel était dû à la vente de produits désignés comme innovants. Il n'est alors pas surprenant de constater que 95% des entreprises interrogées désignent l'innovation comme l'aspect le plus important de la R&D. Cette étude a été réalisée en 2010 sur un panel de 205 entreprises qui constituent pour la Commission un « échantillon substantiel » permettant de prévoir les tendances des 1000 entreprises européennes dont l'investissement en R&D est le plus conséquent (cet échantillon représente 30% des investissements en R&D parmi ces 1000 entreprises, avec une moyenne de 25 800 employés, dont 1250 dans la R&D).
Sur les 5% d'investissements globaux supplémentaires dans les trois années à venir, ces entreprises prévoient de consacrer 3% au sein de l'UE. Ainsi, bien que la grande majorité des investissements en R&D va continuer à être effectuée dans l'espace de l'UE (70%), ainsi qu'aux États-Unis et au Canada (13%), les prévisions des augmentations pour la période 2011-2013 confirment une tendance apparue dans les enquêtes précédentes de l'attrait grandissant de la Chine (25% d'augmentation sur ladite période) et du Japon (17%) comme espaces à fort potentiel d'innovation, bien que ces derniers ne représentent à ce jour que 3,2% des investissements totaux. Par ailleurs, les entreprises considèrent également l'Allemagne et l'Inde comme particulièrement attractifs dans ce domaine précis, même si les États-Unis sont toujours perçus comme l'endroit le plus susceptible de favoriser la R&D.
En conséquence, les entreprises européennes devraient consacrer environ 500 millions d'euros en plus à l'augmentation des investissements en R&D à l'extérieur de l'UE (un total de 2,7 milliards), alors qu'elles y consacrent environ 2,2 milliards dans la zone européenne. Cet équilibre nominal dans la répartition géographique des investissements répond notamment à des besoins divergents en termes stratégiques des entreprises européennes. Les augmentations spectaculaires des investissements de ces dernières années en R&D - et qui devraient continuer à l'avenir - dans les pays émergents trouvent leur source dans la volonté de se positionner sur des marchés à fort potentiel de croissance, ainsi que d'utiliser des ressources, tant humaines que matérielles, à faibles coûts.
Au contraire, le marché européen offre des incitations de nature différente, telles que la disponibilité de personnel hautement qualifié, la collaboration facilement accessible avec des instituts de recherche et diverses formes d'aides publiques (au niveau national et de l'UE). Et bien que le système de l'UE en matière de protection des droits de propriété intellectuelle (DPI) soit perçu dans l'enquête comme un frein à l'innovation (le temps et les coûts des procédures sont les aspects les plus souvent nommés), celui-ci, malgré ses défauts, est nettement plus efficace que le système chinois, par exemple. Le projet de la Commission de l'instauration d'un brevet unitaire devrait aussi répondre, au moins en partie, aux critiques du monde des entreprises privées, bien que sa mise en place soit freinée par l'Espagne et l'Italie. Les entreprises se situant dans des secteurs à forte intensité en R&D soulignent par ailleurs que la question des licences, de leur respect et de leur encadrement juridique, est tout à fait cruciale.
Les tendances que révèle cette étude de la Commission sont encourageantes, mais la commissaire Geoghegan-Quinn reste toutefois prudente en affirmant que « si nous voulons réaliser les objectifs d'EUROPE 2020, notamment que les investissements en R&D dans l'UE atteignent jusqu'à 3% du PIB, il faudra que les investissements envisagés pour 2011-2013 se concrétisent » et mettre en place le plus rapidement possible « l'Union pour l'innovation en Europe de sorte que les investissements en R&D y soient plus attrayants qu'ailleurs ». Cependant, la chute des marchés boursiers durant le mois d'août, les nouvelles mesures d'austérité annoncées par les gouvernements des États membres de l'UE et des chiffres de croissance décevants aux États-Unis et en Europe risquent de rendre la tâche de la commissaire et des entreprises plus complexe que prévu. (J.K.)