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Bulletin Quotidien Europe N° 10438
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'union économique, prélude à l'union politique ? - Évolutions en Italie

Lien entre Union économique et politique. L'état actuel de l'Union économique et monétaire (UEM) est loin d'être enthousiasmant ; on comprend la déception de Jacques Delors qui en avait été le prophète et l'initiateur. Si, toutefois, on compare l'évolution en cours au long blocage précédent du volet économique, le progrès est considérable. Combien de fois avait-on reproché à l'Allemagne et à la France de ne pas avoir respecté en son temps les règles de l'UEM en matière de déficit budgétaire ? Ces deux pays demandent aujourd'hui que ce respect devienne une obligation institutionnelle permanente pour tous, orientation qui va dans le sens de la gouvernance économique européenne, même si l'aspect institutionnel demeure incertain.

Lorenzo Bini Smaghi, membre italien du Comité exécutif de la Banque centrale européenne (BCE), avait affirmé dès le mois dernier, sans attendre les dernières évolutions, que « l'union monétaire implique un degré d'union politique bien plus élevé que ce que pensent la plupart des hommes politiques, des commentateurs, des académiciens, des citoyens (…) Le modèle institutionnel doit être adapté au fait que l'union monétaire est déjà en elle-même une union politique (…) La souveraineté politique des États existe dans la mesure où ils se sentent responsables d'un bien public qui couvre toute la zone euro et donnent à celle-ci les instruments, les méthodes de décision et les ressources pour fonctionner. » C'était de la part de M. Bini Smaghi l'anticipation du mouvement en direction du renforcement de la gouvernance économique européenne, enfin acceptée et qui permettra de vérifier sur le terrain quels pays, quels peuples sont effectivement décidés à participer pleinement à la zone euro en respectant ses règles, et quelles forces politiques le veulent. L'initiative franco-allemande visant à clarifier et renforcer le fonctionnement de cette gouvernance naissante va dans le même sens, mais elle a été parfois mal comprise et parfois très critiquée, sans tenir compte de la procédure institutionnelle dans laquelle elle se situe ; cette rubrique reviendra sur cet aspect ignoré ou oublié de l'évolution en cours.

Effets positifs de la dénonciation des gaspillages des dépenses publiques en Italie. Un aspect des événements concernant l'Italie (lettre de la BCE au gouvernement de Rome ; élaboration par ce dernier d'un programme de retour en deux ans à l'équilibre budgétaire) est souvent négligé. Je me réfère à l'avantage incalculable que l'Italie tire du fait en lui-même de s'être engagée dans cet exercice difficile d'équilibrage (pas encore achevé car les délibérations parlementaires sont en cours). Le pays dans son ensemble est ainsi engagé dans l'exercice de dénicher les gaspillages et dénoncer les anomalies des dépenses publiques. Le nombre des abus constatés est étonnant, la mauvaise gestion des ressources nationales - à tous les niveaux, y compris régional et local - dépasse toute prévision.

Ne soyons pas ingénus: on n'a pas assisté à la naissance soudaine et imprévue d'un sens civique national caché ou ignoré jusqu'à hier ; en réalité, chaque catégorie vise, en mettant en lumière les malversations d'autrui, à éviter d'être elle-même soumise à des mesures d'économies qu'elle estime, de son point de vue, injustes. Plusieurs dénonciations et les enquêtes journalistiques ont confirmé le nombre et l'ampleur des dépenses injustifiées, des fraudes fiscales et d'autres abus, et donc des réductions de dépenses de toute nature qui seraient justifiées et possibles.

Abus de la classe politique et autres. Pour une large partie de l'opinion publique, les premières dépenses à réduire sont celles de la classe politique elle-même, dont les coûts sont ahurissants. Le parlement italien est le plus coûteux de tous les parlements nationaux de l'UE ; confronté aux abus mis en lumière, il s'est engagé à supprimer un certain nombre de dépenses abusives. Mais on envisage une cure plus radicale: réduire de moitié le nombre des parlementaires, projet pris sérieusement en considération par des forces politiques. Pour commencer, il est prévu de couper radicalement les financements et autres soutiens aux partis et à leur presse.

Le deuxième domaine d'abus dénoncé concerne certaines pensions: femmes pensionnées à 30 ans, un demi-million de retraités qui ont obtenu la pension avant 50 ans. Dans certaines régions, les invalides qui en réalité ne le sont pas et les présumés aveugles qui conduisent sont nombreux. S'ajoute un aspect qui implique directement l'UE: l'incapacité pour plusieurs régions d'utiliser les financements communautaires qui leur sont destinés, en l'absence de projets appropriés ou pour l'incapacité de les réaliser.

J'ai cité des exemples spectaculaires qui frappent l'imagination ; en fait, l'analyse a été large et approfondie (pour quelques aspects, elle est controversée). Il en résulte que la «gouvernance économique européenne» peut contribuer à améliorer et moderniser la gestion de l'Italie, en l'amenant à éliminer abus et gaspillages. Si elle n'avait pas la force politique de le faire, elle risquerait sa participation à l'euro. (F.R.)