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Bulletin Quotidien Europe N° 10402
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Péripéties de l'euro: les clarifications précieuses de MM. Schmidt et Juncker

Reconnaître les progrès. L'orientation à considérer comme globalement positive la période actuelle de la construction européenne, malgré certaines déceptions et les difficultés que personne ne conteste, prend de l'ampleur. Si j'insiste au risque d'ennuyer le lecteur, c'est parce que je me méfie aussi bien des journalistes qui dramatisent pour attirer les lecteurs que des défenseurs d'intérêts, attentifs seulement aux aspects négatifs. Des personnalités qui ont fait l'Europe, ou qui y contribuent à présent, réagissent à cette tendance.

La «petite correction» du chancelier Schmidt. Dernier en date, à ma connaissance: Helmut Schmidt, chancelier allemand de 1974 à 1982, après Willy Brandt et avant Helmut Kohl. Interrogé sur les difficultés de l'euro, il a tout de suite interrompu son interlocuteur: « Petite correction: l'euro ne traverse pas du tout en lui-même une période difficile. Depuis qu'il existe, son pouvoir d'achat est resté beaucoup plus stable que celui du dollar ou de la monnaie chinoise. L'euro n'est pas en danger ». Ce n'est qu'une légende soutenue, à son avis, par la presse britannique. Si la Grèce ne se redresse pas et si sa population veut quitter l'euro, sa monnaie nationale aura été dévaluée cinq ou six fois avant même d'être sur le marché. Il est vrai que l'Europe connaît des difficultés et le Traité de Lisbonne est illisible, impossible à comprendre et à appliquer ; mais il ne faut pas exagérer avec le pessimisme. La nécessité de la construction européenne et de son approfondissement est une évidence. En 2019, les Européens ne représenteront que 5% de la population mondiale, n'importe quel pays européen à lui seul n'aura aucun poids. Certes, l'Europe doit corriger des erreurs, comme l'idée de l'adhésion de la Turquie: avant la fin du siècle, celle-ci aura dépassé les 100 millions d'habitants, un pays asiatique serait le colosse de l'Europe ! M. Schmidt a observé, en reprenant des remarques de José Ortega y Gasset, que l'Europe existait comme ensemble, héritage de l'empire romain, bien avant l'émergence des identités nationales actuelles. La monnaie unique est l'un des aspects de l'unité ancienne à reconstruire ; sous cet angle, les difficultés actuelles ne sont que des péripéties.

L'inquiétude positive de M. Juncker. Mais il n'est pas nécessaire de remonter jusqu'à la génération de l'ancien chancelier allemand pour comprendre. Président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker est l'un des protagonistes essentiels des péripéties actuelles. Il s'est beaucoup exprimé ces derniers temps, conscient sans doute de la nécessité de clarifier ce qui est trop souvent présenté de manière équivoque, tout en revendiquant aussi son droit de réserve lorsqu'une anticipation inopportune « peut nuire gravement à d'autres, qui en général ne sont pas milliardaires, ni journalistes ». Il n'est pas satisfait de ce qui arrive, il se dit au contraire très inquiet, et il considère comme indispensable de mieux faire face tous ensemble aux difficultés de la Grèce (voir plus loin) ; mais en même temps il rejette le découragement: « Je suis persuadé que, si nous nous montrons à la hauteur, la construction européenne sortira renforcée de cette crise (…) Sans Europe, nombre de pays seraient en récession, nous aurions plus de chômage, plus de déficits. Nous ne pourrions pas contenir les conséquences de la crise grecque, ni pour elle, ni pour les autres. Il n'y a pas de réponse nationale ».

C'est aussi une question de générations: pour les jeunes, ce qui était acquis à leur naissance n'est pas un progrès ; c'est la normalité. Mais cet acquis, on peut le perdre. M. Juncker a dit: « Ma génération est la dernière dont les pères ont été soldats et dont les mères n'ont pas eu de jeunesse parce qu'il y avait la guerre. Nous sommes seuls à avoir réalisé une performance inédite: fusionner dix-sept monnaies nationales en une monnaie unique. Si nous ne maîtrisons pas la situation, la génération à venir n'aura ni la mémoire, ni la force pour consolider l'acquis. Nous ne sommes pas des constructeurs, mais des héritiers en perte de vitesse. »

Deux conditions. La Grèce peut-elle faire ce qu'on lui demande ? Son peuple est-il disposé à accepter les efforts nécessaires ? M. Juncker l'estime possible à deux conditions: que « les milliardaires et millionnaires grecs soient davantage impliqués », et que l'UE de son côté fasse quelques efforts pour « offrir une perspective optimiste aux Grecs de la rue, à ceux qui n'ont presque plus rien ». Par exemple, les financements de la politique de cohésion de l'UE devraient être octroyés à la Grèce, sans exiger qu'elle cofinance chaque projet.

Mais l'hypothèse de la sortie de l'euro est, selon M. Juncker, absurde: pour la Grèce elle-même (chute importante du PIB, réduction dramatique des salaires, fuite de l'épargne), ainsi que pour les effets de contagion dans la zone euro et au-delà. Alors qu'une solution d'ensemble est possible « qui permettrait à la Grèce, dans un délai probablement plus long que prévu, de rentrer dans les clous ». (F.R.)

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(Sources principales: interviews de M. Schmidt à Paolo Valentino et de M. Juncker à Sabine Verhest)

 

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