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Bulletin Quotidien Europe N° 10276
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Le projet « eurobond » a besoin de mûrir mais il n'est pas du tout enterré

Ce n'est pas pour cette semaine. Le danger est que le Sommet de cette semaine puisse être considéré comme un échec parce qu'il n'aura pas lancé le projet des eurobonds. Or, un accord sur ce point est pour le moment impossible ; les chefs d'État et de gouvernement pourraient même éviter d'en parler. Cette rubrique a déjà invité, dans notre bulletin précédent, à tenir compte du niveau d'ambition du projet Juncker/Tremonti et des obstacles et réticences qu'il allait logiquement rencontrer, et à ne pas dramatiser les divergences. On n'improvise pas des instruments de ce genre ! On aura cette semaine l'accord de principe sur le mécanisme permanent de gestion des crises et sur la mini-révision du Traité de Lisbonne qu'il implique; il y a quelques semaines, combien de commentateurs n'y croyaient pas, mettant l'accent sur les divergences et sur la presque impossibilité de réviser le traité ? À présent, ce résultat est acquis ; qui va souligner le progrès de la gouvernance de la zone euro qu'il représente? Le sujet à la mode est de souligner les controverses sur les eurobonds et la vivacité de certaines prises de position opposées. Combien d'années seront nécessaires pour que les progrès à répétition de la gouvernance économique de la zone euro soient évalués pour ce qu'ils représentent effectivement, c'est-à-dire une avancée significative de la construction européenne ?

Une idée qui ira loin. Le plan Juncker-Tremonti a sa place dans ce contexte de progrès, en tant que version mise à jour de projets précédents à partir des intuitions de Jacques Delors. Il est très ambitieux, et c'est normal qu'il fasse l'objet de critiques, remarques et suggestions. Il a un caractère presqu'institutionnel, en raison du rôle de Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe. En le présentant, M. Juncker lui-même (voir notre bulletin n° 10272) a précisé que le débat formel n'avait pas encore commencé, que l'idée des euro-obligations «n'est pas aussi stupide qu'elle en a l'air» et qu'il faudra la discuter en détail, et il a rappelé le précédent du semestre européen qu'il avait lancé en 2005: à l'époque, personne ne l'avait pris au sérieux, maintenant il existe ; et M. Juncker avait conclu: « Je pense que le même sort attend les obligations en euro ». Selon le cosignataire de l'initiative, Giulio Tremonti, «c'est une idée qui vient de loin et qui ira loin», et il s'est déclaré ouvert à toutes les contributions car c'est une proposition essentiellement politique. Le commissaire européen Olli Rehn l'a qualifiée d'« intellectuellement attractive », certains observateurs rappelant que le président Barroso avait déjà suggéré quelque chose d'analogue pour le financement d'investissements d'intérêt européen, comme les grandes infrastructures transnationales.

Le débat a commencé. Il serait absurde de s'attendre à des décisions rapides ; il faut discuter. M. Tremonti a voulu tout de suite prendre position sur un point: il conteste que les eurobonds exigent, comme l'a indiqué le ministre allemand Wolfgang Schäuble et confirmé ensuite Angela Merkel, une « réforme en profondeur » du traité ; il estime que le traité les permet. Des sources berlinoises attribuent au même M. Schäuble une remarque bien plus possibiliste: « Aujourd'hui, le Parlement allemand dirait non, mais si vous nous laissez quelques mois pour y travailler… » Je ne crois pas que M. Juncker ait accusé Mme Merkel de ne pas avoir l'esprit européen, ainsi que le prétend un journal allemand ; son propos a été sans doute exagéré. Le débat est déjà vif, avec rappels et références: l'initiative Delors (pour qui la tâche prioritaire des eurobonds ne doit pas être la couverture de déficits budgétaires mais le financement de projets d'avenir) ; le projet du centre d'études Bruegel rappelé par son directeur Jean Pisani-Ferry ; l'initiative de Mario Monti, etc..

Sans oublier les idées supplémentaires qui fleurissent. Par exemple, Alberto Quadrio Curzio estime qu'une partie des eurobonds pourrait être garantie par les réserves en or des États membres (celles d'Allemagne, Italie et France réunies dépassent celles des États-Unis), ce qui faciliterait la récolte d'une partie significative des liquidités qui recherchent une garantie de qualité en réduisant l'effort allemand.

Malgré les réticences… Il est parfois rappelé que la situation monétaire et même économique de l'UE est en fait meilleure qu'on la présente: sa balance commerciale est globalement en équilibre, la croissance est en train de se rétablir (une expansion excessive serait d'ailleurs ingérable), la monnaie est solide.

Certes, les réserves de l'Allemagne subsistent ; Mme Merkel a observé que les niveaux différents des taux d'intérêt incitent à respecter le Pacte de stabilité alors que les eurobonds cacheraient les comportements budgétaires irréguliers en réduisant la pression à les corriger. Le débat n'est pas simple ; mais si la zone euro se comportait comme un véritable ensemble, tous les États membres respectant les règles et sa gestion étant coordonnée, et si l'immigration clandestine était contrôlée, la sortie de crise serait une réalité. C'est dans cet esprit que devrait se dérouler le Sommet de cette semaine.

(F.R.)

 

Sommaire

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INFORMATIONS GÉNÉRALES
INTERPENETRATION ECONOMIQUE
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