À propos des Roms et de l'immigration en général, il faut avoir le courage de la clarté. Il est remarquable le nombre de ceux qui ne l'ont pas, ce courage, y compris parfois au sein du Parlement européen ou parmi les organismes de défense des droits de l'Homme. La clarté signifie reconnaître que le problème des Roms ne sera pas réglé par les procédures d'infraction. Pourquoi ? Parce que les démarches juridiques de la Commission ne peuvent viser que les infractions éventuelles aux règles relatives à la liberté de mouvement des citoyens communautaires, ce qui ne représente qu'un aspect du problème et ne répond pas à la question de fond: l'intégration des Roms, qu'ils soient citoyens communautaires ou pas, dans la société européenne.
Conditions rigoureuses. La Commission a eu raison de reprocher à la France une erreur (un texte citait les Roms en tant qu'objectif prioritaire de certaines mesures, faute corrigée ensuite à Paris) et à réclamer des clarifications et explications. Elle avait le devoir d'intervenir, et elle a obtenu, au-delà de quelques réactions épidermiques et quelques phrases malheureuses, la reconnaissance de son rôle de gardienne des traités ; et la France s'est formellement engagée à respecter les dispositions communautaires. Mais le respect des règles est loin de répondre à l'ampleur et à la signification du problème. Certaines affirmations tonitruantes sont trompeuses et démagogiques ; elles permettent d'attaquer les adversaires politiques mais ne bénéficient pas à la cause des Roms et d'autres immigrés. Ceci pour deux raisons. La première, déjà évoquée, est que, par définition, les règles communautaires en question ne concernent que les citoyens de l'UE, alors qu'un nombre considérable de Roms ne le sont pas. La seconde est que, pour les citoyens communautaires, le droit de séjour au-delà de trois mois est juridiquement subordonné à des conditions rigoureuses: avoir un emploi, une adresse, respecter l'obligation scolaire pour les enfants, etc.
La directive communautaire sur la libre circulation des personnes impose des obligations pour l'expulsion de citoyens communautaires: procédure écrite, examen individuel cas par cas, un mois de préavis, possibilité d'appel. Mais dès qu'un État membre est en règle avec la transposition de cette directive dans son droit national, il a le droit d'expulser, trois mois après leur arrivée, les ressortissants communautaires qui n'ont pas d'emploi ni d'adresse, qui ne respectent pas l'obligation scolaire pour les enfants, etc. Il est facile de comprendre que, même si la Commission étend les procédures à tous les cinq États membres qui n'ont pas achevé la transposition de la directive communautaire dans leur législation nationale, ce ne seront pas ces procédures qui feront sérieusement avancer l'intégration effective des Roms dans la société européenne. Certaines prises de position politiques virulentes donnent parfois l'impression que le souci prioritaire de leur auteur n'est pas de contribuer à résoudre le problème des Roms mais d'accabler des adversaires politiques. En fait, ce n'est pas une application plus correcte de la directive en question qui fera progresser l'intégration.
Quelques résultats, pas de solution. Certes, les initiatives de la Commission sont opportunes et elles obtiendront certains résultats: les expulsions seront mieux organisées et respecteront les règles. Mais ces expulsions pourront subsister. La solution ne sera pas apportée par les anathèmes ; elle réside dans l'inclusion sociale et l'intégration, donc dans le respect réciproque des traditions et des mentalités. Les parlementaires européens qui, par l'origine ou pour d'autres raisons, sont les plus proches des Roms, ceux qui en connaissent mieux les traditions et la mentalité, insistent sur les initiatives à lancer, sur le soutien financier que l'Europe peut et doit donner à ces initiatives. J'ai l'impression qu'il pourrait se former au sein du PE une majorité de bonne volonté, favorable à des programmes européens d'envergure facilitant l'intégration.
L'effort doit être réciproque. Pourquoi des peuples qui, au cours des siècles, ont assimilé des immigrés de toutes les origines et de toutes les croyances refuseraient-ils d'en faire de même dans le cas des Roms ? Les commencements sont souvent difficiles: au départ, une certaine méfiance et des réticences sont même compréhensibles. Mais, en général, deux ou trois générations, parfois moins, sont suffisantes pour que l'assimilation atteigne un niveau compatible avec la volonté de vivre ensemble dans le respect réciproque. À une condition: que l'effort soit réciproque. La liberté religieuse et le respect des traditions (qui permettent souvent un enrichissement dans les deux sens) sont indispensables, d'accord ; mais aussi le respect des lois du pays d'accueil, selon le principe de l'équilibre entre les droits et les devoirs. Sans quoi, les années passeront et l'UE sera toujours enfoncée dans les débats sans fin sur l'intégration des Roms. Aucun financement supplémentaire, aucun programme ou projet, pour bien conçus qu'ils soient, n'éviteront l'incompréhension et les accrochages. (F.R.)