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Bulletin Quotidien Europe N° 10208
Sommaire Publication complète Par article 22 / 23
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / BibliothÈque europÉenne

N° 881

*** L'Europe en formation. Revue d'études sur la construction européenne et le fédéralisme - Journal of Studies on European Integration and Federalism. Centre international de formation européenne (10 av. des Fleurs, F-06000 Nice. Tél.: (33-4) 93979397 - fax: 93979398 - Courriel: europe.formation@cife.eu - Internet: http: //http://www.europeenformation.eu ). 2010, n° 355, 237 p., 12 €. Abonnement: 40 €.

Très heureuse initiative que celle prise, à l'initiative du toujours vaillant Jean-Pierre Gouzy, qui fut longtemps son compagnon de route, de consacrer ce numéro de la revue fondée voici cinquante et un ans par Alexandre Marc à l'actualité de la pensée de l'inventeur du « fédéralisme intégral ». Très heureuse initiative car, dix après son décès, qui connaît encore Alexandre Marc, hormis une poignée de fidèles ayant bénéficié des cours qu'il dispensait au sein de son Centre international de formation européenne et de scientifiques explorant l'un ou l'autre aspect de ses réflexions intellectuelles ? Qui sait encore ce qu'impliquait ce fédéralisme global d'essence personnaliste, c'est-à-dire « fondé sur l'irréductibilité de la personne humaine à tout système de pensée totalisant » ? Pas grand monde, à coup sûr, et c'est bien dommage car la perception du monde de Marc, telle que résumée par Frédéric Lépine, rédacteur en chef de « L'Europe en formation », entre à tout le moins en résonance avec la situation présente, quand bien même elle s'est nourrie des multiples errements du siècle dernier: « Alexandre Marc conclut (…) que la société se trouve dans une crise globale, une crise de valeurs, qui touche à l'humanité tout entière. Pour cela, la réponse doit être globale, rompre avec le matérialisme et placer l'homme, la personne, au sommet des hiérarchies. De cette manière, on finit aussi avec une conception de l'homme comme être soumis aussi bien à l'État qu'au productivisme, pour le mettre au sommet (…). L'homme récupère ainsi sa liberté, son autorité sur soi-même et devient un être complet, à la fois individu et être social, qui est capable de mener et construire son proche chemin ». Dans la crise systémique née de celle des subprimes, il n'est pas sûr que chausser les lunettes personnalistes de Marc pour appréhender le monde et la vie en société de manière différente soit une perte de temps.

Est-ce à dire que la pensée d'Alexandre Marc, que son fédéralisme global né des racines du socialisme libertaire de Proudhon et dans la mouvance personnaliste des non-conformistes des années 30 n'ont nullement vieilli ? Non. Loin d'être le fruit d'une démarche hagiographique, ce numéro permet d'en prendre conscience, tout en découvrant aussi combien certaines de ses intuitions, toujours marquées du sceau de la complexité, conservent une pertinence pour qui serait tenté de la transposer à l'époque contemporaine. Ainsi en est-il, par exemple, du rappel par Jean-Pierre Gouzy qu'il n'existait, pour Alexandre Marc, « qu'un élément fédératif: la commune (…), les régions, les patries, les nations mêmes peuvent se fédérer, certes, mais exclusivement par l'intermédiaire des communes dont elles se composent ». De même, lorsque Christian Roy affirme, dans une contribution où il discerne des convergences entre le Marc des années 30 et l'antiproductivisme contemporain, que « la chute des totalitarismes politiques nous laisse en face du totalitarisme économique qui leur est sous-jacent, ce fameux productivisme qui éveilla les critiques humanistes de non-conformistes dès avant le krach financier de 1929 », peut-on écarter le propos d'un simple revers de la main alors que l'économie financière dicte désormais la conduite du monde ? La crise alimentée par la voracité des banques, par les bonus des chefs d'entreprises et par un chômage structurel et une pauvreté en hausse permanente ne devrait-elle pas conduire les sages de ce monde fou à vérifier si une autre intuition d'Alexandre Marc, le revenu garanti ou allocation universelle, n'est pas de nature à panser quelque peu les plaies de plus en plus à vif de nos sociétés ?

À l'évidence, la pensée d'Alexandre Marc n'est pas la panacée. Elle interpelle toutefois suffisamment pour que de nombreuses personnes se plongent utilement dans les différentes contributions qui composent ce numéro, à savoir aussi celle dans laquelle le Pr. Constantinesco (Université Robert Schuman de Strasbourg) voit le fédéralisme évoluer « d'un anti-étatisme à un a-étatisme », celle que Raimondo Cagiano de Azevedo et Marc Heim consacre à la relation entre fédéralisme européen et politiques sociales, celle de Tito Favaretto relative au débat sur démocratie et participation à la lumière du projet de la Charte fédéraliste, ainsi que les conclusions tirées par Hartmut Marhold, actuel « patron » du Centre international de formation européenne. Le tout est ponctué, en outre, par un inédit qui, en 1944, voyait Marc délivrer "quelques réflexions sur l'avenir de l'Europe".

Michel Theys

*** THIERRY CHOPIN, LUKAS MACEK: Après Lisbonne, le défi de la politisation de l'Union européenne. Centre d'études et de recherches internationales, Sciences Po (56 rue Jacob, F-75006 Paris. Tél.: (33-1) 58717000 - fax: 58717090 - Courriel: info@ceri-sciences-po.org - Internet: http://www.ceri-sciences-po.org ). Collection « Les Études du CERI », n° 165. Mai 2010, 42 p..

Cette brève étude se décompose en trois parties. La première voit les auteurs revenir sur les péripéties de la ratification du traité de Lisbonne et, plus largement, du débat sur l'avenir de l'Europe ouvert voici dix ans. Cet exercice leur permet de diagnostiquer finement une « crise de légitimité » dont pâtit la construction européenne, ce dont témoigne la montée en puissance « d'un certain euroscepticisme » - même si celui-ci s'accompagne, notent-ils de manière plus optimiste, d'une défaite nette, ces dernières années, de « l'europhobie" » quand bien même ce courant qui veut le « détricotage » de la construction européenne se révèle fort en Grande-Bretagne, en Autriche et en Finlande. Constatant que « l'euro-optimisme » n'est pas moins marginal par les temps qui courent, les auteurs avancent que, « entre le statu quo délétère et l'impossible fédéralisation à court terme », la politisation de l'Union pourrait constituer une voie pour tenter de corriger son déficit de légitimité. Afin de procéder à une lente transformation de la logique du fonctionnement des institutions européennes, les auteurs explorent certaines pistes concrètes, comme celle d'une « parlementarisation du système qui passe notamment par le renforcement du lien entre la majorité du Parlement européen et la Commission ». À leurs yeux, le pouvoir de désignation de la Commission - et de son président en particulier - par le Parlement européen entrouvre la porte à cette politisation, en ce que ces évolutions ne pourront que renforcer l'influence du Parlement, « et par là celle des électeurs européens, sur la ligne politique de la Commission tout au long de la législature », ce qui ne manquera pas de renforcer la légitimité du successeur de José Manuel Barroso. Les auteurs préconisent aussi un mode de scrutin qui favorise l'émergence de véritables stratégies européennes, ce qui devrait passer, selon eux, par l'émergence d'un mode de scrutin uniforme dans tous les États membres, par une accélération de « la constitution de vrais partis politiques européens » et par la réforme de leur financement, sans compter qu'il faudrait encore « pousser plus loin la politisation des enjeux des élections européennes ». Dans le même esprit, ils préconisent de « démocratiser » la nomination du président du Conseil européen, d'introduire une dose de politisation dans le fonctionnement du Conseil et de mettre à profit le dispositif de l'initiative populaire. Toutes de bonnes idées ? Peut-être pas. Mais elles imposent la réflexion !

(MT)

*** JERZY BARTMINSKI, ROSEMARIE LÜHR (sous la dir. de): Europa und seine Werte. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - Fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2009, 289 p., 49,30 €. ISBN 978-3-631-55988-8.

Pour beaucoup, le symbole de l'Union européenne est la tour de Babel, laquelle ne fut jamais terminée car ses constructeurs parlaient des langues différentes. Avec sa vingtaine de langues officielles, ses cultures et ses religions différentes, l'Union peut-elle raisonnablement prétendre faire mieux ? En d'autres mots, est-il imaginable de voir un jour un « peuple européen » se lever en se réunissant autour de valeurs fondamentales ? À première vue, celles-ci peuvent paraître très facile à trouver: la démocratie, l'État de droit et l'économie de marché ne sont-ils pas déjà des conditions - les fameux critères de Copenhague - à l'entrée d'un pays dans l'Union ? Cependant, on peut se demander si cette liste est exhaustive et, surtout, si l'interprétation même de ces trois valeurs, apparemment fondamentales, est homogène entre les États membres, en particulier depuis le dernier élargissement. Ces questions ont été au cœur d'un colloque germano-polonais qui s'est déroulé du 3 au 5 avril 2008 à Lublin, en Pologne, et dont cet ouvrage rend compte. À cette occasion, des experts académiques venant principalement de Pologne et d'Allemagne, mais aussi d'universités installées dans d'autres pays comme la Belgique, la Russie et l'Arménie, ont travaillé sur les différences de valeurs entre l'Europe de l'Ouest et l'Europe de l'Est, d'une part, sur la thématique linguistique, de l'autre, le tout sous le couvert de « l'unité dans la diversité ». L'ouvrage compte vingt et une contributions. Chaque chapitre se concentre sur une ou plusieurs valeurs: la démocratie ou l'idée de nation y sont bien sûr présentes, mais aussi le patriotisme, la religion, la solidarité ou encore la famille. L'évolution - tant historique que politique - du paradigme « démocratie » fait l'objet d'une attention toute particulière. Certaines contributions se focalisent sur la Pologne, mais d'autres ont une portée transnationale, par exemple celle que Cezary Josef Olbromski consacre à la question de la possible post-démocratie collective. La solidarité transfrontalière fait également l'objet de regards croisés très éclairants, que ce soit à la lumière des problématiques de la santé ou de la migration.

(JD)

*** CHRISTINE KADDOUS, FABRICE PICOD (sous la dir. de): Union européenne. Recueil de textes. Stämpfli Editions (1 Wölflistrasse, Postfach 8326, CH-3001 Berne. Tél.: (41-31) 3006311 - fax: 3006688 - Courriel: info@staempfliverlag.com - Internet: http://www.staempfliverlag.com ) et Éditions Bruylant (67 rue de la Régence, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5129842 - fax: 5119477 - Internet: http://www.bruylant.be ). 2010, 1.371 p. ISBN 978-3-7272-8736-7 et 978-2-8027-2902-0.

Conçu pour répondre aux besoins de ceux qui veulent s'initier au droit européen, ce recueil regroupe des textes de droit institutionnel et de droit matériel jugés incontournables par deux éminents juristes (Christine Kaddous est directrice du Centre d'études juridiques européennes à l'Université de Genève, Fabrice Picod étant, lui, professeur à l'Université Panthéon-Assas). Cette huitième édition contient en premier lieu le traité sur l'Union européenne et le traité sur le fonctionnement de l'Union tels qu'ils résultent des modifications apportées par le traité de Lisbonne du 13 décembre 2007. Les auteurs y ajoutent la Charte des droits fondamentaux de l'Union, ainsi que des textes relatifs aux diverses institutions. Enfin, l'ouvrage propose des textes en matière de droits fondamentaux, de citoyenneté et de libre circulation des personnes, de libre prestation des services, de libre circulation des marchandises, de concurrence, de l'Union économique et monétaire, de visas, d'asile, d'immigration et de coopération en matière pénale (Schengen, Dublin, entraide judiciaire en matière pénale, Europol, Eurojust, mandat d'arrêt européen). Tous ces textes sont livrés dans leur forme « consolidée », avec incorporation des modifications apportées aux textes de base par le traité de Lisbonne ainsi que par les actes de droit dérivé adoptés jusqu'au 15 novembre 2009. Un index alphabétique détaillé facilite la recherche des dispositions pertinentes. Un bel instrument de travail !

(PBo)

*** IRINA SCHERF, HOLGER SCHERF, HERBERT STRUNZ: Slovakei. An der Kreuzung Europas. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen, Suisse. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2009, 272 p., 48,40 €. ISBN 978-3-631-58734-8.

Au même titre que l'ensemble de l'Europe centrale et orientale, voire même plus, la Slovaquie a connu, au cours du XXème siècle, une histoire politique et économique particulièrement mouvementée. Cet ouvrage présente les grands événements ayant marqué l'histoire de ce pays, ainsi que les éléments importants de son système politique et économique. Les auteurs commencent leur récit au sortir de la Première Guerre mondiale, lors de la création de la Tchécoslovaquie, et prennent la liberté de considérer 2009, année où la République slovaque a adhéré à la zone euro, comme fin symbolique d'une histoire sans cesse en développement. Une part importante de cette première partie est consacrée au régime politique actuel et à son analyse. La deuxième partie de l'ouvrage voit les auteurs analyser l'économie slovaque et son évolution, prenant en compte aussi bien les aspects industriel et financier que le marché de travail. Le développement du commerce extérieur du pays est le thème traité dans la partie finale de l'ouvrage.

(JD)

*** SEBASTIAN STUDE: Die friedliche Revolution 1989/90 in Halle/Saale. Peter Lang (voir coordonnées supra). 2009, 209 p., 27,90 €. ISBN 978-3-631-58706-5.

Jusqu'à la réunification allemande en 1989, Halle/Saale fut la capitale régionale de la République Démocratique Allemande (RDA). Pendant la période qui a précédé la réunification des deux Allemagnes, de nombreux événements qui devaient mener à la fin de la dictature du Parti Socialiste Unitaire (SED) ont eu lieu dans la capitale de la RDA, notamment au cours de la campagne pour les élections communales de mai 1989. Dans ce livre très fouillé, Sebastian Stude met en exergue l'aspect pacifique du processus de démocratisation de l'Allemagne de l'Est qui a précédé la chute du Mur, montrant que cette révolution a principalement été menée par des groupes politiques qui mettaient en avant les droits de l'Homme, la paix ou l'environnement. Le rôle de divers groupes religieux s'étant opposé au régime dictatorial du SED est tout particulièrement mis en exergue. La rédaction de cet ouvrage a été rendue possible par l'ouverture des archives publiques et privées en Allemagne de l'Est, l'auteur ayant ainsi pu procéder à la reconstruction des événements de façon très détaillée, notamment pour ce qui est des membres des groupes d'opposition à la dictature alors actifs en RDA. Sebastian Stude procède de façon chronologique, des élections communales à la chute du régime. Le premier chapitre est d'ailleurs consacré aux élections dans la ville de Halle/Saale. Dans le deuxième, il analyse l'opposition au régime, délivrant une analyse plus descriptive des groupes d'opposants. La répression que ceux-ci eurent à subir est ensuite mise en lumière et commentée, ainsi que les mouvements de protestation et les réactions du SED. Le dernier chapitre s'attache enfin à expliquer la chute du régime et l'avènement de la « Table Ronde Centrale ».

(JD)

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