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Bulletin Quotidien Europe N° 10147
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INFORMATIONS GÉNÉRALES / (eu) ue/mÉditerranÉe

Création d'INFRAMED, premier grand succès de l'UpM, selon ses concepteurs et selon Henri Guaino

Paris, 27/05/2010 (Agence Europe) - Quatre organismes de financement méditerranéens, deux de la rive nord (la Caisse des dépôts et consignations, française, et la Cassa depositi e prestiti, italienne) et deux de la rive sud (le Fonds Hermes, égyptien, et la Caisse de dépôt et de gestion marocaine) ont formalisé, mercredi 26 mai à Paris, la création de ce qu'ils présentent comme « le plus grand fonds d'investissement » de l'espace euroméditerranéen. Celui-ci est voué au financement des « infrastructures urbaines, de transport durable et d'énergie », y compris le « plan solaire » - un des projets-phares de l'UpM, dont la « faisabilité » a été évaluée de façon détaillée par la BEI le 12 mai dernier à Valence (EUROPE n° 10138).

« INFRAMED Infrastructures », société de droit français, est dotée de 380 millions d'euros de capital initial (350 millions de partenaires de la rive nord, dont 50 millions d'euros provenant de la BEI). Ses promoteurs ont le projet de lever des fonds à hauteur de 1 milliard d'euros en élargissant le « tour de table » à d'autres pays riverains, mais « pas seulement », a dit Henri Guaino, conseiller spécial du président français Nicolas Sarkozy, présent à la cérémonie de présentation de l'instrument. Il espère que seront attirés également des investisseurs non originaires de la Méditerranée, issus des pays du Golfe et même des fonds chinois, a ajouté le partenaire italien. La question est posée aussi quant à la participation des autres pays de la région - en particulier ceux qui détiennent de fortes réserves en pétrodollars, Algérie et Libye, ou d'autres, comme l'Espagne surtout, ainsi que la Tunisie, le Liban, la Turquie, Israël ou, enfin, Monaco et le Luxembourg, membres effectifs de l'UpM. La liste, aujourd'hui réduite à quatre pays, plus la BEI, devrait, théoriquement, s'allonger si l'on en croit les réponses données à Paris, mais qui restent vagues sur la perspective concrète d'adhésions nouvelles ou pour confirmer l'existence de pourparlers en ce sens.

Le Fonds « investira principalement dans des projets entièrement nouveaux, répondant aux exigences de base en matière de protection de l'environnement, d'impact social, de transparence et de passation de marchés ». Et cela sans aucune distinction entre les projets de portée nationale - comme en ont l'intention les deux partenaires de la rive sud - ou d'intégration régionale méditerranéenne.

INFRAMED est aussi, a-t-il été dit dans la présentation officielle, le premier fonds d'investissement instauré dans la logique de l'Union pour la Méditerranée, que le « géniteur », Henri Guaino, présente comme un premier succès de sa démarche, en dépit du contexte politique.

La création d'INFRAMED lui semble, au contraire, intervenir à un « moment opportun », car rien n'interdit aux acteurs économiques et financiers, aux techniciens et aux experts de se réunir quand les ministres et les diplomates ne le peuvent pas, a-t-il dit en substance. Cet avis est partagé par l'autre représentant de la co-présidence de l'UpM, le ministre égyptien du Commerce et de l'Industrie, Rasheed Mohammad Rasheed, pour qui l'UpM n'est pas faite pour « résoudre le problème palestinien, mais pour améliorer la qualité de vie » des populations dans la région. Yasser el Mallawany, directeur général du fonds Hermes, ajoute que « les projets doivent être conçus selon des règles économiques », donc hors du champ politique et de la forte sensibilité du groupe arabe à la question palestinienne. Le sujet a encore récemment pesé sur les travaux des sessions ministérielles sur l'eau et sur le tourisme.

Aussi bien les quatre partenaires que M. Guaino ont souligné que l'objectif est à très long terme,
M. Guaino s'en prenant au passage aux partisans du « court-termisme ». Le président de la Caisse italienne, Franco Bassanini, désigné à la tête du comité stratégique, a lui aussi souligné qu'INFRAMED « s'inscrit dans une perspective de rentabilité économique à long terme », confirmant indirectement que l'engagement au sein du nouveau fonds relève plus d'une volonté politique que de la recherche d'un rendement, qu'il soit à court ou à moyen terme, en précisant qu'il agit avec le « fort soutien du gouvernement italien ». La même affirmation a été explicitement soutenue par le dirigeant de la caisse française, Augustin de Romanet. Son homologue italien prévient toutefois les partenaires, qu'ils soient déjà engagés ou potentiels, que « nous n'y mettrons pas de ressources budgétaires, car l'Europe va devoir réduire ses contributions en raison de l'austérité » décrétée un peu partout dans les États membres. Et de citer l'exemple du « fonds Marguerite » européen. Il annonce par la même occasion, l'arrivée d'un conseiller de choix: Gianni de Michelis, ancien chef de la diplomatie italienne et partisan actif de l'Euroméditerranée, qui partagera vraisemblablement la conviction que « la croissance de l'Europe est en Méditerranée », comme l'ont affirmé de concert, MM. Guaino, Philippe de Fontaine Vive, vice-président de la BEI et Augustin de Romanet. Ce dernier fait aussi observer le besoin d'agir, car, a-t-il affirmé, « le plus grand écart de développement entre deux zones géographiques contigües est en Méditerranée: il est de un à cinq ».

Le report du Sommet (initialement prévu le 7 juin à Barcelone) « n'est pas une bonne nouvelle en soi », a souligné Henri Guaino. Cela montre « la complexité » de l'enjeu. « Il faut prendre le temps de se préparer pour avoir un bon Sommet et ne pas prendre le risque d'asseoir à la même table des protagonistes qui ne se parlent pas », a-t-il déclaré à EUROPE. Il souligne que « l'UpM a survécu aux prévisions de tous les Cassandre de la terre » et fait observer que « personne n'a voulu quitter l'UpM malgré Gaza ». C'est une
« œuvre de longue haleine »
, ajoute-t-il, réaffirmant sa foi dans ce dialogue particulier qu'il replace encore une fois hors du champ de la coopération entre les institutions européennes et les pays partenaires. Interrogé sur le choix de la France, actuelle co-présidence de l'UpM, pour sa succession, qui devra être décidée « par consensus » lors du prochain, et encore hypothétique, sommet, il a réaffirmé lors de la conférence de presse finale, que l'occupant de ce fauteuil « ne représentera pas l'UE ».

Interrogé par EUROPE, M. de Fontaine Vive, vice-président de la BEI, se félicite qu'il y ait « pour la première fois de l'argent » mis sur la table malgré le risque et le contexte de crise. C'est, dit-il, une « volonté politique évidente ». Il constate, par ailleurs, que le Conseil d'administration de la BEI a hésité à s'engager davantage. La Banque a elle-même, rappelle-t-il, une forte implication dans le financement de projets d'infrastructure, mais sa mission est différente, car elle s'implique plus au travers de prêts plutôt que de participations, qui sont la vocation d'INFRAMED. Les seules participations que la BEI a prises sont généralement via le budget communautaire. (F.B.)

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