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Bulletin Quotidien Europe N° 10147
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Relations Euro-méditerranéennes: choisir l'efficacité contre la rhétorique

Trois évolutions ont marqué, pendant ce mois qui s'achève, les relations euro-méditerranéennes. Le premier est le report du Sommet de l'Union pour la Méditerranée (UpM). Il n'appelle pas de longs commentaires ; il confirme les difficultés politiques (qui vont au-delà du problème israélien). Cette rubrique avait dénoncé dès le début du mois (bulletin n° 10133) le risque que ce Sommet soit une cérémonie solennelle mais inefficace. La situation sera-t-elle plus favorable en novembre ? C'est un espoir, pas une certitude.

L'identité inexistante. Deuxième évolution, l'approbation par le Parlement européen du rapport Peillon, par une majorité significative. Vincent Peillon a fait un effort remarquable pour dépasser la phase rhétorique des travaux parlementaires, soulever les vrais problèmes et ne pas cacher les lacunes. Les remarques formulées dans cette rubrique (bulletin n° 10131) restent valables. L'UpM (Union pour la Méditerranée) n'a rien d'une Union, car l'unité existe du côté européen, elle n'existe pas de l'autre côté. Les pays tiers méditerranéens ont, pour leurs relations avec l'UE, des ambitions et des projets radicalement différents, allant de l'adhésion au rejet même du libre-échange. Chaque pays négocie individuellement ses liens avec l'Europe, la Libye en restant en dehors de l'UpM. Ce n'est pas l'UE, contrairement à ce que continue à affirmer le Parlement, qui « privilégie les relations bilatérales » ; elle est bien obligée de tenir compte des objectifs des pays en face et à négocier séparément avec chacun les relations réciproques: l'adhésion avec la Turquie, un «statut avancé» avec le Maroc et bientôt la Tunisie, et ainsi de suite. En faisant le point il y a deux semaines sur la politique européenne de voisinage, le commissaire Stefan Füle a inclus dans cette catégorie sept pays méditerranéens (Égypte, Israël, Jordanie, Liban, Maroc, Tunisie et territoires palestiniens), ensemble avec Ukraine, Géorgie, Moldavie, Arménie et Azerbaïdjan) ; c'est un symptôme (voir notre bulletin n° 10139).

Politiquement, une identité n'existe pas ni ne pourra exister aussi longtemps que les pays tiers méditerranéens ne la réaliseront eux-mêmes. La fiction actuelle suscite de beaux discours, rappelant que Saint-Augustin est né en Afrique du Nord ou faisant semblant de croire que les habitants actuels de l'Égypte descendent des auteurs des pyramides. L'extension de l'UpM aux pays balkaniques a représenté, à mon avis, un exemple éloquent du caractère rhétorique de la construction actuelle. Quelle unité de problèmes et d'objectifs peut-il exister entre la Croatie et le Maroc, l'Albanie et le Liban, et ainsi de suite ? Les pays balkaniques ne se sentiront jamais valablement représentés par les institutions communes installées à Barcelone.

Absence de « volonté régionale ». La prise de conscience de ces réalités progresse. Claude Fischer, présidente de Confrontations Europe, a exprimé ses doutes sur « l'efficacité du secrétariat général de l'UpM, conçu comme une haute administration d'un gouvernement introuvable », avec ses six secrétaires adjoints chargés de gérer les différents domaines de la coopération, alors que des projets concrets sont lancés en dehors sinon en concurrence avec ceux de l'UpM (elle cite le projet allemand Desertec, visant la création « d'un immense champ photovoltaïque dans le Sahara qui peut menacer le plan solaire méditerranéen »). Selon le parlementaire européen Raimon Obiols i Germà, les facteurs-clé de l'échec de l'UpM sont les conflits majeurs en cours (guerre israélo-palestinienne, blocus de Gaza, Cisjordanie, Sahara Occidental, Chypre) auxquels s'ajoutent de nombreuses crises internes, et en général « l'absence de volonté régionale ».

L'aspect positif. J'arrive ainsi à la troisième évolution, positive celle-ci: les relations bilatérales entre l'UE et plusieurs pays tiers méditerranéens continuent à se développer, et sur le plan multilatéral le nombre d'actions concrètes et de projets opérationnels, avec leur financement au moins partiel, s'intensifie sans cesse, grâce notamment à la BEI (Banque européenne d'investissement) et à ses organismes spécialisés. La naissance du fonds Inframed (financé par la BEI et par des organismes financiers de France, Italie, Maroc et Égypte, ouvert à d'autres participations) a été favorablement accueillie dans les milieux financiers. Plusieurs projets essentiels avancent, avec la participation des pays méditerranéens qui le souhaitent.

Ma conclusion est simple: l'UpM ne peut pas atteindre ses objectifs, au contraire elle les éloigne. Les constructions institutionnelles artificiellement gonflées et les cérémonies solennelles ont pour seul résultat de mettre en relief les divergences politiques, alors qu'une large place existe pour des projets concrets utiles et parfois indispensables (protection de la mer, coopération énergétique, etc.) et pour le développement des liens bilatéraux. Il faut savoir choisir l'efficacité et la coopération face à la rhétorique.

(F.R.)

 

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