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Bulletin Quotidien Europe N° 10112
Sommaire Publication complète Par article 18 / 19
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 865

*** GIOVANNI GREVI, DAMIEN HELLY, DANIEL KEOHANE (sous la dir. de): European Security and Defence Policy: the First 10 Years (1999-2009). European Union Institute for Security Studies (43 av. du Président Wilson, F-75775 Paris. Tél.: (33-1) 56891930 - fax: 56891931 - Courriel: info@iss.europa.eu - Internet: http://www.iss.europa.eu ). 2009, 448 p.. ISBN 978-92-9198-157-1.

L'Institut pour les Études de sécurité de l'Union européenne n'est pas un laboratoire de pensée comme les autres: son statut d'agence officielle autonome lui vaut d'avoir à œuvrer au service de l'Union en formulant des analyses et recommandations qui puissent être mises à profit par les décideurs. Ses apports se doivent donc d'être constructifs, ce qui ne lui interdit pas, bien au contraire, de les fonder sur une lecture rigoureusement scientifique - et, partant, indépendante - des faits et réalités, peu importe que ceux-ci soient plaisants ou non. Cette liberté de pensée fait tout le prix de cet ouvrage collectif qui analyse de manière fouillée les progrès et les difficultés rencontrés dans le développement de la Politique européenne de sécurité et de défense mise en chantier par le Conseil européen de Cologne en juin 1999, dans la foulée de la déclaration franco-britannique de Saint Malo.

Dans une première partie, les auteurs s'intéressent aux institutions et divers organes qui pilotent cette politique et aux processus de prise de décision y prévalant. Le deuxième chapitre est consacré aux ressources qui sont mises à sa disposition pour mener à bien les opérations militaires et civiles, avant que les projecteurs ne soient utilement braqués sur les partenariats qui ont été noués dans ce contexte avec les Nations Unies, l'Otan, l'OSCE et l'Union africaine. La deuxième partie du livre s'avère plus précieuse encore en ce qu'elle passe méthodiquement en revue les vingt-trois missions lancées au titre de la Politique européenne de sécurité et de défense depuis 2003, ce qui permet au lecteur d'avoir des analyses précises et fiables - tous les auteurs, spécialistes reconnus et indépendants, les ayant fondées sur des contacts avec des fonctionnaires européens, des diplomates nationaux et des acteurs de terrain - des leçons à tirer, positives comme négatives, des opérations menées en Europe (Bosnie-Herzégovine, ancienne République yougoslave de Macédoine, Géorgie, Moldavie-Ukraine, Kosovo), en Afrique (Congo, Soudan et Somalie, Tchad, République centrafricaine, Guinée-Bissau), au Proche-Orient (Irak, Territoires palestiniens) et en Asie (Indonésie, Afghanistan). Chacune de ces analyses est précédée d'une fiche précisant la base juridique de l'action, le mandat la sous-tendant, sa durée, les moyens budgétaires alloués, les personnes mobilisées et les pays y participant.

De cette masse d'informations, il ressort que la Politique européenne de sécurité et de défense est une success story, mais qu'il n'y a pas lieu de s'en satisfaire, tant il est vrai que l'ouvrage met en lumière, sans fard, de bonnes pratiques prometteuses pour l'avenir, mais aussi, comme le souligne Alvaro de Vasconcelos, patron de l'Institut, « trois déficits majeurs », à savoir la faiblesse de la Politique étrangère et de sécurité commune, une cohérence insuffisante et des moyens inadéquats. Dans leurs conclusions, les trois coordinateurs du travail avancent qu'il est impératif de mieux connecter, à l'avenir, PESC et PESD, ce qui veut dire que les États membres doivent faire des progrès en termes de « vision partagée » des enjeux internationaux. Si l'opération de monitoring en Géorgie a été efficace, c'est parce qu'elle s'appuyait sur une forte « cohésion politique » des Vingt-sept ; dans le cas de l'Afghanistan, des Territoires palestiniens et du Kosovo, c'est l'inverse qui est vrai… Les auteurs plaident également pour des institutions plus fortes et un processus décisionnel mieux huilé, pour une extension - ou, du moins, un meilleur usage - des ressources disponibles et, enfin, pour un relèvement supplémentaire des partenariats avec les organisations internationales. Quant à l'avenir, il est à construire à la lumière de cinq leçons qui, si elles relèvent du bon sens, auront vraisemblablement du mal à être retenues comme il se devrait par des décideurs politiques toujours empêtrés dans les rets de l'intergouvernementalisme qui reste dominant en ce domaine.

Pierre Bouvier

*** ALVARO DE VASCONCELOS (sous la dir. de): What ambitions for European defence in 2020? European Union Institute for Security Studies (voir coordonnées supra). 2009, 188 p.. ISBN 978-92-9198-158-8.

Cet ouvrage est, en quelque sorte, le prolongement naturel de celui qui précède: là où ce dernier dresse un bilan détaillé des dix années de mise en place de la Politique européenne de sécurité et de défense, celui-ci constitue une importante contribution prospective au débat stratégique qui, sur la base du traité de Lisbonne, aura à nourrir la Politique commune de sécurité et de défense au cours des dix prochaines années. Préfacé par l'ancien Haut Représentant Javier Solana, ce livre - qui intègre, dans cette version révisée, les attentes qu'a fait naître l'adoption définitive du dernier traité - a pour objet de cerner les ambitions de l'Union en ces domaines et de discerner la manière dont elle pourrait les concrétiser, ce du point de vue à la fois des praticiens et des responsables politiques. Les thèmes explorés vont de la nature et de la portée géographique des missions à la création d'un marché européen de la défense en passant, entre autres, par les questions liées aux sources de la légitimité de cette politique, à la solidarité intra-européenne et aux relations avec l'Otan. Dans sa préface, le directeur de l'Institut pour les Études de sécurité, Alvaro de Vasconcelos, souligne que « multilatéraliser la multipolarité émergente » sera plus que jamais « l'ambition stratégique » à nourrir par l'Union, la marche du monde ne laissant pas le moindre choix à cet égard, pas même aux grands États membres. Du coup, l'Union devra rester une « puissance civile » avant tout, mais en se dotant d'une « capacité militaire » qui puisse lui éviter de prêcher dans le désert. Voilà qui lui imposera aussi, sous peine d'échec, de « parler d'une seule voix dans toutes les institutions internationales », y compris au sein de l'Otan qui, moins que jamais, ne peut « devenir ou même être vue comme une alliance de l'Occident contre le Reste » du monde. Dès lors, « le vieux paradigme transatlantique » doit se muer en « partenariat stratégique général » placé au service d'un multilatéralisme effectif, ce qui implique notamment, selon Nicole Gnesotto, que la relation de l'Union avec l'Otan cesse de favoriser la « stagnation » de la Politique européenne de sécurité et de défense. Pour les auteurs, avec Obama, les temps semblent propices à une telle évolution, mais il appartiendra aussi à l'Union de conduire sa Politique étrangère et de sécurité commune au-delà du statu quo actuel, de dépasser ses déficits en termes de cohérence et de capacités conjointes, sans compter qu'il lui faudra encore renforcer la légitimité de sa Politique en matière de sécurité et de défense. Autant de défis à relever qui constituent les « dix priorités » discernées par les auteurs. (PBo)

*** ERIC REMACLE, PASCALINE WINAND (sous la dir. de): America, Europe, Africa - L'Amérique, l'Europe, l'Afrique 1945-1973. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « European Policy / Cité européenne », n° 44. 2009, 329 p., 37,50 €. ISBN 978-90-5201-529-3.

Trop tôt disparu, Alfred Cahen s'est affirmé, dans la deuxième moitié du siècle précédent, comme l'un des diplomates belges les plus emblématiques. Son parcours dans la Carrière l'a plongé dans les dossiers qui étaient - et restent - au cœur des préoccupations de la Belgique: les relations avec les pays d'Afrique ayant été ses colonies, le Congo en tête, Cahen ayant été en poste à Kinshasa avant et après l'indépendance ; les relations transatlantiques ensuite ; la construction européenne enfin, en particulier sous l'angle de la lente émergence d'une Europe de la défense, tâche à laquelle il apporta sa pierre personnelle en devenant, en 1985, le secrétaire général de l'Union de l'Europe occidentale. Cet homme aussi vif d'esprit que courtois, « grand charmeur » impénitent, termina sa carrière comme ambassadeur de Belgique en France, tout en ne délaissant jamais les charges d'enseignement qui lui avaient été confiées par l'Université libre de Bruxelles. Cet ouvrage est précisément un hommage qu'ont voulu rendre deux de ses anciens étudiants à un homme qui, parce qu'il avait été « dans les tranchées de la politique internationale, là où elle se conçoit, là où elle est pensée, là où elle est faite », a durablement marqué les esprits, donné magistralement le goût et les clefs des grands dossiers des relations internationales. Après une mise en perspective du contexte général de l'époque par l'historien Pierre Gerbet, la première partie de l'ouvrage appréhende les principales dimensions des relations transatlantiques au cours de la période étudiée, avec les enjeux de la reconstruction de l'Europe d'après-guerre, le rôle qu'y ont joué les États-Unis, l'évolution du partenariat transatlantique au fil des administrations américaines de Truman à Nixon. Dans la deuxième partie du livre, ce sont les tentatives d'intégration militaire de l'Europe qui sont dépeintes, le Pr. Remacle y retraçant l'évolution de l'Union de l'Europe occidentale pendant la guerre froide, tandis qu'Evgeny Kuznetsov (Institut universitaire européen de Florence) éclaire les péripéties de la Force multilatérale et les difficultés de la création d'une Europe nucléaire. La dernière partie se focalise enfin sur « l'Afrique belge », l'historien Étienne Deschamps l'appréhendant notamment à la lumière du projet avorté de Communauté politique européenne dans la première moitié des années 50. (MT)

*** JEAN-CLAUDE WILLAME: La Guerre du Kivu. Vues de la salle climatisée et de la véranda. Éditions GRIP (Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité, 70 rue de la Consolation, B-1030 Bruxelles. Tél.: (32-2) 2418420 - fax: 2451933 - Courriel: admi@grip.org - Internet: http://www.grip.org ). Collection « Les livres du GRIP », n° 297-298. 2010, 172 p., 13,90 €. ISBN 978-2-87291-026-7.

De nature académique, cet ouvrage d'un professeur émérite de l'Université catholique de Louvain connu pour être l'un des grands spécialistes belges du Congo - et qui œuvre au sein de l'équipe de coordination « Afrique centrale » d'Amnesty International - permet d'appréhender la guerre au Kivu, et plus largement la situation en République démocratique du Congo et dans les pays voisins, sous une double grille de lecture inhabituelle: d'un côté, depuis « la véranda », c'est-à-dire ceux qui, sur le terrain, « petits ou grands agents de l'État et élites politiques, se battent pour leur survie, leurs salaires et les nouveaux droits acquis de ce qu'on appelle les dividendes de la paix » ; de l'autre, depuis « la salle climatisée » où se réunissent tous ceux qui, « fonctionnaires internationaux, bailleurs de fonds et hauts dirigeants politiques, obéissent aux mots d'ordre convenus sur la démocratie et la bonne gouvernance (que chacun pourra au besoin interpréter à sa façon) ». Pour ce qui est de ces derniers, l'auteur montre « les limites » de la « puissance moyenne » qu'est l'Union, au mieux connue en Afrique centrale comme simple « tiroir-caisse ». Si les élections congolaises de 2006 ont agi « comme premier moteur de l'action européenne », il n'en demeure pas moins, selon l'auteur, que « le terme démocratie ne répond d'aucune façon » à la réalité actuelle du Congo, l'Union ayant dû se contenter, comme les autres bailleurs de fonds, « de la mise en place d'artefacts institutionnels démocratiques », soit bien loin de « la nouvelle gouvernance » officiellement promue par les Vingt-sept. Avec le même esprit critique, l'auteur éclaire ensuite « les avatars de la mise en place d'une gestion de la conflictualité par l'Union », l'opération Artémis n'ayant été, par exemple, un succès que « par rapport à l'impuissance onusienne », des « uniformes français » ayant, en outre, exercé « un effet de dissuasion incomparablement plus évident que les Casques bleus ». Les ambigüités et limites des actions « européennes » ultérieures sont mises aussi crûment en évidence, l'auteur allant jusqu'à se demander si le recours à la force européenne n'aurait pas été « en définitive un jeu de dupes au sein de la salle climatisée ». (MT)

*** COLETTE BRAECKMAN (sous la dir. de): Congo 1960. Échec d'une décolonisation. Éditions GRIP (voir coordonnées supra) et André Versaille Éditeur (Internet: http://www.andreversailleediteur.com ). 2010, 156 p., 14,90 €. ISBN 978-2-87495-078-0.

Reprenant des textes rédigés dans les années 90 à l'exception de l'introduction que signe la journaliste Colette Braeckman, cet ouvrage est une initiative utile à l'heure toute proche du cinquantième anniversaire de l'indépendance de la République démocratique du Congo. Dans une première partie, les auteurs rappellent les origines de l'entreprise coloniale « belge », puis s'interrogent sur les forces qui l'ont régie et lui ont imprimé un caractère radicalement différent par rapport aux autres empires coloniaux de l'époque. Dans la deuxième partie, ils décrivent et expliquent le temps des turbulences qui a conduit le Congo à l'indépendance, mais aussi les imbroglios politiques et les affrontements multiples qui s'ensuivirent, à une époque où « la Belgique sembla jouer un double jeu tandis que l'ONU s'enlisait ». Depuis, le temps a fait son œuvre d'apaisement des passions, mais davantage en Belgique qu'au Congo lui-même où la référence au colonisateur reste psychologiquement très présente. Cet ouvrage est très utile en ce qu'il remonte aux sources des drames et difficultés vécus par le Congo, et qu'il en dit beaucoup, par conséquent, sur la Belgique. (MT)

*** DAMIEN HELLY (sous la dir. de): Post-2011 scenarios in Sudan: What role for the EU? European Union Institute for Security Studies (voir coordonnées supra). Collection « ISS Report », n° 6. 2009, 72 p..

Cette étude réalisée par un groupe d'experts est le fruit d'un projet de recherche lancé en 2008 par l'Institut de l'Union européenne pour les Études de sécurité en vue de cerner les scénarios possibles quant à l'avenir du Soudan. Quatre possibilités sont retenues: unité ou sécession forcées, unité ou sécession d'un commun accord. Les auteurs s'accordent sur le fait que la séparation entre les parties nord et sud du pays est inévitable et, pire, qu'elle ne sera probablement pas pacifique. C'est pourquoi l'analyse cherche à en anticiper les retombées éventuelles de manière à limiter au maximum les répercussions en Afrique et au Moyen-Orient, régions stratégiques dans le voisinage de l'Union. Pour les auteurs, celle-ci doit assumer, avec pragmatisme, la sécession du Sud, et ses efforts devraient viser à l'élaboration d'une stratégie de co-existence pacifique dans laquelle seraient inclus les pouvoirs africains et arabes, ainsi que les États-Unis. Émanant d'économistes et de politologues, les contributions - qui se basent sur les discussions provenant d'un séminaire tenu par l'Institut en juin dernier - attirent aussi l'attention sur le fait qu'en dépit des bonnes performances macroéconomiques affichées par le Soudan, la prévention et la gestion de conflits violents dans le pays seront nécessaires pour les décennies à venir. (NDu)

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