La découverte. Quelque chose bouge. Ici ou là, on commence à admettre que le résultat le plus significatif de la Déclaration du 25 mars des chefs d'État et de gouvernement des pays de la zone euro est la décision de donner enfin naissance à la gouvernance économique de cette zone et d'avoir défini dans ce but quelques principes, un instrument d'étude et une procédure. Un certain nombre de commentateurs découvrent enfin cet aspect. Je cite à titre d'exemple Sergio Romano, ancien ambassadeur, collaborateur de plusieurs journaux européens, qui, dans sa rubrique du « Corriere della Sera », a écrit: « L'aspect le plus prometteur de l'accord de Bruxelles est peut-être la volonté de rendre plus efficace et coordonnée la gouvernance économique de l'UE. » Des personnalités jouant un rôle de premier plan dans la vie communautaire vont dans le même sens. Maria João Rodrigues réclame des « puissants mécanismes de coordination et de régulation économique et sociale » et « un mécanisme crédible de solidarité et de supervision des finances publiques nationales ». Le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, a déclaré dans une allocution devant le Parlement roumain: « Nous ne pouvons pas avoir une monnaie unique sans politiques économiques coordonnées (…) La régulation et la supervision ne suffisent pas. »
L'exigence de la gouvernance commune est d'autant plus ressentie que, d'après les indications disponibles, les marchés financiers ne répondent pas de la manière souhaitée aux besoins de la Grèce en continuant à exiger des taux d'intérêt excessifs ; ceci signifie que les mécanismes d'intervention envisagés - prêts du FMI et des États membres - devront vraisemblablement être utilisés. Mais les interprétations de cet aspect opérationnel de la « déclaration » divergent. La Grèce pourrait-elle demander que le mécanisme de soutien FMI/États membres soit déclenché si le marché lui impose des taux d'intérêt insoutenables ? Ou bien faut-il constater une panne totale d'acheteurs de ses émissions? Et quel taux d'intérêt serait pratiqué pour les prêts des États membres ? Les textes autorisent des interprétations différentes. Ces évolutions et incertitudes rendent de plus en plus urgente et indispensable la gouvernance économique de la zone euro afin de dépasser le stade actuel de coordination faible ou inexistante et de règles non respectées.
C'est pourquoi l'importance de la partie finale de la « déclaration » du 25 mars commence à être découverte. Mais les conclusions des observateurs sont loin d'être uniformes et un certain scepticisme apparaît.
Trois tendances. Le scepticisme prend plusieurs formes. Trois tendances dominent.
La première consiste à critiquer sévèrement le comportement de l'Allemagne par rapport à ce qu'avait été en son temps, dans des circonstances comparables, l'inspiration européenne de Helmut Schmidt et Helmut Kohl. L'attitude d'Angela Merkel aurait été dictée par des considérations purement nationales, à la fois électorales (échéances régionales prochaines) et économiques. Le résultat de sa politique est parfois défini comme une victoire empoisonnée pour l'économie allemande, car l'austérité imposée aux pays coupables de laxisme obligera ceux-ci à réduire radicalement les importations en provenance de l'Allemagne elle-même, en compromettant l'élément essentiel de sa santé économique.
Selon la deuxième tendance, la solution dessinée dans la déclaration du 25 mars ne serait pas réaliste. L'assainissement des finances grecques en trois ans est impossible, car le poids des intérêts (qu'ils soient ceux du marché ou ceux des prêts non subventionnés des États membres) ne permettrait pas de réduire radicalement le déficit budgétaire annuel. Afin que l'austérité réclamée soit efficace, il faudrait soustraire aux États membres fautifs la maîtrise de leurs finances publiques, ce qui impliquerait que l'UE devienne un État fédéral qui aurait aussi la faculté d'imposer à l'Allemagne l'expansion de sa demande interne. Ce ne sont pas des évolutions prévisibles, ce qui amène un certain nombre d'économistes à prévoir l'échec du redressement grec.
La troisième thèse est encore plus radicale: elle conteste la viabilité même de la zone euro, en estimant que les États participants n'ont pas l'homogénéité politique, sociale, culturelle et économique nécessaires. Les différences de mentalité imposent des adaptations monétaires périodiques: en clair, des dévaluations. L'absence d'élasticité a provoqué des incompréhensions et des accusations réciproques parfois très désagréables. Selon cette thèse, la Grèce ne peut que sortir de l'euro, dans la perspective de dévaluer ensuite radicalement sa monnaie nationale rétablie. D'autres pays de la zone euro seraient ensuite obligés d'en faire autant, les premiers visés par les commentateurs sceptiques étant ceux de la péninsule ibérique.
Ces trois positions ont un défaut: elles négligent les répercussions de ce qu'elles prévoient. Dénoncer les faiblesses, c'est utile. Mais quelles seraient les alternatives ? Cette rubrique y reviendra demain.
(F.R.)