*** MICHEL NKOTI BOHOLE: L'Afrique… Quelles institutions pour demain ? L'Harmattan (5-7 rue de l'Ecole polytechnique, F-75005 Paris. Tél.: (33-1) 40467920 - fax: 43258203 - Courriel: diffusion.harmattan@wanadoo.fr - Internet: http://www.librairieharmattan.com ). 2009, 229 p., 22 €. ISBN 978-2-296-07813-0.
Œuvre d'un historien ayant passé sa carrière à enseigner l'histoire économique et sociale au Cameroun, cet ouvrage est, pour un lecteur européen, à la fois réconfortant et frustrant. Réconfortant parce que, par-delà les frontières physiques de continents, il donne raison aux "pères fondateurs" de l'intégration européenne qui, voici près de soixante ans, quelques années à peine après la Deuxième Guerre mondiale, ont eu l'audace et le courage visionnaires d'engager six États, souverains mais exsangues, à innover de manière révolutionnaire afin de se bâtir un avenir commun, un avenir pacifique à défaut d'avoir toujours été, à ce jour, prospère pour tous les citoyens de cette portion de continent. Le message que Michel Nkoti Bohole adresse tout particulièrement aux jeunes d'Afrique est de la même essence: il faut, écrit-il, "aller vers les États-Unis d'Afrique, pour en finir avec l'actuelle Afrique des coups d'État, de la misère, de la maladie, de la pauvreté et de la mendicité". Pour l'auteur, "la solution passe par l'union politique réelle et totale du continent", seule manière, à ses yeux, de garantir un jour, le plus vite possible, le "triomphe de l'État de droit, d'un régime complètement démocratique, d'un pays bien administré" à l'échelle du continent africain tout entier.
Cette vision relève-t-elle de la pure utopie ? Sans doute… mais tout comme l'étaient les rêves de tous ceux qui, sur le continent européen, ont rêvé d'un rassemblement, sous une forme ou sous une autre, des pays d'Europe avant que se produise, enfin, la rupture radicale avec le passé initiée par Monnet et Schuman! Non, en réalité, si l'ouvrage est frustrant aussi, c'est parce que son auteur ne tient nullement compte de ce précédent historique, le seul pourtant qui permettrait aux Africains de prendre en mains leur destin en toute connaissance de cause - et des difficultés à surmonter sur ce type de parcours. Son modèle est celui, abouti, d'États fédéraux comme le Canada et les États-Unis d'Amérique, avec un régime présidentiel qu'incarnerait, un jour, un Obama pleinement d'Afrique, Kadhafi étant, à ses yeux, "celui qui semble le plus à même d'impulser cette énergie pour aller de l'avant" vers la fédération. Essentiellement françaises, les sources sur lesquelles s'appuie l'auteur font l'impasse sur les enseignements à tirer de la construction européenne. Du coup, l'ouvrage perd beaucoup de sa pertinence et s'égare souvent dans des considérations sur la manière de s'attaquer aux divers maux africains qui relèvent de l'exposé philosophico-académique davantage que du projet politique. Il reste, au final, un appel du cœur et de la raison à entendre et à méditer par ceux qui ont un autre rêve pour l'Afrique.
Michel Theys
*** VAIVA BERNOTAITE: Entwicklungspolitik und Zusammenarbeit der Europäischen Gemeinschaft (EG) mit den Staaten der Gemeinschaft unabhängiger Staaten (GUS). Peter Lang (1 Moosstrasse, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Schriften zum Europa- und Völkerrecht und zur Rechtsvergleichung", n° 23. 2007, 190 p.. ISBN 978-3-631-56166-9.
Présentée par une jeune Lituanienne à l'Université Johan Wolfgang Goethe à Francfort, cette thèse se présente comme une analyse historique et critique des politiques d'aide au développement et de coopération poursuivies par la Communauté européenne depuis le Traité de Rome. Elle propose une analyse approfondie des finalités de l'action européenne et du cadre institutionnel dans lequel cette action a été poursuivie. Comme le souligne l'auteur à diverses reprises, il faut bien reconnaître que les résultats obtenus au fil des années ne sont pas toujours convaincants. L'analyse est ensuite appliquée aux nouveaux programmes d'aide proposés par l'Europe pour les nouveaux pays indépendants qui sont issus du démantèlement de l'Union soviétique dans les années 90 et qui soulèvent toute une série de problèmes, en raison même de la difficulté de savoir quelles sont en fait les finalités poursuivies. Les conclusions qu'en tire l'auteur ne sont d'ailleurs pas très positives. L'impact que les politiques poursuivies ont en réalité sur le développement de ces pays n'est pas très facile à déterminer. Est-ce un manque de politique extérieure claire ? Est-ce la difficulté pour l'Europe à se situer de façon forte par rapport à la Russie, laquelle joue son propre rôle dans cette entreprise ? Les conclusions soulèvent plus de questions que de réponses. Aussi, cette lecture très enrichissante force le lecteur à réfléchir.
(GFr)
*** LUCA RATTI: Britain, Ost- and Deutschlandpolitik, and the CSCE (1955 - 1975). Peter Lang (voir coordonnées supra). 2008, 268 p., 46,40 €. ISBN 978-3-03911-764-2.
Cet ouvrage traite de la période de la détente, des relations entre la République fédérale d'Allemagne et l'Union soviétique, ainsi que, en particulier, de l'attitude britannique par rapport à ces relations. L'Ostpolitik allemande était perçue par l'élite britannique comme une contribution fondamentale à la détente mais aussi comme un risque réel pour l'engagement de la République fédérale par rapport à l'Ouest et, surtout, comme une menace pour les intérêts de la Couronne si les deux Allemagnes venaient à s'unifier. Cependant, l'Ostpolitik et la Deutschlandpolitik étaient de nature à ouvrir une brèche dans le rideau de fer et à fragiliser la cohérence du bloc soviétique à travers le concept d'autodétermination revendiqué par l'Allemagne de l'Ouest et mis en avant lors de ses négociations avec le bloc de l'Est. La Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe, avec l'introduction des droits de l'homme, le prouva, tant sont patentes les implications qu'elle a eues pour le bloc soviétique et ses relations postérieures avec ses satellites. Luca Ratti, historien des relations internationales qui enseigne à l'Université Roma Tre et à l'Université Américaine de Rome, examine les agissements britanniques au cours de cette période en se basant sur de nouvelles archives de l'époque, en plus de celles déjà connues. Il compare de manière détaillée les archives d'Allemagne de l'Ouest et de Grande-Bretagne afin de mettre à jour les aspects moins connus de l'attitude britannique sur la "question allemande" et relève les problèmes auxquels ont été confrontés les décideurs britanniques pour garder un bon contact avec la République fédérale, même s'ils voyaient d'un mauvais œil la réunification allemande sur le long terme.
(NDu)
*** ANNEGRET BENDIEK, HEINZ KRAMER: Die EU als globaler Akteur. Unklare "Strategien", diffuses Leitbild. Stiftung Wissenschaft und Politik (Institut für Internationale Politik und Sicherheit, 3-4 Ludwigkirchplatz, D-10719 Berlin. Tél.: (49-30) 88007-0 - fax: 88007-100 - Courriel: swp@swp-berlin.orge - Internet: http: //http://www.swp-berlin.org ). Collection "SWP-Studie", n° 12. 2009, 24 p..
Le rôle international de l'Union européenne continue à susciter beaucoup de questions. La force économique de l'entité formée par les Vingt-sept ne s'est pas encore aujourd'hui traduite en termes politiques malgré un réseau de relations interrégionales et de partenariats privilégiés avec un nombre important de pays issus de divers continents. D'après la Stratégie européenne de sécurité publiée à la fin 2003, un ensemble d'initiatives fait partie de la stratégie de l'Union pour une nouvelle gouvernance globale. Les auteurs de cette étude analysent le sens et la nature de ces initiatives, ainsi que les intérêts stratégiques de ces dernières. De plus, ils présentent le rôle que jouent les États membres dans les alliances que tisse l'Union. Ils reviennent aussi sur les paradigmes de "pouvoir civil" et de "pouvoir normatif". Tout en expliquant les difficultés de la politique étrangère de l'Union et les critiques qui peuvent être faites au sujet de cette dernière, les auteurs présentent les exigences que devra rencontrer la future politique étrangère européenne.
(JD)
*** ROXANA BOBULESCU: Les années Ceaucescu. Récit d'une adolescente en Roumanie. L'Harmattan (voir coordonnées supra). 2009, 134 p., 13 €. ISBN 978-3-296-10100-5.
Ce livre très personnel, truffé d'histoires vécues, est celui d'une adolescente qui raconte sa Roumanie socialiste des années 80, sous la férule des Ceaucescu. Elle y dresse le portrait-type de la "Camarade" de l'époque, y décrit la vie au jour le jour d'une jeunesse qui, assoiffée de liberté, s'en entrouvre les portes par les succès à l'école, quitte à frayer avec l'Union des Jeunes Communistes pour mettre tous les atouts professionnels de son côté. La propagande du régime, les pénuries de toutes sortes, les projets pharaoniques, mais également la débrouille et la culture roumaines sont autant de sujets abordés comme dans un journal intime, ce qui éclaire le quotidien d'un peuple qui, sous la dictature, continuait à vivre et à espérer en rêvant à un "monde capitaliste merveilleux", de familles qui rêvaient "d'abondance, en couleurs", de parents qui écoutaient en cachette Radio Europa Liberta "comme les Français écoutaient la BBC et attendaient le libérateur De Gaulle"... Cette visite guidée dans la Roumanie népotique du Conducator aide à comprendre le joug qui pesait sur le peuple roumain et, plus encore, l'ingéniosité élégante dont il a fait preuve pour s'en sortir.
(MT)
*** JOVICTORIA NICHOLSON-GOODMAN: Autobiography of a democratic Nation at Risk. The Currere of Culture and Citizenship in the Post-9/11 American Wilderness. Éditions Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Complicated Conversation », n° 26. 2009,264 p., 21,20 €. ISBN 978-1-4331-0144-1.
Ce très bel ouvrage emmène le lecteur dans un voyage à travers la psyché américaine post-9/11 et dresse l'état des lieux d'une nation qui se serait subrepticement laissé entraîner sur une pente inquiétante. En étendant l'outil biographique de l'échelle individuelle à l'échelle nationale, JoVictoria Nicholson-Goodman, qui enseigne les sciences sociales à Penn State Harisburg, y pose une question douloureuse pour nombre de citoyens américains: « Qui sommes-nous en tant que nation ? » Pour décrire la « nouvelle sauvagerie américaine » qu'elle perçoit, elle analyse, dans un premier temps, les événements depuis les élections de 2000 jusqu'à l'avènement de la guerre en Irak, parlant d'une société désorientée, en proie au doute et à la méfiance envers une classe dirigeante autocratique et menteuse qui, sous couvert de discours nationalistes triomphants, s'emploie à asseoir le pouvoir d'une minorité radicale sur le plan non seulement domestique mais aussi international. Selon l'auteur, trois ondes de choc - l'imbroglio électoral de 2000, l'événement des tours jumelles et les révélations multiples d'abus de pouvoir et autres violations des droits de l'homme de la part de l'exécutif - ont heurté la sensibilité démocratique d'un large pan d'une population qui se pose de plus en plus de questions sur ce qui s'est réellement passé aux États-Unis sous l'ère Bush. Dans la deuxième partie, JoVictoria Nicholson-Goodman s'interroge sur la capacité du système éducatif américain à pouvoir encore éduquer à la démocratie face aux manipulations répétées des médias, aux campagnes de désinformation et à la perte de pouvoir qui menace le système politique. Selon elle, l'érosion et la manipulation de la sphère publique, l'incapacité du public à être et rester informé, la transformation de la politique en showbiz et la juxtaposition de reportages majeurs avec d'autres ayant essentiellement une valeur divertissante ont de plus contribué à une minimisation de la compréhension des enjeux. Dans ce contexte, elle s'interroge sur la manière d'enseigner aux jeunes générations à penser à propos de leur société, du monde, de la démocratie et de ses idéaux, et surtout à propos de leur identité nationale, en clair sur "qui nous disons que nous sommes". Dans la dernière partie, elle examine le schisme qui se serait créé dans la société américaine à travers l'analyse de plusieurs documents qui, parus pour la plupart dans les seize mois ayant suivi le 11 septembre 2001, illustrent les dérives inquiétantes de la Maison Blanche. L'ouvrage se conclut par quelques réflexions et idées sur les possibles voies à suivre, l'auteur y soulignant finalement la nécessité d'explorer la théorie de gouvernement autoritaire formulée en Allemagne avant l'émergence du Troisième Reich.
(NDu)
*** JERÔME LAMBERT: Vers un accord euro-méditerranéen d'association entre l'Union européenne et la Syrie. Commission des Affaires européennes de l'Assemblée nationale (Boutique de l'Assemblée nationale, 7 rue Aristide Briand, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 40630033 - Internet: http://www.assemblee-nationale.fr ). Collection "Rapport d'information", n° 1842. 2009, 27 p., 3,50 €. ISBN 2-11-125459-6.
Dans ce bref Rapport d'information, un député français défend la signature - longtemps reportée en raison de la situation au Liban, entre autres - de l'accord d'association euro-méditerranéen entre l'Union et la Syrie en ce qu'il offre à celle-ci une « chance unique de transformation » en termes de modernisation économique, de démocratisation et de contribution à la stabilisation de la région.
(PBo)
*** YADH BENACHOUR, JEAN-ROBERT HENRY, ROSTANE MEHDI (sous la dir. de): Le débat juridique au Maghreb. De l'étatisme à l'État de droit. Éditions Publisud (15 rue des Cinq-Diamants, F-75013 Paris. Tél.: (33-1) 45807850 - fax: 45899415 - Courriel: publisud.editions@cegetel.net - Internet: http://www.editionspublisud.hautetfort.com ). 2009, 403 p., 39,90 €. ISBN 978-2-86600-696-9.
D'éminents juristes venus des deux rives de la Méditerranée rendent hommage, dans et par ce très bel ouvrage, à leur collègue et ami Ahmed Mahiou qui, aujourd'hui à la retraite, a consacré une très grande partie de son activité d'enseignant et de ses travaux scientifiques à la consolidation du droit international et à la promotion de l'État de droit, ce qui l'a notamment amené à défendre inlassablement l'idée, ainsi que le rappellent les coordinateurs du livre dans leur introduction, que « la souveraineté ne pourrait (ne devrait ?) jamais plus être conçue comme absolue ». Les auteurs réunis dans ces pages privilégient toutefois une autre facette des préoccupations de l'ancien doyen de la Faculté de droit et des sciences économiques d'Alger, à savoir sa participation active au débat juridique maghrébin, eux qui brossent un tableau très rigoureux de l'évolution des questions de recherche juridique au Maghreb depuis les indépendances, et des tensions et enjeux qui travaillent encore aujourd'hui le champ juridique maghrébin. La première partie de l'ouvrage est consacrée aux chantiers juridiques de la décolonisation, la deuxième l'étant aux « méandres de l'État de droit » dans son pays (qui l'a privé de son Université en y proscrivant le français) et chez ses voisins.
(MT)