Les ministres des Affaires étrangères des États membres de l'UE se retrouveront lundi 15 juin à Luxembourg pour un Conseil portant, comme c’est devenu une habitude, sur la situation en Ukraine et au Moyen-Orient. Les relations avec la Chine seront également abordées.
Ukraine. Les ministres débattront de la guerre d'agression menée par la Russie contre l'Ukraine, après un échange de vues informel avec leur homologue ukrainien, Andrii Sybiha, par vidéoconférence.
Le Conseil devrait adopter des sanctions à l’encontre de 70 personnes et entités : 54 impliquées dans la violation de l’intégrité territoriale de l’Ukraine – liées au complexe militaro militaire et à la 'flotte fantôme', 16 liées à l’empoisonnement de l’opposant politique Alexeï Navalny et 11 (dix personnes et une entité) liées aux menaces hybrides de la Russie, dont des propagandistes, des journalistes et un membre du clergé.
Le Conseil devrait aussi discuter de la proposition de la Commission, présentée le 9 juin, concernant le 21e paquet de sanctions (EUROPE 13884/1). Plusieurs diplomates ont espéré une adoption rapide, soit avant la fin du mois ou lors du Conseil du 13 juillet.
Le soutien militaire à Kiev, notamment l’utilisation des 6,6 milliards d’euros débloqués par la Hongrie de la 'Facilité européenne pour la Paix', pourrait en outre être l'objet des discussions (EUROPE 13883/15). Alors que les fonds étaient initialement prévus pour rembourser les États membres d’équipement envoyés en Ukraine, la Haute Représentante, Kaja Kallas, a proposé qu’une partie des fonds finance de nouveaux achats communs (1 milliard d'euros) et les opérations de la mission d’assistance militaire (EUMAM) en Ukraine (900 millions). La période couverte par le remboursement - seulement la période jusqu’au blocage d’août 2024 ou jusqu’à maintenant - est aussi au cœur des débats.
Les ministres pourraient également poursuivre la discussion du Gymnich sur les messages de l’Europe à l’égard de la Russie si un dialogue devait être engagé (EUROPE 13876/14). La lutte contre l’influence russe dans les pays tiers et en particulier en Afrique pourrait être évoquée.
Moyen-Orient. Le Conseil discutera du Moyen-Orient et des moyens de parvenir à un apaisement des tensions et à une solution diplomatique. À l’heure de notre bouclage, des discussions semblaient toujours en cours entre Washington et Téhéran sur un accord de paix.
La liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz et la possible utilisation de l’opération ASPIDES pour maintenir cette liberté, une fois les conditions réunies, seront aussi abordées.
Jeudi, la Haute Représentante de l’UE s’était entretenue avec le ministre iranien Affaires étrangères, Abbas Araghchi, mais aussi avec le ministre koweïtien des Affaires étrangères, Cheikh Jarrah Jaber Al-Ahmad Al-Sabah. « Les attaques répétées contre les pays du Golfe et leurs infrastructures critiques sont inacceptables. Un retour à une guerre ouverte aurait des conséquences désastreuses pour toute la région. La voie diplomatique demeure la meilleure solution pour sortir de ce conflit », a-t-elle souligné sur X. Les ministres devraient aussi débattre de la coopération avec les pays du Golfe.
Ils devraient aussi revenir sur le Proche-Orient, que ce soit la situation, notamment humanitaire, à Gaza ou en Cisjordanie, avec la poursuite de l’extension des colonies israéliennes. Le Conseil devrait se pencher sur la possibilité de sanctions à l'encontre des ministres extrémistes Itamar Ben Gvir, dont le comportement envers des militants d’une flottille pour Gaza a été qualifié d’inacceptable, et Bezalel Smotrich. Bien qu’un nombre croissant d’États membres pourraient accepter de telles mesures, l’unanimité requise n’est pas atteinte, la République tchèque, notamment, semblant opposée à une telle décision.
Plusieurs États membres devraient demander une nouvelle fois à l’UE de proposer des mesures concernant les produits issus des colonies israéliennes. Malgré plusieurs demandes, la Commission européenne n’a toujours pas fait de proposition en ce sens. Si c’était le cas, selon le service juridique du Conseil, une majorité qualifiée serait suffisante, en vertu des règles de la Politique commerciale commune. La Commission estimerait que cela reste du domaine de la Politique étrangère et de sécurité commune et requiert donc l’unanimité. « Le point de départ de la discussion est une interdiction totale (des produits). Comment le faire ? Sur quoi se base la proposition et quelle base juridique utilise-t-on ? Cela doit être discuté », a expliqué un haut fonctionnaire européen.
Plusieurs diplomates ont précisé ne s’attendre à aucune grosse avancée lors du Conseil de lundi.
La situation au Liban sera abordée. Au-delà des aspects humanitaire et diplomatique, les Européens, qui viennent d’adopter une mesure de 100 millions d’euros dans le cadre de la 'Facilité européenne pour la paix' pour aider les forces armées libanaises (EUROPE 13877/25), devraient discuter du soutien supplémentaire qu’ils pourraient apporter à l'État libanais.
Chine. Les relations avec Pékin seront également au cœur du Conseil, avec un accent sur la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC). Les ministres discuteront également de stratégies pour réduire la dépendance des industries de défense européennes vis-à-vis des chaînes d'approvisionnement et des acteurs économiques chinois.
En outre, il est « désormais confirmé » que la Chine a formé des soldats russes actuellement déployés sur le front ukrainien, a communiqué un diplomate européen. Face à cette participation directe à l'agression russe et aux risques d’escalade en Asie de l’Est, Mme Kallas devrait à nouveau souligner l’importance de « l’unité de l’Union européenne » pour faire face à Pékin et préserver la sécurité du continent.
Des points rapides pourraient être faits sur la succession de Christian Schmidt au poste de Haut Représentant en Bosnie-Herzégovine (EUROPE 13886/19) et sur l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo, après le déplacement de la commissaire européenne Hadja Lahbib sur place (EUROPE 13884/28).
Arménie. Avant le Conseil, les ministres s’entretiendront, à l’occasion d’un petit déjeuner, avec leur homologue arménien, Ararat Mirzoyan. Ils feront le point sur les relations entre l'UE et Erevan, quelques jours après le sommet bilatéral et les élections législatives qui ont confirmé la volonté des Arméniens de se rapprocher de l’UE (EUROPE 13860/8, 13884/24). Les ministres discuteront du soutien de l’UE au pays, qui fait face à des représailles de la Russie (EUROPE 13881/20), y compris de la nouvelle mission de partenariat de l’UE, dont le lancement est prévu pour juillet. La poursuite des négociations de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan pourrait être mentionnée.
Égypte. À l’issue du Conseil, le 11e Conseil d’association UE-Égypte permettra de faire le point sur la mise en œuvre du partenariat stratégique et global UE-Égypte, lancé en mars 2024 (EUROPE 13373/6) et examinera les moyens de renforcer encore la coopération bilatérale. Les deux parties discuteront en outre de questions mondiales d'intérêt commun et de la situation régionale.
Élargissement. Enfin, la journée se conclura par deux conférences intergouvernementales avec l’Ukraine et la Moldavie, lors desquelles le premier groupe de chapitres de négociation d’adhésion des pays, portant sur les fondamentaux, serait ouvert. (Camille-Cerise Gessant)