Une « guerre de religion » ? La controverse sur le comportement des banques et sur le régime à leur imposer a presque pris une allure de guerre de religion, non seulement dans les milieux concernés et de la part des commentateurs mais aussi chez les autorités politiques qui définissent des orientations ou qui doivent prendre des décisions. Dans l'UE, les critiques contre les banques de la part, par exemple, du président français Nicolas Sarkozy ou du ministre italien Giulio Tremonti ont souvent un ton très vif, et les mesures qu'ils préconisent sont radicales. Et ils ne sont pas les seuls, sans parler de certains mouvements politiques. Le contenu des mesures préconisées est parfois très complexe, et il est malaisé d'en saisir la portée et les nuances pour qui n'a pas une culture spécifique ; quorum ego, c'est-à-dire que je me situe a priori parmi les non initiés. Les considérations qui suivent s'adressent donc à ceux qui ne sont pas spécialistes.
Je crois qu'il est possible de résumer l'essentiel en deux phrases: certaines autorités estiment que les banquiers devraient renoncer totalement aux manœuvres purement financières qui ont enrichi leur auteurs dans des proportions souvent inadmissibles et provoqué en définitive les désastres qu'on sait ; en revanche, la plupart des banques réclament la liberté d'agir à leur guise, éventuellement avec des règles renforcées, du moment qu'elles renoncent à l'aide publique dont elles ont si largement bénéficié pour surmonter la crise. Il n'est donc pas seulement question de règles, de précautions et de limites à introduire à l'égard des bonus extravagants, mais de savoir si l'activité bancaire doit être contrainte à revenir pour l'essentiel au rôle prioritaire qui est le sien de recueillir l'épargne pour financer les activités productives, ou au contraire s'il doit leur être permis de relancer les spéculations et autres manœuvres qui enrichissent quelques-uns sans aucun avantage pour l'économie générale. Je n'ai pas repris ce concept dans des textes révolutionnaires ni chez des mouvements politiques extrémistes. Ni M. Sarkozy ni M. Tremonti déjà cités ne sont considérés comme des révolutionnaires d'extrême gauche ; et la description la plus négative de l'activité financière spéculative, je l'ai entendue dans un discours de Valéry Giscard d'Estaing, qui a assimilé cette activité à la création de fausse monnaie. Rien ne distingue, à son avis, l'activité de certains banquiers de celle des faussaires qui fabriquent des faux euros ou des faux dollars. Et qui voudraient recommencer !
Pour des principes communs. Les positions des États membres ne sont pas uniformes, ce qui est compréhensible car l'activité financière a un poids différent d'un pays à l'autre, d'une ville à l'autre. Mais Mme Merkel. M. Sarkozy et M. Brown sont parvenus à définir des principes qui devraient, à leur avis, constituer le « message fort et commun » de l'UE au prochain sommet du G 20 à Pittsburgh. Ils invitent à définir une organisation des marchés financiers rendant impossible une nouvelle crise, en transformant en règles obligatoires un certain nombre de principes en matière de: rémunérations dans le secteur financier ; gouvernance ; transparence ; activités de spéculation ; contre-mesures à l'égard des pays non coopératifs, à mettre en œuvre à compter de mars prochain. Les mesures indiquées doivent être accompagnées d'une nouvelle coopération économique mondiale, impliquant la réforme rapide du FMI et de la Banque mondiale.
La plupart des banques réclament l'autonomie. Les milieux bancaires ont évité de former un véritable barrage contre les réformes indiquées, mais leur attitude, notamment aux États-Unis mais aussi dans l'UE et ailleurs, revendique en pratique l'autonomie en matière de pratiques financières et de rémunérations.
Dans le but de reconquérir cette autonomie, plusieurs établissements bancaires sont en train de restituer aux États les soutiens financiers dont ils avaient bénéficié, ou se proposent de le faire. La vigilance publique sur leur comportement serait, à leur avis, incompatible avec les principes de l'économie de marché. Les raisons d'une vigilance spécifique. La réponse des autorités des pays favorables au maintien et au renforcement des contrôles peut se résumer en un principe: les garanties et les soutiens que les États ont fournis aux banques afin d'éviter leur faillite justifient une vigilance qui serait impensable dans d'autres domaines où les entreprises sont libres de faire faillite, disparaissent si elles sont mal gérées. La faillite des grandes banques entraînerait des conséquences inacceptables à la charge des épargnants et des populations en général, et les autorités ainsi que les organismes publics (comme la BCE, Banque centrale européenne) se sont précipités à leur secours pour l'éviter: c'est une situation spéciale qui justifie une vigilance spéciale. Une tendance existe d'ailleurs à corriger les dimensions excessives de certaines banques qui en rendent en pratique impossible la faillite en raison des répercussions qu'elle entraînerait: selon cette thèse, les banques trop gonflées devraient être démantelées en séparant en branches leurs différentes activités.
(F.R.)