Irlande: alerte opportune. Les institutions européennes sont en train de préparer activement les décisions qui permettront à l'UE d'améliorer son fonctionnement et de relancer son activité, grâce notamment au Traité de Lisbonne. Or, ce traité demeure lié au résultat du référendum qui se déroulera d'ici trois semaines en Irlande. Les organes d'information ont fait état d'un sondage récent selon lequel l'appui des citoyens irlandais au « oui » aurait baissé, tout en restant nettement supérieur à celui des « non ». Je crois que cette mise en garde est opportune, car l'excès de confiance dans un résultat positif risquerait de réduire la motivation des Irlandais convaincus de la nécessité pour leur pays de rester solidement et définitivement ancré à l'Union européenne. Les citoyens favorables à cet ancrage étaient très largement majoritaires même au moment du premier référendum, toutes les analyses l'ont prouvé. Les « non » avaient prévalu (par 54 905 voix) à cause de malentendus ou de mensonges, qui ont été ensuite clarifiés. Dans les quelques jours de campagne électorale qui subsistent, les citoyens irlandais devraient être clairement informés du fait que la possibilité de clarifications ultérieures n'existe pas. L'UE ne dispose pas de formules de rechange et si le Traité de Lisbonne était enterré la formule du « noyau dur » serait sans doute relancée: un certain nombre d'États membres prendraient l'initiative d'avancer entre eux sur la voie de l'intégration, les autres restant en marge.
Parmi ces derniers se situerait l'Irlande, à qui la crise financière a montré une fois de plus à quel point la solidarité communautaire lui est indispensable. Mais je crois que la mise en garde du dernier sondage sera en définitive bénéfique, et que le résultat du référendum sera assez largement positif.
Innovations institutionnelles. Le bouillonnement d'initiatives auquel on assiste depuis le début de ce mois-ci se fonde donc sur l'hypothèse que le Traité de Lisbonne entre en vigueur au début de l'année prochaine. Les innovations institutionnelles seront logiquement les premières à être introduites, car il reviendra aux institutions renforcées et révisées de mettre en œuvre ensuite, de façon progressive, les politiques communes approfondies et les autres innovations. La Présidence suédoise du Conseil a annoncé l'intention d'associer le Parlement européen à la désignation du futur président stable du Conseil européen ainsi que du nouveau Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité, et de préparer, immédiatement après le référendum irlandais, le cadre du futur service diplomatique européen (voir notre bulletin n° 9967).
L'erreur de M. Cohn-Bendit. Pour le moment, l'attention est concentrée sur la nomination du futur président de la Commission européenne. Une décision rapide est opportune, et tant pis si elle doit être prise sur la base du Traité de Nice, qui reste en vigueur. Je crois que Daniel Cohn-Bendit se trompe, lorsqu'il s'efforce de s'opposer à une décision rapide en affirmant qu'il est absurde, voire même illégal, de nommer le président sous le Traité de Nice et la Commission dans son ensemble sous le traité nouveau ; il se trompe car, de toute manière, le Traité de Lisbonne n'entrera pas en vigueur tout de suite après le référendum irlandais, mais au plus tôt en janvier 2010. Il faudrait alors attendre l'année prochaine pour former la nouvelle Commission, ce qui serait très préjudiciable pour l'efficacité du fonctionnement de l'UE dans les prochains mois (plusieurs commissaires ont déjà démissionné, d'autres se préparent à le faire).
M. Barroso précise… Il faut donc aller de l'avant. Les auditions du président désigné à l'unanimité par les chefs d'État ou de gouvernement sont en cours et à une exception près (celle du groupe des Verts) elles ne sont pas ouvertes au public, Mais nos lecteurs trouveront comme d'habitude dans notre bulletin toutes les informations utiles sur les positions des différents groupes et des parlementaires qui se seront exprimés. De son côté, M. Barroso multiplie les indications et explications de son programme. Lors du débat de lundi organisé par le Centre for European Studies, après l'allocution résumée dans notre bulletin d'hier, en répondant aux questions des participants, il s'est notamment exprimé sur deux points:
a) budget communautaire. Selon Onno Ruding, ancien ministre néerlandais des Finances, si les dépenses de l'UE augmentent dans certains secteurs, elles devront diminuer dans d'autres, car plusieurs États membres s'opposent à une augmentation globale. M. Barroso a refusé de parler de chiffres ; il faudra d'abord définir les objectifs et ensuite prévoir les crédits appropriés pour les atteindre.
b) importance du président stable du Sommet. La rotation semestrielle est nuisible. M. Poutine a déjà eu comme interlocuteurs quatre présidents ; il en sera de même pour M. Obama. M. Barroso a indiqué avoir constaté que les présidents du Conseil européen n'ont pas toujours porté le même message à leurs interlocuteurs. La présidence stable est nécessaire pour éviter des situations embarrassantes. (F.R.)