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Bulletin Quotidien Europe N° 9814
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La Présidence tchèque doit prendre acte que l'UE est une réalité politique

Les petits pays ont besoin d'une Europe forte. Les événements en cours (conflit dans la Bande de Gaza, interruption des fournitures de gaz russe à l'UE à travers l'Ukraine) ont vraisemblablement convaincu les autorités tchèques que leur conception initiale de la Présidence du Conseil était inappropriée. Ils s'étaient surtout préparés à faire avancer les trois grands dossiers préexistants: a) réforme des marchés financiers, mise en œuvre du plan de relance économique, préparation du Sommet du G 20 ; b) progrès dans la création du marché intérieur de l'énergie et dans les relations avec les pays tiers fournisseurs ; c) lancement du « partenariat oriental » de l'UE avec Ukraine, Géorgie, Moldova, Bélarus, Arménie et Azerbaïdjan, proposé par la Commission européenne. Et le slogan qu'ils avaient choisi pour ce semestre était: une Europe sans barrières. L'ODS, parti du Premier ministre, s'était exprimé contre l'hypothèse d'une « Europe puissance », en faveur d'une « Europe marché » sur le modèle de l'AELE (Association européenne de libre-échange).

Même en laissant de côté le détail que l'AELE a totalement échoué, au point que ses principaux pays fondateurs (Royaume-Uni, Suède, Danemark) l'ont quittée pour rejoindre l'UE, les événements ont obligé aussi bien le nouveau président du Conseil européen que le nouveau président du Conseil « Relations extérieures » à constater que l'Europe est déjà une réalité politique et que les prises de position nationales du pays qui exerce la présidence n'ont aucun poids. Faire semblant d'ignorer le rôle politique de l'UE aurait le résultat d'amener les États membres les plus puissants à agir quand même, mais entre eux, sur un plan purement intergouvernemental, en laissant de côté aussi bien la Commission que le Haut représentant de la politique étrangère européenne et en négligeant les procédures communautaires.

Une astuce juridique. Nicolas Sarkozy vient de le faire, mais en utilisant une astuce juridique afin de donner un caractère européen à son initiative au Moyen-Orient: il a agi en tant que coprésident de l'Union pour la Méditerranée (laquelle a d'ailleurs déjà interrompu toutes ses activités). Si son initiative avec le coprésident égyptien est efficace, tant mieux pour tous. Mais en comprenant que si l'UE n'agit pas en tant que telle, les grands pays se sentiront autorisés à coopérer entre eux, la PESC et la PESD entreront en léthargie, et les petits pays, loin de faire entendre leur voix et leurs positions autonomes, deviendront inaudibles. Ce sont les petits pays qui ont surtout besoin d'une Europe forte et compacte. Plusieurs d'entre eux sont particulièrement frappés par les incertitudes des fournitures de gaz, mais à titre individuel ils n'auraient aucune possibilité de se faire entendre. Seule l'UE est en mesure d'être efficace, dans l'intérêt de tous les pays membres.

Les informations en provenance de Prague paraissent indiquer une prise de conscience de ce que signifie présider le Conseil de l'Union et coopérer avec la Commission et le Parlement, en attendant que le Traité de Lisbonne améliore et renforce le fonctionnement institutionnel dans son ensemble.

De la zone euro au Traité de Lisbonne. Au-delà des deux domaines imposés par l'actualité, la Présidence doit prendre conscience du fait que la non-participation à la zone euro signifie être exclu de la gestion de la monnaie commune. Interrogé par l'Agence Europe sur des réunions éventuelles du groupe de l'euro au niveau des chefs d'État ou de gouvernement, le vice-premier ministre M. Vondra a répondu: « Si elles étaient organisées, en tant que présidence nous y participerions, afin d'assurer la continuité et la cohérence de l'Union à 27 en termes économiques et financiers.» M. Sarkozy et M. Topolánek s'étaient effectivement exprimés en ce sens (voir notre bulletin n° 9774) ; mais c'est une participation éphémère et sans poids réel.

Un autre point d'interrogation essentiel auquel la Présidence tchèque doit répondre rapidement concerne le Traité de Lisbonne. Le Parlement tchèque devrait le ratifier le mois prochain. Il est indispensable qu'il le fasse, et qu'ensuite le président de la République signe sans retard l'acte de ratification, afin que l'État membre qui préside le Conseil ne soit plus le seul (le cas irlandais mis à part) à ne pas avoir ratifié ce traité, indispensable pour améliorer et pour démocratiser davantage le fonctionnement de l'Union. L'opinion de la majorité écrasante du Parlement européen a été efficacement résumé par Alain Lamassoure: « C'est du Traité de Lisbonne que dépend la suite de l'aventure européenne. Ou bien l'UE aura un leadership renforcé, ou bien elle restera un ensemble politique compliqué échappant au contrôle démocratique, condamné à une vie intermittente selon la qualité des présidences semestrielles ».

Les 25 États membres qui ont achevé le processus de ratification ne renonceront pas au nouveau traité. Ceux qui le rejettent garderont les droits acquis, mais ils resteront en marge des avancées futures. Ils ont le droit de ne pas participer, pas celui de bloquer les pays pour qui ce traité est indispensable.

(F.R.)

 

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