Bruxelles, 07/01/2009 (Agence Europe) - La décision est prise: « En raison des événements à Gaza, toutes les réunions programmées au titre de l'UpM (Union pour la Méditerranée ) sont reportées jusqu'à notification ultérieure », indiquent, mercredi, les deux co-présidences que sont, d'une part, l'Égypte, et cela avec certitude et, de l'autre, la République tchèque ou comme indiqué parfois la France qui aurait gardé la main même si elle n'assume plus la charge de présidente en exercice de l'UE depuis le 31 décembre à minuit. Henri Guaino, le maître d'oeuvre élyséen de l'UpM, l'a encore redit dimanche soir dans un débat en radio (France inter): la France est co-présidente et c'est cette qualité qui avait été invoquée pour justifier la visite au Proche-Orient du président Sarkozy alors que s'y trouvait une délégation de l'Union européenne.
M. Guaino avait précisé à EUROPE, en marge de la conférence ministérielle de Marseille, qu'un accord avait été réalisé avec la Présidence tchèque pour que Paris demeure, par une sorte de délégation de pouvoir dans le fauteuil de co-présidence. M. Guaino laissait entendre qu'un accord similaire était envisagé avec la présidence suivante: la Suède. Or, selon des sources concordantes, Stockholm n'entend pas renoncer à son droit d'autant que ce pays a été, tout comme la Finlande, assez présent dans les réunions euroméditerranéennes. Quel est, pour ce premier semestre, l'État membre en charge de la co-présidence de l'UpM? Personne ne s'aventure à le dire même si on reconnaît que dans les faits, c'est la France qui paraît être aux commandes. À Marseille, il a été écrit officiellement que cette charge devra être "compatible avec la représentation extérieure de l'UE, conformément aux dispositions du traité qui sont en vigueur". Le retard dans la mise en oeuvre du Traité de Lisbonne même modifié a ainsi laissé le champ libre aux interprétations et en l'absence d'une diplomatie commune effective, Paris a opté pour une lecture conforme à ses objectifs politiques qui sont de donner la primauté aux États membres riverains de la Méditerranée.
La perplexité est manifeste chez presque tous les acteurs au sein de l'UpM. À la question: "quelle adresse mettez-vous à vos courriers destinés aux co-présidences ?": Le Caire et Prague, nous a-t-on répondu mais avec cette précision: des copies sont systématiquement adressées à Paris et à Stockholm et au secrétariat du Conseil. Une attitude qui ne compromet aucun choix futur et qui, fait-on observer, aboutit à une petite curiosité institutionnelle sans réelles conséquences. Elle réside dans le fait de remettre au goût du jour la formule ancienne de la troïka européenne, passée d'une formation qui la composait de trois pays - la présidence en exercice, la suivante et la précédente - à celle en cours plus récemment: la Présidence en exercice, le Haut représentant pour la PESC et le commissaire européen chargé du dossier. Lors de sa tournée au Proche-Orient, la délégation européenne a mélangé les deux formules avec le résultat que la troïka est devenue un quintette. Et c'est ce qui est appliqué pour la conduite du dialogue EuroMed si l'UpM parvenait à démarrer concrètement.
Le report de toutes les réunions en raison de la situation à Gaza ne peut en effet occulter le fait que les doutes se renforcent sur la viabilité de ce dialogue: « Ils ont tué le processus de Barcelone sans vraiment le remplacer », commente un diplomate de la rive sud qui détaille les points de divergence encore nombreux sur la table. Sur le statut du secrétariat pour commencer: la réunion qui devait en traiter le 16 janvier est annulée et on sait qu'Alger met en question le fait que la structure sera plus « politique » que "technique". L'accord sur le siège de Barcelone: les négociations n'ont pas abouti en raison d'obstacles juridiques internes que l'Espagne a promis de résoudre. Le financement ? incertain. L'agenda: encore vierge. Les hauts fonctionnaires devaient le garnir le 22 janvier à Prague suivant les recommandations élaborées à Marseille début novembre dernier. Le report n'aidera pas à le faire.
L'Assemblée parlementaire est au diapason et n'a, à son calendrier, qu'une réunion conjointe de ses commissions politique et de la culture le 28 janvier pour parler du "dialogue des civilisations". Cet ordre du jour paraît décalé dans les circonstances actuelles. L'observation est déjà faite à propos du silence de l'APEM alors qu'un conflit majeur oppose deux de ses membres à Gaza. Aucun texte commun n'est acquis à ce jour, fût-ce pour appeler à la raison et au calme. Certains membres de cette structure conjointe euroméditerranéenne reconnaissent que le processus de décision est complexe et lourd et rappellent la phase d'ankylose vécue lors de la crise du Liban. (F.B.)