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Bulletin Quotidien Europe N° 9813
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Les événements obligent la Présidence tchèque du Conseil à agir

Les événements vont toujours plus vite que les prévisions et les commentaires. Le semestre de présidence tchèque du Conseil de l'UE s'annonçait avare de surprises, et voici qu'elle se trouve confrontée dès le départ à des réalités dramatiques: le conflit dans la bande de Gaza, la réduction radicale des livraisons de gaz russe transitant par l'Ukraine. Sur le premier sujet, la présidence avait mal commencé, par une déclaration qu'elle avait dû retirer d'urgence (voir notre bulletin d'avant-hier), même si le ministre des Affaires étrangères a précisé de manière désinvolte qu'il s'agissait de l'erreur « personnelle » d'un porte-parole dont la présidence en tant que telle n'avait pas à s'excuser. L'affaire énergétique est discutée ce jeudi dans la session informelle du Conseil «type Gymnich» convoquée à Prague, et en même temps le Parlement européen s'en est saisi d'urgence et il en discute directement avec les dirigeants de Gazprom et de Naftogaz.

L'UE ne menace pas, elle rassure. La brusque accélération des événements permettra de constater sur le terrain le comportement de la Présidence tchèque, mais ne modifiera pas ses orientations fondamentales, largement déterminées par la situation politique interne et par l'histoire. Prague est peut-être la ville qui représente le mieux la diversité de la culture européenne, tellement riche de mélanges culturels, religieux et politiques. Mais en même temps les vicissitudes du passé ont laissé chez les citoyens tchèques un fond de scepticisme, parfois teinté d'ironie, à l'égard de la rhétorique et des enthousiasmes faciles, et une certaine méfiance face aux projets qui pourraient à leurs yeux porter atteinte à l'autonomie et à la liberté reconquises.

Les citoyens tchèques devraient comprendre que l'UE va plutôt dans le sens opposé à celui qu'ils craignent. Elle garantit l'intégrité territoriale des États membres ainsi que le respect de leur identité, et elle les protège contre toute velléité agressive de pays tiers. Loin de représenter une menace, l'unité européenne devrait rassurer. Le Traité de Lisbonne améliore et élargit les possibilités de «différenciation» entre les États membres, y compris dans le domaine de la défense. Chaque peuple est libre de ses choix, et il pourra rester en marge dans tel ou tel domaine, sans participer, bien entendu, à la gestion des réalisations qu'il rejette. Le Traité de Lisbonne introduit même la faculté pour tout État membre de quitter l'Union.

Ces considérations devraient aider à évaluer correctement les problèmes de la Présidence tchèque, dont la durée est relativement brève: elle expire le 30 juin. Mais l'euroscepticisme proclamé par le président de la République, s'ajoutant aux difficultés internes du gouvernement suscitent des perplexités. Ce n'est pas sa liberté d'opinion qui est en cause, mais la compatibilité de ses attitudes avec le rôle européen de son pays.

Les raisons des perplexités. Quelques exemples. Vaclav Klaus défend la thèse selon laquelle le changement climatique ne résulte pas, pour l'essentiel, de l'activité humaine. À son avis, les questions environnementales sont un produit de luxe et l'Europe devrait renoncer à son plan d'action en ce domaine. Or, ce plan d'action, approuvé par toutes les institutions et par tous les États membres, représente un pilier de l'activité communautaire de ce semestre et l'UE va s'efforcer de le faire accepter en décembre au niveau mondial. Par ailleurs, le président de la République tchèque a exprimé sa solidarité avec les initiatives du milliardaire irlandais Declan Ganley, qui, après avoir joué le rôle qu'on sait dans le rejet du Traité de Lisbonne en Irlande, a fondé un parti politique eurosceptique multinational avec l'ambition de gagner les prochaines élections européennes. C'est son droit, et M. Klaus a le droit de partager ses opinions ; mais pour le pays qui préside l'UE, ce n'est pas l'idéal. D'autant plus que M. Klaus aurait l'intention de ne pas souscrire le Traité de Lisbonne (sur lequel le Parlement de son pays se prononcera le mois prochain) jusqu'au moment où l'Irlande se sera définitivement prononcée, et il rejette le drapeau et les autres symboles de l'Europe, qui lui rappellent « le temps où le drapeau rouge soviétique flottait sur la Tchécoslovaquie ». S'y ajoute l'indignation de plusieurs parlementaires européens lorsqu'ils ont constaté que leur entretien récent à Prague avec M. Klaus avait été enregistré à leur insu et partiellement diffusé. Jo Leinen, président de la commission des Affaires constitutionnelles du PE, a posé la question de savoir jusqu'à quel point le Parlement peut entretenir des relations confiantes avec les autorités tchèques, et il a réclamé une clarification immédiate.

M. Vaclav Klaus ne préside aucun organe communautaire, mais, selon un commentateur, sa faculté de nuisance sera considérable. Pour les intentions et orientations du gouvernement, je renvoie les lecteurs à son programme (résumé dans notre bulletin d'hier) ainsi qu'au N° 2510 de notre série « EUROPE Documents » (du 23 décembre dernier) qui contient une interview exclusive du vice-premier ministre responsable des affaires européennes, Alexandr Vondra. Ce n'est pas entraînant. Mais l'expérience prouve que, pour un gouvernement, le fait de plonger dans les dossiers communautaires avec la responsabilité de les faire aboutir, préparer des compromis, tenir compte des positions de chacun, aide à comprendre l'intérêt général européen et le rôle de l'UE. Pourquoi cet effet ne jouerait-il pas à Prague aussi? (F.R.)

 

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