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Bulletin Quotidien Europe N° 9710
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Plaidoyer pour que le peuple irlandais puisse s'exprimer en connaissant la signification du traité de Lisbonne et les enjeux véritables

Le peuple irlandais, malgré son rejet du Traité de Lisbonne, demeure nettement favorable à la construction européenne ; tous les sondages le prouvent. La situation est donc étrange et quelque peu paradoxale. Un pays foncièrement pro-européen risque de rester en marge des progrès de l'UE et de l'amélioration de son fonctionnement. Cette situation renforce l'opinion que le référendum ne constitue pas la formule appropriée pour qu'un pays se prononce sur un texte complexe ; malgré les apparences, il n'est pas vraiment démocratique. Un texte impliquant un grand nombre d'intérêts particuliers amène une large partie des votants à s'exprimer en fonction de détails les concernant ; les mécontents s'additionnent et peuvent former une majorité occasionnelle. La vue d'ensemble, la synthèse permettant de faire émerger l'intérêt commun font défaut. Il faut donc s'efforcer de clarifier les enjeux et la signification de l'objet du vote.

Un slogan absurde. En Irlande, l'un des slogans qui ont gonflé le nombre des opposants disait à peu près: si vous ne comprenez pas, votez non. Beaucoup de votants ont suivi cette pseudo-logique, alors que, dès que la signification réelle du Traité était comprise, le revirement suivait. Un exemple ? Les organisations agricoles ont d'abord appuyé le non à cause de réserves de détail sur le fonctionnement de la PAC, sans aucun rapport avec le Traité de Lisbonne ; elles ont changé d'attitude lorsqu'elles ont compris que le rejet du Traité de Lisbonne signifierait la victoire des tendances opposées aux politiques communes européennes et à leur financement. En particulier, dans les négociations internationales, seule l'UE comme ensemble peut défendre valablement les intérêts de l'agriculture. On a lu que des agriculteurs ont voté non pour protester contre la paperasserie excessive de la PAC, sans comprendre que les modalités de gestion peuvent toujours être révisées par les institutions et ne résultent pas d'un Traité, et que les enjeux véritables sont la préférence communautaire en agriculture et le soutien à la production européenne.

Se méfier des pièges. Je considère donc qu'un nouveau vote ne représenterait pas une pression indue sur les citoyens, mais simplement une invitation à s'exprimer en connaissance de cause plutôt que sur la base de mensonges (voir cette rubrique d'hier) et d'arguments démagogiques. Si le non était confirmé, les autres États membres devraient s'incliner et l'Irlande devrait en accepter les conséquences. L'hypothèse de glisser du statut d'État membre à celui de membre de l'Espace économique européen (EEE) est, à mon avis, un nouveau piège dont les Irlandais doivent se méfier. On leur raconte qu'ils pourraient ainsi garder tous les avantages du marché commun sans les aspects plus politiques de l'UE ; mais ces braves apôtres oublient de signaler que l'Irlande perdrait dans ce cas la participation aux politiques communes de l'UE (la PAC y comprise) et à la monnaie commune, ainsi que sa présence dans les institutions (alors que la possibilité de ne pas avoir en permanence son commissaire figurait parmi les arguments du non !).

Répondre et clarifier. Les peuples sont souverains, c'est évident, mais il faut leur dire la vérité. L'ampleur des mensonges qui ont précédé le référendum était hallucinant ; s'y ajoutaient des considérations qui correspondent en partie à l'état actuel des opinions publiques, mais qui n'ont rien à voir avec le Traité de Lisbonne. L'UE apparaît-elle trop bureaucratique, éloignée des préoccupations des peuples, absente du domaine social ? Le nouveau Traité permettrait de mieux répondre à ces critiques, car il renforce l'élément démocratique de l'Union, simplifie le fonctionnement institutionnel et réaffirme les objectifs d'intérêt général, concernant par exemple l'environnement et les services d'intérêt général. Sur la composition de la Commission européenne, il ne tranche pas de manière définitive. C'est un aspect important car il touche directement l'un des arguments utilisés dans la campagne électorale ; cette rubrique fera le point demain.

Ce qui est tout à fait justifié dans l'attitude des autorités irlandaises est la demande d'un délai raisonnable. Pour inviter les citoyens à voter à nouveau, il faut des raisons valables qui ne donnent pas l'impression d'être simplement un moyen pour obtenir un résultat différent: un vote a eu lieu, il a été régulier, on ne peut pas se comporter comme s'il n'existait pas. Il faut donc faire valoir des raisons solides et des arguments convaincants pour qu'une nouvelle consultation populaire soit justifiée. Le gouvernement ne garantit pas qu'il lui soit possible de prendre position en octobre prochain, comme la Présidence française le souhaite ; ce sera plutôt pour la fin de l'année. Pat Cox, ex-président du Parlement européen, doute même que le nouveau vote soit possible en 2009. Il faudra de la patience, mais l'objectif est clair.

(F.R.)

 

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