Strasbourg, 23/05/2008 (Agence Europe) - Le Parlement européen a adopté, jeudi 22 mai à Strasbourg, à une écrasante majorité (485 voix pour, 52 contre et 7 abstentions), une résolution commune de six groupes politiques (PPE-DE, PSE, ALDE, Verts/ALE, UEN et GUE/NGL) sur la hausse des prix des denrées alimentaires dans l'UE et dans les pays en développement.
Dans cette résolution, qui clôt un débat sur la crise alimentaire qu'il avait tenu le 22 avril dernier, le Parlement souligne le caractère fondamental du droit à l'alimentation et la nécessité d'améliorer l'accès de tous et à tout moment à une alimentation suffisante pour une vie active et saine. Il souligne que les États ont l'obligation de protéger, de respecter et de faire respecter ce droit humain fondamental. Il considère que le fait que 2 milliards de personnes vivent toujours dans une pauvreté extrême et que 850 millions d'êtres humains souffrent chaque jour de la faim témoigne de la violation systématique du droit à l'alimentation, consacré dans les instruments internationaux sur les droits de l'homme. Il demande donc des mesures appropriées pour mettre en œuvre le droit à l'alimentation consacré dans la déclaration universelle des droits de l'Homme. Il demande instamment au Conseil d'assurer la cohérence de toutes les politiques nationales et internationales en matière d'alimentation avec les obligations découlant du droit à l'alimentation. Le Parlement se déclare préoccupé par les effets que la spéculation sur les produits alimentaires de base, notamment par les fonds alternatifs (hedge funds) de matières premières, engendre en matière de faim et de pauvreté. Il invite la Commission à analyser l'impact de la spéculation sur les prix des denrées alimentaires et à présenter des mesures appropriées sur la base de cette analyse. Il souligne que le coût des matières premières est une composante relativement mineure du coût total de nombreuses denrées alimentaires; invite la Commission et les États membres à analyser les écarts observés entre les prix à la production et ceux qui sont facturés par les principaux détaillants. Le Parlement souligne que les stocks actuels de céréales de l'Union européenne permettraient de tenir 30 jours au maximum et se demande si le niveau de nos stocks alimentaires est suffisant, en particulier si des crises devaient se produire. Il demande à la Commission d'élaborer des stratégies visant à mettre en place des stocks alimentaires pour prévenir les crises à l'avenir. Le Parlement se félicite de la décision prise par les ministres de l'Agriculture de l'UE d'adopter la proposition de la Commission de suspendre les obligations de mise en jachère pour 2008 et prend note des estimations de la Commission selon lesquelles cette initiative libérera environ 2,9 millions d'hectares pour la production de céréales et augmentera la récolte de cette année de près de 10 millions de tonnes (amendement de Mairead McGuinness).
Le Parlement estime aussi qu'il convient de donner la priorité aux denrées alimentaires sur les carburants, et que la production de biocarburants doit être liée à des critères de durabilité stricts. Il fait observer que ces critères doivent être respectés pour la réalisation des objectifs proposés en matière de biocarburants. Le Parlement « admet que le subventionnement par l'UE des cultures destinées à la production de biocarburants ne se justifie plus, mais souligne, en y insistant, que 2 à 3% seulement des terres agricoles de l'UE sont actuellement affectées à ce genre de production et que les médias accusant les biocarburants d'être à l'origine de la crise alimentaire actuelle font preuve d'exagération, du moins en ce qui concerne l'Union européenne ». Le Parlement reconnaît cependant que la politique menée dans certains pays comme les États-Unis, qui consiste à consacrer davantage de terres à la culture du maïs aux fins de production de bioéthanol, a eu des répercussions sur le prix et la disponibilité du maïs et d'autres céréales sur le marché alimentaire mondial. Dans ce contexte, le Parlement demande à la Commission et aux États membres de faire davantage pour promouvoir l'utilisation et la production des bioénergies de seconde génération, qui transforment le fumier et les déchets agricoles plutôt que des produits agricoles primaires (amendements de Mairead McGuinness).
Le Parlement demande une augmentation urgente et substantielle des investissements dans l'agriculture, l'aquaculture, le développement rural et l'agro-industrie dans les pays en développement, centrée sur les agriculteurs pauvres et les petites exploitations utilisant des systèmes de production alimentaire agro-écologique. Il rappelle que 75% de la population pauvre mondiale vit dans des zones rurales, mais que 4% seulement de l'aide publique au développement (APD) est consacrée à l'agriculture. Il invite la Commission et les États membres à mieux tenir compte de la question de l'agriculture dans leurs politiques de développement, à promouvoir l'adaptation de la programmation du 10ème FED en étroite coopération avec les pays en développement et à réexaminer les documents de stratégie par pays afin de donner une priorité plus élevée à l'agriculture. Il souligne enfin le rôle des ONG et des autorités locales pour trouver des solutions agricoles innovantes, en partenariat avec les populations des pays en développement, et invite la Commission et les États membres à soutenir et à promouvoir leurs projets. (O.J.)