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Bulletin Quotidien Europe N° 9667
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

UE/Amérique latine: avantages de la franchise et perspectives favorables

Liens durables fondés sur les réalités. Dans mon esprit, les conclusions de cette rubrique d'hier sur les relations entre l'UE et l'Amérique latine, loin d'être pessimistes, sont nettement positives. En laissant de côté la rhétorique et les ambitions irréalistes, on ouvre la voie à ce qui est raisonnable et possible, donc à des liens de plus en plus étroits et durables. Il est normal que les pays du Pacte andin aient le regard tourné surtout sur l'Asie et le Pacifique et que pour l'Amérique centrale la référence reste le grand voisin du Nord, les États-Unis. Mais les pays qui ont conclu des accords concrets avec l'UE, comme le Mexique (qui n'aime pas avoir le colosse tout proche comme interlocuteur presqu'exclusif) et le Chili, ont développé considérablement les liens économiques avec l'Europe et des progrès supplémentaires sont à l'étude. En même temps, les pays fondateurs du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) sont largement tournés vers l'Europe, le flux des investissements et des échanges commerciaux le prouve. Les perspectives sont donc favorables, à la condition de se concentrer sur ce qui est utile et possible et d'accepter de bonne foi les efforts nécessaires pour surmonter les incompréhensions et les récriminations réciproques.

Angela Merkel l'a dit. Les belles phrases sur les racines communes sont elles aussi utiles, les parlementaires européens ne s'en privent pas ; mais il faut aller au-delà et se parler franchement. L'Europe ne peut pas dépasser certaines limites dans l'ouverture de son marché agricole, car elle ne peut pas renoncer à son équilibre territorial, à ses traditions, à ses paysages et à son autonomie alimentaire, ce qui ne signifie pas réduire ou bloquer les importations, mais être en mesure d'alimenter sa population en cas de nécessité, condition indispensable de la vraie indépendance. De l'autre côté, les pays sud-américains, le Brésil en tête, veulent développer une industrie et des services compétitifs. Ces exigences respectives doivent être prises en considération, le premier moyen étant de réduire certaines exigences dans le cadre du Doha round. C'est une formule que cette rubrique défend depuis longtemps, et qui prend un tout autre poids depuis qu'elle est affirmée par Angela Merkel: « Les chances de succès du Doha round, a-t-elle déclaré, impliquent que chaque partie renonce à ses exigences les plus radicales, celles qui vont trop loin » (voir notre bulletin n° 9662). Qui sera le premier à proclamer à Genève qu'il accepte cette orientation si tout le monde en fait autant ?

La même franchise est nécessaire sur tous les dossiers difficiles, et c'est encore Angela Merkel qui a donné l'exemple lorsqu'elle a affirmé que le président vénézuélien Hugo Chavez n'est pas le porte-parole de l'Amérique latine. Il est vrai que la réaction de M. Chavez a été insultante et mesquine, et la chancelière allemande a eu raison de ne pas répliquer. Mais au-delà de tels excès, la franchise est toujours préférable aux déclarations vides ou superficielles que le Parlement européen adore.

C'est pourquoi je citerai une interview de la semaine dernière du responsable «relations internationales» du parti politique du président brésilien Lula da Silva. Il s'appelle Walter Pomar et il a bien précisé qu'il parlait au nom du parti et non du gouvernement brésilien, ce qui lui a permis de dire ce que le président Lula pense peut-être, du moins en partie, mais qu'il ne peut pas dire de façon aussi brutale. M. Pomar, dans une interview à L'Écho du 14 mai, a qualifié d'exécrable l'attitude européenne à l'égard de l'Amérique latine: l'UE est « très dure dans les négociations, bilatérales ou par groupes de pays, parfois même plus exigeante que les États-Unis». Il lui reproche de n'avoir qu'un seul objectif: « l'ouverture des marchés latino-américains, avec un minimum de contreparties ». Il rappelle que le Brésil avait joué, en son temps, un rôle fondamental pour empêcher la mise en œuvre d'une zone de libre commerce des Amériques, incluant les Etats-Unis, et que le Mercosur « se résume actuellement, pour l'essentiel, à une articulation entre bureaucraties (…) Il pâtit d'un grand déficit démocratique que nous cherchons à corriger en intégrant les partis et les mouvements dans le processus et en créant le parlement du Mercosur, le Parlasur», l'objectif étant l'Union des nations sud-américaines, l'Unasur. Si tel est l'objectif, il n'est certes pas pour demain. Parlons du présent.

Si je comprends bien, selon M. Pomar, l'Europe devrait ouvrir son marché sans demander trop de contreparties. L'UE a donc raison d'être prudente, surtout dans le domaine agricole. Ceux qui, en Europe comme ailleurs, reconnaissent l'exigence d'une stratégie mondiale contre les pénuries alimentaires et pour la relance agricole, doivent admettre que l'élément essentiel de cette stratégie ne peut pas être l'ouverture totale du marché de l'UE, laquelle ne risque aucune pénurie et représente le premier importateur mondial de produits agricoles et le premier donneur d'aide alimentaire. Qui est prêt à en faire autant?

(F.R.)

 

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