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Bulletin Quotidien Europe N° 9254
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Quelques réflexions dictées par les relectures du mois d'août

La période d'activité communautaire ralentie qui va se conclure - et en attendant de commenter comme il se doit l'initiative européenne au Liban - nous a permis de relire quelques prises de position, plus ou moins récentes, de personnalités marquantes de la vie européenne.

1. Le dilemme de Tony Blair. L'échec de sa tentative de placer le Royaume-Uni au centre des affaires européennes a-t-il été reconnu par Tony Blair lui-même? Je l'avais indiqué dans cette rubrique, et on m'a demandé de préciser. Dans un discours prononcé en février dernier à l'Université d'Oxford, M. Blair avait déclaré: «The dilemma of a British Prime Minister over Europe is acute to the point of the ridiculous. Basically you have a choice: co-operate in Europe, and you betray Britain ; be unreasonable in Europe, be praised back home and be utterly without influence in Europe. It's a sort of: isolation or treason ».

A chacun sa traduction et son interprétation. Ma définition tient en deux mots: amertume résignée. Avec toutefois une exception très considérable: dans le domaine de la politique étrangère et de la défense européenne - qui est en expansion et prend de plus en plus d'importance - le rôle du Royaume-Uni demeure essentiel. Je m'efforcerai de clarifier dans un prochain commentaire cette contradiction apparente.

2. Un Commissaire européen soutient la «différenciation». Olli Rehn, Commissaire européen chargé des élargissements futurs, a enfreint un tabou, en prenant la défense de la possibilité de «différenciation» entre les Etats membres afin de permettre à l'UE de progresser. Dans le discours prononcé le 20 juillet à l'occasion du Eduskunta Seminar, en Finlande, il a déclaré: « Je crois, comme Jacques Delors, à l'intégration différenciée. Ce n'est pas quelque chose de nouveau qui aurait été inventé parce que l'Europe s'est élargie. C'était la différenciation qui avait déjà permis à l'Europe de garder son dynamisme » (il a cité l'exemple de l'euro). Il a toutefois précisé: il est essentiel que chaque projet «soit ouvert à tout Etat membre qui souhaite y participer et qui est en mesure de le faire» ; les décisions doivent être prises dans le cadre communautaire et en respectant les procédures communautaires de décision. Ce qui correspond à ce que Jacques Delors a toujours réclamé, les lecteurs de cette rubrique le savent bien.

Il reste à convaincre les Etats membres d'Europe centrale et orientale qu'il n'existe aucun projet de les reléguer dans une catégorie inférieure et que la voie de la différenciation positive leur est ouverte. Je crois que lorsqu'on aura perdu l'habitude d'opérer une distinction entre anciens et nouveaux Etats membres un pas important aura été franchi, d'autant plus que cette distinction n'a plus aucune raison d'exister.

3. Michel Rocard et deux déviations majeures du capitalisme. Ce n'est pas toujours pendant les débats officiels du PE que les parlementaires européens ont l'occasion de s'exprimer sur les choix essentiels pour l'avenir de l'Europe. Il y a des ordres du jour à tenir, des procédures pour la désignation des orateurs, des équilibres nationaux à respecter. Il existe heureusement d'autres occasions permettant à des personnalités de premier plan de s'exprimer. Dans le cas de Michel Rocard, l'occasion a été offerte par les « Universités d'été du Parlement européen». L'ancien Premier ministre français a effectué un tour d'horizon global, dont notre bulletin n. 9236 a rendu compte. Je souligne deux aspects de son intervention:

l'évolution dangereuse et inique du capitalisme, qui a glissé de la formule dite «rhénane» où les intérêts de tous les acteurs, y compris les salariés, étaient pris en considération, à la formule dominée par les actionnaires, où seule la rentabilité financière immédiate compte. Les différentes catégories d'actionnaires (fonds de pension, hedge funds, fonds d'investissement), en exigeant une rentabilité de 15%, obligent les entreprises à amputer les budgets de recherche et développement, annihilent la conscience d'entreprise et entraînent la précarité du travail et les délocalisations. Il faut, a souligné M. Rocard, rétablir les « correcteurs » du système capitaliste qui ont été démolis, en sauvegardant la sécurité sociale, en tenant compte de l'éducation et de la culture et en intégrant le facteur écologique ;

le déséquilibre financier provoqué par les Etats-Unis. La dette américaine avait déjà atteint en 2002 le taux de 240% du PIB, et les USA empruntent 2 milliards de dollars par jour. Le monde financier est assis sur un volcan qui explosera un jour avec des répercussions inimaginables.

Ces deux déviations du capitalisme ont été déjà analysées par les économistes et elles sont parfois dénoncées dans des colloques spécialisés, ou utilisées par des mouvements qui perdent en crédibilité parce qu'ils en tirent des conclusions extrémistes ou démagogiques. Ce qui manque, c'est un débat aux niveaux politiques les plus élevés, dont Michel Rocard a donné un avant-goût qui mérite des suites. (F.R.)

 

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