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Bulletin Quotidien Europe N° 9178
Sommaire Publication complète Par article 31 / 32
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 684

*** REGIS CHEMAIN, ALAIN PELLET (sous la dir. de): La Charte des Nations Unies, constitution mondiale ? Editions Pedone (13 rue Soufflot, F-75005 Paris. Tél.: (33-1) 43540597 - fax: 46340760 - Courriel: editions-pedone@wanadoo.fr). Collection "Cahiers internationaux", n° 20. 2006, 237 p., 24 €. ISBN 2-233-00486-8.

Prolongement fidèle d'un colloque international organisé par le Centre de Droit international de l'Université Paris X-Nanterre, cet ouvrage tourne tout entier autour de la question de savoir si, alors qu'approchait la célébration du 60ème anniversaire de la fondation des Nations Unies, la Charte de San Francisco s'est imposée au fil du temps comme la Constitution de l'humanité. Avouons le d'emblée, les réponses apportées à la question par d'éminents spécialistes ne sont pas univoques. Et le ton est donné dès les premières pages par l'ancien Secrétaire général Javier Pérez de Cuellar: "Il m'est douloureux de dire que telle qu'elle est en ce moment", la Charte "ne pourrait pas être la Constitution mondiale". Pourquoi ? Parce que, avance le Pr. Sorel, la Charte des Nations Unies reflète un consensus dans une société politiquement homogène à un moment donné: "le préambule de la Charte est très vague mais la guerre qui s'achève en 1945 fait du maintien de la paix et de l'interdiction du recours à la force une exigence plus ferme". Or, aujourd'hui, l'homogénéité a disparu. En termes plus politiques, Javier Pérez de Cuellar relève que le concept de démocratie n'apparaît pas dans le préambule de la Charte - "peut-être", glisse-t-il, "l'a-t-on ignoré pour ne pas gêner l'autocrate Staline"… Toujours est-il que le manque est là aux yeux de l'ancien Secrétaire général de l'Onu pour qui, en outre, "il est grand temps que la communauté internationale envisage le problème (…) de la légitimité des gouvernements des pays membres, de manière à obtenir la respectabilité et la crédibilité vis-à-vis de l'opinion publique" dont l'Organisation a tant besoin. Pour autant, observe Olivier Audeoud, président de l'Université Paris X-Nanterre, "le machin a résisté au temps malgré moult aléas, moult critiques", et la Charte reste envers et contre tout, précise le ministre français des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy, la "loi commune pour l'ensemble de la planète".

En clair, la "métaphore constitutionnelle" gagne du terrain parmi les internationalistes européens. Pourquoi ? Pour le Pr. Pierre-Marie Dupuy, la raison de cette inclinaison paraît moins à trouver dans la technique juridique que dans le contexte politique contemporain: "A une époque où certains pays, à commencer par le plus puissant, s'attaquent délibérément à l'autorité des Nations Unies et mettent en doute son efficacité sinon sa légitimité de principe, affirmer que la Charte qui fonde l'Organisation mondiale est une manière de Constitution universelle a valeur de rappel solennel: les principes sur lesquels cette Charte est fondée sont imprescriptibles et l'unilatéralisme est fondamentalement incompatible avec le devoir général de coopération qu'elle énonce. Cela constitue bien la Loi des Lois". Et ce professeur à l'Institut européen de Florence et à l'Université Paris II de conclure: "Quant à l'Organisation des Nations Unies, on peut, certes, songer à la réformer mais pas à la remplacer. Elle demeure, quelles que soient ses imperfections, la seule instance légitime apte à décider d'actions collectives en faveur du maintien ou du rétablissement de la paix. Une façon de le rappeler est d'insister sur la dimension constitutionnelle de la Charte". Au fait, n'en déplaise à certains, ce discours ne vaut-il par tout autant pour les Traités européens qui restent en attente de leur constitutionnalisation officielle ?

Michel Theys

*** IVO DAALDER, NICOLE GNESOTTO, PHILIP GORDON (sous la dir. de): Crescent of Crisis. U.S. -European Strategy for the Greater Middle East. The Brookings Institution (1775 Massachusetts Avenue, N.W., Washington, D.C. 20036. Internet: http://www.brookings.edu ). 2006, 263 p. ISBN 0-8157-1689-3.

L'époque biblique et antique a connu le croissant fertile, formé par les cours du Tigre et de l'Euphrate. De nos jours, le nom de "croissant de crise(s)" donné par l'ouvrage à la région du "grand Moyen-Orient" - qui couvre la Syrie, le Liban, Israël, l'Irak, l'Iran et le Pakistan - semble, hélas, plus approprié. La région, d'une grande importance stratégique et énergétique, concentre en effet de nombreux défis qui se combinent et s'aggravent mutuellement, tels que des gouvernements peu démocratiques, des conflits frontaliers, du terrorisme et des armes de destruction massive. Mais si, comme l'expliquent les auteurs, " les Américains et les Européens tendent à s'accorder sur l'importance de ces problèmes, il y a peu d'accord transatlantique sur la manière d'aborder - sans même parler de résoudre -- aucun de ceux-ci, la Brookings Institution et l'Institut pour les Etudes de sécurité de l'Union, épaulés par des chercheurs d'autres centres de recherche, ont apparemment réussi à s'accorder à merveille pour la rédaction de ce volume qui regroupe des contributions pertinentes, classées par chapitres reflétant les principaux points de tension: Iran, Irak, Israël-Palestine, Liban-Syrie, Pakistan et Afghanistan. Les auteurs y combinent leurs approches variées pour en faire jaillir l'essence et fournir ainsi un document qui présente les causes et les enjeux de ces questions de manière détaillée et instructive mais sans "remplissage" inutile. Ils proposent aussi des mesures concrètes que les Américains et les Européens pourraient adopter pour tenter de les résoudre. Par exemple, le chapitre sur l'Iran, d'une grande actualité, expose clairement le rôle que le pays joue et a joué dans la région (opposition au processus de paix israélo-palestinien, tentative de coup d'Etat à Barhain…), les éléments qui poussent les Occidentaux à croire que le pays intéresse à l'arme nucléaire, ce que le régime iranien en escompterait comme avantage stratégique et comment les Européens et les Américains pourraient agir.

(FRo)

*** MARCIN ZABOROWSLI (sous la dir. de): Friends again? EU-US relations after the crisis. Institute for Security Studies (43 av. du Président Wilson, F-75775 Paris cedex 16. Tél.: (33-1) 56891930 - fax: (33-1) 56891931 - Courriel: institute@iss-eu.org - Internet: http://www.iss-eu.org ). Collection "Transatlantic Book". 2006, 239 p., 10 €. ISBN 92-9198-084-6.

Les relations entre l'Union européenne et les Etats-Unis sont instinctivement ressenties comme d'une grande importance. Les sentiments ont toutefois été mis à mal ces dernières années par toute une série d'accrocs entre les deux rives de l'Atlantique. Il est parfois difficile de saisir pleinement les origines et la nature des causes de ces sentiments parfois diffus que l'Europe nourrit envers les Etats-Unis et vice versa. Cet ouvrage, regroupant des contributions rédigées en français et en anglais, y remédie. En grattant sous une normalisation superficielle des relations transatlantiques, il met en évidence toute une série de facteurs qui font que le partenariat américano-européen ne sera plus jamais ce qu'il était auparavant, mais qu'il ne s'évanouira pas pour autant. Comme l'explique Federico Romero, "il y a aura - et, en effet, il y a - beaucoup de cas de coopération transatlantique, et elles prévaudront sans doute sur les frictions et les conflits, mais nous ne pouvons plus penser en termes de communauté transatlantique". Ces éléments unificateurs et diviseurs sont étudiés par une équipe de chercheurs européens et américains chapeautés par l'Institut d'Etudes de sécurité (IES) de l'Union, qui réalisent un état des lieux portant notamment sur les défis géostratégiques auxquels les deux entités sont confrontées (Moyen-Orient, Russie..), la manière qu'elles ont de les percevoir et de les aborder, ainsi que la vision qu'elles ont de leur rôle dans le monde. Les auteurs se penchent sur les valeurs mises en avant par les deux parties et les perceptions que chacun a de l'autre, comme au travers d'une contribution sur l'anti-américanisme européen qui "migre de la frange politique vers le centre politique". En somme, un livre très pertinent sur l'un des grands aspects géopolitiques de notre temps, les rapports actuels mais aussi les perspectives futures des relations entre des "Américains (…) sans doute moins omnipotents qu'ils le croient, et des Européens (…) certainement plus influents qu'ils ne le pensent".

(FRo)

*** NIKOLAOS ZAHARIADIS: Essence of Political Manipulation. Peter Lang (275 Seventh Avenue, 28th Floor, NY 10001 New York. Internet: http://www.peterlangusa.com ). 2005, 231 p.. ISBN 0-8204-7903-9.

L'éclatement de la Yougoslavie a donné naissance à plusieurs pays, dont l'Ancienne République yougoslave de Macédoine (Arym/Fyrom). Cependant, la présence même du mot "Macédoine" dans le nom du nouvel Etat a provoqué des réactions extrêmement énergiques en Grèce, peu encline à partager l'héritage culturel que véhicule le mot et craignant les revendications nationalistes de la nouvelle République. De nombreux Grecs ont été affectés par l'événement, dont l'auteur, qui a décidé de présenter cette affaire et de s'en servir comme base pour l'étude de la politique extérieure de la Grèce, oscillant entre coopération et confrontation, mais aussi des petites puissances en général. Il tend à démontrer que la politique extérieure d'un petit pays n'est pas uniquement due à des facteurs externes mais aussi en grande partie à des facteurs internes. L'auteur a choisi de s'intéresser tout particulièrement à l'influence du facteur - valable aussi dans le cas des Etats-Unis - de lutte (extérieure) contre le terrorisme qui "est plus le résultat d'une captation de la puissance des émotions pour des gains politiques ou d'autres considérations domestiques que le résultat d'une réponse rationnelle à des menaces extérieures". Les gouvernements grecs successifs ont joué, selon Zahariadis, la même carte pour la Fyrom. Le premier tiers du livre est entièrement consacré à établir le cadre théorique de la recherche. (FRo)

*** MARIE-THERESE BITSCH, GERARD BOSSUAT (sous la dir. de): L'Europe unie et l'Afrique. De l'idée d'Eurafrique à la Convention de Lomé I. Etablissements Emile Bruylant (67 rue de la Régence, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5129842 - fax: 5119477 - Internet: http://www.bruylant.be ). Collection "Groupe de liaison des historiens auprès des Communautés - European Community Liaison Committee of Historians", n° 10. 2005, 471 p., 50 €. ISBN 2-8027-2128-3.

Actes d'un colloque international tenu à Paris voici deux ans, cet ouvrage voit des historiens éclairer, en vingt-deux contributions, la longue histoire des efforts de coopération - plus ou moins désintéressés - entre l'Europe (celle des Etats souverains d'abord, l'Europe communautaire ensuite) et l'Afrique au XXème siècle. La première partie est consacrée aux "visions d'Eurafrique et projets de coopération des années vingt aux années cinquante". Elle s'ouvre par un inventaire de l'iconographie de l'Eurafrique, avant que les propositions visionnaires des inventeurs de la notion d'Eurafrique dans l'entre-deux-guerres (au premier rang desquels figure le chantre de l'Europe unie que fut Richard Coudenhove-Kalergi) ne soient analysées. A travers le personnage d'Ernest Bevin, l'approche britannique des problèmes africains est également exposée, tandis que deux autres contributions mettent en lumière le regard américain sur les relations entre les métropoles européennes et l'Afrique. Les difficultés des coopérations bilatérales sont ensuite expliquées à la lumière, d'une part, des conversations franco-britanniques en vue d'une coopération militaire en Afrique occidentale et, d'autre part, des tentatives de coopération franco-belges pour l'aménagement des barrages hydroélectriques en Afrique centrale. Cette partie est ponctuée par une évaluation du rôle du Mouvement européen dans la mise en route du processus d'association entre l'Europe unie et l'Afrique. La deuxième partie du livre porte, elle, sur "l'association entre la CEE et l'Afrique, du traité de Rome aux accords de Lomé". Une première contribution retrace ainsi la négociation de 1956-1957 qui a permis d'inscrire l'association dans le traité de Rome, d'autres auteurs analysant, pour leur part, les prises de position des Etats fondateurs sur la question. Les quatre dernières contributions montrent le rôle des institutions communautaires (Commission, Assemblée parlementaire, Banque européenne d'investissement et Comité économique et social) dans le fonctionnement du processus d'association. Comme l'explique le Pr. Bitsch dans son introduction, la diversité des approches consignées dans l'ouvrage contribue à montrer "comment le rêve de coopération entre Européens et le rêve de coopération avec les Africains ont pu se rencontrer, se cristalliser un temps autour de la notion d'Eurafrique et conduire à un processus d'association spécifique en constante redéfinition". (MT)

*** Rapport mondial sur le développement humain 2005. La coopération internationale à la croisée des chemins: l'aide, le commerce et la sécurité dans un monde marqué par les inégalités. Economica (49 rue Hericart, F-75015 Paris) pour le compte du Programme des Nations Unies pour le développement (1 UN Plaza, New York, 10017, Etats-Unis. Internet: http: //hdr.undp.org). 2005, 385 p.. ISDN 2-71785114-1.

Plus de cinq années ont passé depuis que les gouvernements du monde entier ont signé la Déclaration du Millénaire, laquelle offrait une nouvelle vision audacieuse en vue de réduire la pauvreté et les inégalités avant 2015. Ce rapport riche de nombreux commentaires et statistiques fait le point sur les progrès accomplis, mais aussi sur le coût humain des objectifs manqués et des promesses non tenues. Pour ses auteurs, l'inégalité entre les pays et à l'intérieur de ceux-ci est l'un des principaux obstacles au développement humain, ainsi qu'un frein puissant à l'accélération des progrès vers l'accomplissement des Objectifs du Millénaire. Le rapport passe en revue de manière détaillée les événements récents, évalue les performances sur le plan de l'aide au développement et procède à un examen critique des progrès réalisés dans le cadre du Cycle de Doha et des règles inéquitables du commerce mondial. A partir de recherches sur les liens entre les conflits violents et le développement humain, des stratégies en vue de la prévention des conflits sont également envisagées. Le document confirme que certains des pays les plus riches du monde font partie des donateurs les moins généreux. (LD)

***Politica Exterior. Estudios de Politica Exterior SA (49 Núñez de Balboa, E-28001 Madrid. Tél.: (34-91) 4312711 - fax: 4354027 - Courriel: suscriptiones@politicaexterior.com - Internet: http//http://www.politicaexterior.com ). Avril 2006, n° 110, 208 p. 13 €. Abonnement: 93 €.

Ce numéro est dédié aux relations entre l'islam et la démocratie, l'Iran, la Russie de Poutine, l'Allemagne de Merkel, l'Eurasie, clef de l'énergie, et les changements en Amérique du sud. Il contient des analyses de l'attitude de la Maison Blanche, de l'Europe en tant qu'acteur global, des relations entre l'Iran et le Conseil de sécurité, ainsi qu'une évaluation des programmes islamistes pour la Palestine et son environnement. Outre un dictionnaire des caricatures politiques mondiales, cet ouvrage présente une approche des nouveaux scénarios énergétiques en Eurasie, du facteur géostratégique de l'adhésion de la Turquie à l'Union, des processus politiques en cours en Bolivie et au Chili, des promesses de changement de Moubarak en Egypte, de la situation de la démocratie dans le monde arabe trois ans après l'invasion de l'Irak… Comme toujours, clair, bien structuré et parsemé de cartes et graphiques explicatifs. (JPe)

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