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Bulletin Quotidien Europe N° 9060
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Energie et pétrole: Jeremy Rifkin découvre les initiatives européennes

Une formule facile. Jeremy Rifkin plaît aux Européens. Et pour cause: il est pratiquement le seul aux Etats-Unis à glorifier le «modèle européen de société» qui est pour lui le modèle de l'avenir, de loin préférable à l'américain. Il ne m'avait pas impressionné outre mesure lorsque j'avais assisté à l'une de ses performances (organisée par les verts du Parlement européen), car j'avais flairé une dose non négligeable de superficialité et de manque de rigueur dans ses thèses et dans sa manière de les présenter. Mais je lui reconnais le grand mérite de l'élan et de l'optimisme, ce qui est déjà beaucoup dans cette Europe morne et démoralisée. Et voilà qu'il applique son enthousiasme pro-européen à l'un des fruits les plus décriés de l'activité de l'UE: un document de la Commission européenne ! Avouez qu'il fait preuve d'une bonne dose de non-conformisme.

Je m'explique. Dans une nouvelle rubrique qui lui a été confiée dans plusieurs journaux européens, Jeremy Rifkin a fait un éloge sans réserve du « Livre vert sur l'efficacité énergétique », un « mince et obscur » volume de 46 pages publié par la Commission européenne «en douce» (ce qui signifie qu'il a été, à son avis, négligé par les médias). La Commission y prouve que l'UE peut aisément économiser 20% de sa consommation énergétique par des programmes de conservation de l'énergie intéressant les transports, les bâtiments publics et commerciaux, les maisons d'habitation, les usines. M. Rifkin est dithyrambique. Il semble découvrir aujourd'hui un tas d'initiatives dont on discute en Europe depuis des années, et il en décrit goulûment l'efficacité. Il assure que les mesures suggérées par la Commission annuleraient la hausse du prix du pétrole et que des mesures parallèles en faveur des énergies renouvelables réduiraient radicalement la dépendance européenne de ce produit. Pour une famille moyenne, les précautions indiquées compenseraient sans difficulté l'augmentation de sa facture pétrolière. En outre, la réforme fiscale dans un sens environnemental, décrite dans le document, permettrait non seulement d'éviter les «ravages du réchauffement planétaire», mais aussi de générer des recettes considérables et elle serait positive pour la compétitivité industrielle, car l'augmentation des taxes frappant les entreprises polluantes « contraint celles-ci à remédier à l'inefficacité en matière d'utilisation des ressources et les rend plus compétitives sur les marchés mondiaux. Des études montrent que les pays où les taxes environnementales sont plus élevées sont également les meilleurs du point de vue de la compétitivité internationale ». La conclusion de M. Rifkin est que chaque pays européen devrait « se donner cinq ans pour mettre complètement en pratique les suggestions du Livre vert » de la Commission. Ceci signifierait « investir dans des milliers de bonnes pratiques, et l'investissement donnerait un coup de fouet à l'économie en créant un million d'emplois rien qu'en Europe».

Pourquoi ? Même si les démonstrations de M. Rifkin paraissent quelque peu simplistes, il faut s'interroger. Pourquoi des réalités bien connues de tous les spécialistes lui apparaissent-elles comme des découvertes ? Pourquoi les gaspillages d'énergie continuent à être tolérés si les remèdes sont à portée de main ? Pourquoi les rois du pétrole, que ce soient les pays détenteurs des réserves ou les grandes compagnies, continuent à faire la loi dans nos économies ? Les études et les analyses des services de la Commission européenne vont très loin à ce sujet. Loyola de Palacio n'hésitait pas, lorsqu'elle était vice-présidente de la Commission, à affirmer que les hausses du prix du pétrole étaient dues pour l'essentiel à la spéculation. Pays pétroliers et compagnies sont souvent sur le même plan en tant que profiteurs sans scrupules de la situation. Certains royaumes arabes ont longuement financé le terrorisme, pendant que l'alimentation et l'éducation des réfugiés dans les camps palestiniens étaient entièrement financés par le budget de l'UE. Quelques gouvernements européens commencent à peine à oser discuter avec les compagnies pétrolières la possibilité que celles-ci, dont les profits se gonflent sans cesse, prennent en charge une partie du coût que la hausse du prix du pétrole entraîne pour les consommateurs. La Norvège est le seul pays producteur à mettre de côté la presque totalité de ses recettes en les réservant aux générations futures qui ne bénéficieront plus de la manne actuelle, et elle a confié à un expert indépendant l'étude de l'utilisation de ce pactole.

Choix ardus. Les modalités d'une politique européenne de l'énergie sont à l'étude dans les institutions ; le document découvert par M. Rifkin n'est qu'un exemple des travaux en cours. Mais les profiteurs de la situation actuelle sont très riches et très puissants, et il n'est pas simple de contrer leurs intérêts. Certains choix sont d'ailleurs objectivement ardus: comment se prononcer pour ou contre l'énergie nucléaire, en toute sérénité et avec la certitude d'avoir raison ? Par bonheur, d'autres choix sont moins dramatiques. Si le tambour de M. Rifkin contribue à une prise de conscience de l'opinion publique, il est le bienvenu. (F.R.)

 

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