Santander, 02/09/2005 (Agence Europe) - "La seconde réflexion est souvent meilleure que la première, dans la vie publique comme privée", a déclaré durant l'Université d'été à Santander Andrew Duff, libéral-démocrate britannique, co-rapporteur, avec le vert autrichien Johannes Voggenhuber, sur les suites à donner au Traité constitutionnel. Plusieurs scénarios visant à éviter que le traité ne tombe définitivement aux oubliettes ont été évoqués à Santander. Si la possibilité de faire revoter les pays qui ont déjà refusé le texte semble politiquement improbable, du moins dans l'immédiat, celle d'introduire certaines modifications par le biais d'accords institutionnels (donc, sans amender les traités) peut paraître juridiquement contestable. L'option de ne plus exiger une ratification unanime, évoquée lors de la Convention européenne mais rejetée, n'a guère de chance d'être remise sur la table, et un compromis satisfaisant à 25 sera difficile à atteindre dans le cadre d'une Conférence intergouvernementale classique. Reste la renégociation totale à partir du texte existant, qui devra autant préserver les avancées qu'il contient que tâcher de prendre en compte certaines critiques formulées lors des campagnes référendaires. Interrogé sur cette éventualité, M. Duff a dit ne pas sous-estimer les difficultés et "la frustration" des pays qui se sont prononcés en faveur du texte face à l'idée d'une réouverture des négociations. Dans le cas d'une renégociation, Andrew Duff souhaiterait conserver les nouveaux éléments du chapitre PESC, qui "sont bons et devraient rester exactement comme ils sont".
Le Commissaire européen aux transports Jacques Barrot, n'est en revanche « pas sûr qu'une renégociation dans la période actuelle soit une priorité ». A Santander, M. Barrot a fait part à EUROPE de ses convictions personnelles, appelant à être « pragmatiques » et à se souvenir du travail approfondi qu'avait dû faire la Convention pour parvenir à « un compromis, sans doute modeste ». M. Barrot estime qu'il sera sans doute plus facile de faire accepter certains progrès dans le fonctionnement des institutions (extension de la majorité qualifiée et de la codécision par exemple), lorsque les Européens « se sentiront mieux dans leur peau ». Dès lors, la priorité doit rester « la mise en oeuvre plus active de Lisbonne », qui dépend surtout de la volonté des gouvernements, a-t-il martelé.
Le Président du Parlement européen, Josep Borrell, s'est lui aussi montré réservé sur l'opportunité d'une renégociation, n'observant pas, à ce stade, « de demande forte » pour se lancer dans cette épreuve, ni en France ou aux Pays-Bas, ni ailleurs. Lui aussi estime que le temps de la réflexion doit être utilisé pour dégager des orientations sur « ce que veulent les citoyens », tout en s'interrogeant sur la meilleure façon d'y parvenir.