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Bulletin Quotidien Europe N° 8987
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Effets du blocage budgétaire et constitutionnel - Eloge de la Grande-Bretagne

En attendant les ressources. Les effets négatifs du blocage de la Constitution et du désaccord sur les perspectives financières 2007-2013 commencent à agir. L'affaiblissement du poids et du prestige de la France se répercute dans des domaines à première vue étrangers à la politique. Les pays d'Europe centrale et orientale vivent dans le doute et l'incertitude car ils ignorent quand et jusqu'à quel point ils pourront effectivement disposer des soutiens financiers qui leur ont été promis. Dans l'UE comme ensemble, les institutions s'efforcent de faire avancer les projets et programmes mais les incertitudes budgétaires fragilisent leurs efforts. La Conseil Agriculture est parvenu à un accord politique sur le nouveau Fonds pour le développement rural qui drainera une partie significative des ressources auparavant destinée à la gestion de la PAC (y compris la promotion d'activités non agricoles, la protection de la nature, le reboisement, etc.), et la Commission a adopté sans tarder les «orientations stratégiques» pour l'activité de ce Fonds jusqu'en 2013. En liaison avec la stratégie de Lisbonne et le développement durable, ces orientations couvrent les énergies renouvelables et les biocarburants, l'environnement, les paysages (voir notre bulletin n. 8984). La Commission a approuvé en même temps les orientations stratégiques pour la politique de cohésion.

Mais ces deux documents qui suscitent tellement d'espoirs et ouvrent tellement de perspectives ne deviendront opérationnels que lorsque les ressources pluriannuelles disponibles auront été fixées. Or, ils concernent justement les deux politiques communes «de solidarité» dont Tony Blair entend réduire radicalement les dotations ! Et c'est lui qui préside les travaux budgétaires…

Démocratisation. Quant à la Constitution, on s'efforce de sauver et mettre en œuvre les dispositions permettant aux parlements nationaux de contrôler le respect dans l'UE du «principe de subsidiarité», élément essentiel de sa démocratisation. Le Parlement français veut prendre l'initiative de ressusciter le système d'alerte précoce (qui permet aux Parlements nationaux d'intervenir dans les procédures législatives communautaires) afin d'éviter que ce système soit englouti dans le naufrage de la Constitution. Initiative heureuse, mais le résultat demeure incertain. Le blocage de la Constitution entrave la démocratisation de l'Europe.

Sympathies. Je n'aimerais pas la Grande-Bretagne ? C'est l'impression que certains lecteurs tirent de mes commentaires sur la conception de l'Europe et sur l'attitude à l'égard de l'agriculture qui prévalent outre-Manche. C'est n'est pas nouveau: une partie de mes prises de position en faveur d'une certaine conception de l'Europe sont ressenties comme des expressions d'antipathie à l'égard de quelqu'un d'autre. Or, ce «quelqu'un d'autre» est souvent un pays pour lequel j'ai une sympathie particulière !

Cela m'était déjà arrivé à propos du Brésil. J'adore ce pays pour ce que je peux en connaître de loin: la manière dont il a su créer un patriotisme commun entre des races différentes, sa conception ludique et joyeuse du sport, son érotisme lumineux qui rappelle davantage Boccace que Bataille… J'estime toutefois que l'Europe ne peut pas ouvrir totalement ses frontières aux produits agricoles brésiliens si elle veut sauvegarder sa nature, sa biodiversité, ses paysages, son autonomie alimentaire ; je considère, par conséquent, comme des erreurs les projets de libre-échange en agriculture... Le monde a besoin des ressources agricoles brésiliennes, mais pas la petite Europe (sauf les biocarburants, qui pourraient la libérer de la dépendance étouffante à l'égard du pétrole et des pétroliers). Autre exemple: la Chine, la civilisation encore vivante la plus ancienne du monde, avec qui l'Europe échange, depuis un millénaire, connaissances et marchandises. Mais aujourd'hui l'Europe doit prendre des précautions (commerciales, monétaires, juridiques) face au dynamisme conquérant de l'économie chinoise si elle ne veut pas être submergée. Je continuerai à l'écrire, sans que ceci n'enlève rien à la fascination que la civilisation chinoise inspire.

Quant à la Grande-Bretagne, je respecte la conception britannique de l'Europe mais j'estime que le continent européen doit faire autre chose. De ce côté-ci de la Manche, une Communauté intégrée, dotée d'un poids politique propre et d'Institutions supranationales, et qui sauvegarde son autonomie alimentaire, est, à mon avis, une exigence. Je prends à mon compte ce qu'a écrit l'ancien diplomate italien, aujourd'hui commentateur politique, Sergio Romano. Après avoir rappelé le mélange unique qu'offre le Royaume-Uni entre le nouveau (il cite la «swinging London » de sa jeunesse») et le respect des traditions, il conclut: « Là où d'autres voient un danger pour notre civilisation, je vois une combinaison extraordinaire de liberté, fantaisie, intelligence, tradition et une bonne dose d'excentricité. Quel dommage qu'avec ce pays si fascinant on ne puisse pas faire l'unité de l'Europe Oui, vraiment, quel dommage ! (F.R.)

 

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