Bruxelles, 06/07/2005 (Agence Europe) - Le Parlement européen a adopté mercredi une résolution sur l'Irak (rapporteur: le Grec Giorgos Dimitrakopoulos, PPE-DE) dans laquelle les députés européens disent que les troupes étrangères déployées en Irak (essentiellement américaines et britanniques) devraient être remplacées par une force de maintien de la paix des Nations Unies. L'UE devrait encourager l'adoption d'une nouvelle résolution du Conseil de sécurité à cet effet. Le PE estime aussi que l'UE devrait se « détacher des événements passés », à savoir des divergences profondes sur la guerre en Irak, pour se « tourner vers l'avenir ». Le PE se dit « préoccupé » de la dégradation de la situation de sécurité dans le pays depuis la fin officielle de la guerre et exprime le souhait que les leçons tirées de la guerre de l'Irak puissent mener dans l'avenir à une « gestion des conflits plus multilatérale, plus démocratique et plus orientée sur le résultat ». Toutefois, les députés reconnaissent que la chute du régime « répressif » de Saddam Hussein a ouvert la voie à un avenir pacifique, sûr et démocratique pour le peuple irakien. Le PE souligne aussi que la reconstruction et le développement de l'économie irakienne passent notamment par l'exercice, par les Irakiens, d'un contrôle total sur les ressources naturelles du pays et par l'utilisation des revenus de la vente du pétrole.
Le débat qui a précédé le vote a surtout été marqué par la confrontation entre ceux qui - comme le rapporteur - estiment qu'il faut laisser derrière soi les tensions du passé créées par la guerre en Irak pour penser à l'avenir, à la reconstruction et à la démocratisation du pays et ceux qui, au contraire, estiment qu'il sera impossible de travailler ensemble et de manière constructible sur l'avenir de l'Irak tant que les « erreurs du passé » n'ont pas été entièrement évaluées. Pas de surprise: la Présidence britannique du Conseil est de ceux qui plaident pour que l'UE passe l'éponge sur le passé, aille de l'avant et concentre tous ses efforts sur la priorité du moment, à savoir la sécurisation, la stabilisation politique et la reconstruction économique de l'Irak. « Les arguments du passé (pour et contre l'intervention militaire en Irak) sont connus, maintenant il faut se tourner vers l'avenir », a souligné le ministre des Affaires étrangères, Jack Straw. La situation de sécurité sur place est « grave», mais en dépit des attaques terroristes quasi quotidiennes, « les Irakiens préfèrent la situation d'aujourd'hui comparée à celle du temps de Saddam quand régnait un terrorisme d'Etat qui a coûté la vie à des centaines de milliers de gens ». « J'ai pensé et je pense toujours que la guerre était justifiée à l'époque », a dit
M. Straw. Quant à la demande du PE de progressivement remplacer les armées des forces d'occupation étrangères présentes en Irak par une force de maintien de la paix de l'ONU, M. Straw a dit ne pas avoir « de difficultés de principe », mais a estimé que la difficulté sera plutôt d'encourager d'autres pays à s'engager dans une telle force. « Le plus tôt les Irakiens pourront prendre en main la responsabilité pour leur propre sécurité, le mieux ce sera et le plus vite les forces de la coalition pourront partir ». De toute façon, a-t-il rappelé, les forces de la coalition sont en Irak « seulement sur invitation du gouvernement irakien. Si le gouvernement irakien décide que nous devons partir, nous le ferons immédiatement ». Pour la Commissaire Benita Ferrero-Waldner, l'Irak constitue « un vrai chantier dans lequel énormément de choses restent à faire ». La Commission a l'intention d'ouvrir une délégation à Bagdad dans un avenir proche, sous protection des forces britanniques sur place, a-t-elle annoncé. Alors qu'un grand nombre d'élus européens - par exemple l'Espagnol José Ignacio Salafranca (PPE-DE), la libérale suédoise Cecilia Malmström ou encore le Polonais Ryszard Czarnecki (NI) - estimaient qu'il faut faire table rase des discordes du passé pour aller de l'avant dans la reconstruction et la démocratisation de l'Irak, d'autres refusent d'oublier. « On nous dit, qu'il faut tourner la page. Je la tourne. Je ne parlerai pas des dizaines de victimes tous les jours, des civils assassinés. Je ne parlerai pas de cet Irak, même s'il est libre, ressemble souvent à l'enfer, je ne parlerai pas de l'effroyable corruption, du détournement des richesses pétrolières et, surtout, je ne dirai pas que du début à la fin, cette guerre était une tragique erreur », a dit la Belge socialiste Véronique de Keyser. « Se détacher des événements passés pour se tourner vers l'avenir, cette démarche me paraît éthiquement désinvolte, politiquement douteuse et stratégiquement illusoire », a aussi estimé le chef du groupe GUE/NGL, Francis Wurtz. « Rappelons une fois encore que cette guerre a été engagée contre la volonté de la Communauté internationale et sur la base d'un double mensonge: l'existence en Irak de stocks d'armes de destruction massive et la présence d'Al Qaeda dans le pays avant 2003 ». Cette guerre a transformé l'Irak en un « laboratoire terroriste où les djihadistes viennent s'expérimenter au combat de rue », a conclu M. Wurtz.